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Attaque des morningophiles sur les réseaux sociaux : pourquoi il faut organiser la résistance à la pression des lève-tôt

A 4 heures, vous dormez encore ? Et bien plus maintenant ! La nouvelle mode californienne va vous forcer à vous réveiller aux aurores et à l'afficher sur les réseaux sociaux. Cependant si vous êtes plutôt du soir, n'essayez pas de suivre la tendance, cela pourrait être néfaste.

Damien Léger

Damien Léger

Damien Léger est Médecin des hôpitaux de Paris. Spécialiste du sommeil, il a également enseigné à l’université de Stanford, et est actuellement président de l’Institut national du sommeil et de la vigilance.

Voir la bio »Sylvie royant-parola

Sylvie royant-parola

Le docteur Sylvie Royant-Parola est médecin spécialiste du sommeil. Elle est président du réseau Morphée

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Radu Dan Moisoiu

Radu Dan Moisoiu est médecin du travail dans le service interentreprises de l'Indre-et-Loire (AIMT37), réalisateur du site informatif www.medecinedutravail.net

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Amis de la grasse matinée fuyez, le temps est aux « morningophiles » ! Ce terme un peu barbare désigne les pros du réveil matin. Ils se lèvent entre 4 et 6 heures tous les matins et profitent de ce temps pour multiplier les activités avant d’aller travailler. Cette mode incarnée par de grands pédégés comme Tim Cook (Apple) ou Roger Iger (Disney) rassemblerait plusieurs milliers d’adeptes selon le site mymorningroutine.com

 
Ce site destiné à cette catégorie de lève-tôt donne des conseils pour bien démarrer sa journée : exercices physiques, recettes de petits déjeuners complets ou encore des conseils méditations. Cette philosophie de vie basée sur le précepte : la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt s’expose sur les réseaux sociaux.  Connectés dès l’aube, les #5am se multiplient sur la toile, notamment pendant les Créatives Mornings. Une fois par mois, les morningophiles, peuvent se retrouver lors de conférences dédiées à la création et ouvertes à tous. Le concept existe depuis 7 ans, il s’étend dans 120 villes dont Paris depuis 2012. 
 
Cependant ce mode de vie ultra matinale ne convient pas à tout le monde. Le docteur Sylvie Royant-Parola, médecin spécialiste du sommeil et présidente du réseau Morphée commente cette tendance pour nous. 
 

Atlantico : Se lever à 4 ou 5 heures du matin, un phénomène grandissant outre-Atlantique et porté par de grands noms : que pensez-vous de ce mode de vie ?

 

Dr. Sylvie Royant-Parola : Cette mode est sûrement en réaction à une tendance de notre société d’être de plus en plus du soir. Aujourd’hui on repousse toujours plus le couché et la soirée ce qui fait que les matins et les levées deviennent difficiles, d’autant plus que les horaires changent le week-end : on traine jusqu’à 11 heures parfois midi, le lundi matin n’en est que plus compliqué !

Cependant le fait de se lever tôt n’est pas universellement une bonne idée. Sur le plan chrono-biologique , c’est au moment du lever que nos rythmes vont se structurer et se resynchroniser sur notre environnement extérieur. C’est un moment important. Mais il doit surtout être très régulier. Du lundi au dimanche, l’heure du levée doit être la plus régulière possible, même si on s’autorise un léger décalage le week-end. C’est cette régularité qui va permettre à notre horloge biologique d’être bien entrainée ce qui est un plus dans le fonctionnement et surtout un plus pour que notre organisme fonctionne à l’économie.

Grâce à  la régularité il y a un tel renforcement de notre système et de nos rythmes chrono-biologiques que l’on est dans la prévision de l’action, un système qui fonctionne en programmant au fur et à mesure ce qui va se passer est beaucoup performant et économique qu’un système qui fonctionne par à-coups.

A noter aussi que l’activité sportive du matin est bénéfique pour le sommeil, la forme et antistress. Attention cependant à ne pas être dans l’hyper-activité il faut prendre le temps de petit-déjeuner correctement, prendre une douche et se reposer après sa séance matinale pour être le plus proactif par la suite. 

Quels sont les effets d’un tel rythme de vie sur notre corps ? 

Il faut faire très attention de ne pas tomber dans l’excès.  C’est notre corps qui nous dit de nous réveiller, cela peut être dangereux de s’imposer un réveil à l’aube. Un levé programmé trop tôt pour notre corps, va être un réveil stressant et délétère pour notre santé. 

Les « Alouettes », ceux qui se lèvent très tôt ont plutôt tendance à être en meilleur santé. Il existe des typologies différentes pour les gens du matin ou du soir. En caricaturant un peu, les gens du matin sont plutôt des introvertis, rigoureux, tatillons, un peu obsessionnels, ils sont moins dans les excès alcool, tabac. A contrario ceux du soir sont plus créatifs, fantasques, et ont une hygiène de vie moins bonne : tabac, alcool…

Ceci dit, il est bon de se lever plus tôt que l’heure limite, se lever au dernier moment ce n’est pas bon. Il vaut mieux prévoir 30 minutes supplémentaires pour se laisser une marge de manœuvre et pouvoir faire une transition entre le réveil et le moment où l’on va commencer à travailler. Plus on va avoir du temps entre les deux, plus on va être apaisé et productif.

Sommes-nous tous égaux face au sommeil ? Est-ce que ce rythme de vie de se lever très tôt convient à tout le monde ?

Notre rythme de sommeil est génétique, on en peut pas contrôler si on est plus du matin ou pas. Cependant il y a une marge de manouevre : on peut demander à son corps et son cerveau, de se lever un peu plus tôt que ce pour quoi il est programmé, idem pour le soir on peut lutter un peu.

Chacun est différent face au sommeil, il y a trois catégories : ceux du matin, ceux du soir et les intermédiaires qui supportent les deux.  Le sommeil c’est toujours un compromis entre nos besoins, notre rythme spontané et nos contraintes. 

Comment bien gérer son sommeil et son lever pour être le plus efficace possible ?

 

Il faut perdre l’idée qu’il faut nécessairement dormir 8h, ou que dormir plus est quelque chose d’intéressant dans notre fonctionnement. Ce qui est important c’est de dormir la quantité de sommeil dont on a besoin et cela varie d’un individu à un autre. Il faut réussir à repérer son rythme. Pour cela il existe notamment des questionnaires en ligne pour évaluer sa somnolence. 

L’auto observation est très importante. Les vacances sans contrainte sont une bonne période pour observer cela. Si on se couche plus tard et on se lève plus tard que d’habitude vous êtes du soir et si le rythme reste inchangé vous êtes du matin ; et puis il y a des gens intermédiaires qui vont s’adapter à tout.

Imaginons maintenant un monde ou les morningophiles seraient majoritaires, où tout le monde se lèveraient aux aurores. Dans des interviews publiées respectivement le 5 septembre 2014 et le 3 octobre 2013, nous avions déjà abordé. Tout d’abord avec le docteur Damien léger qui réagissait sur les rythmes de sommeil imposés à nos enfants, puis aves le docteur Radu Dan Moisoiu qui sur les organisations atypiques du travail.   

 

Atlantico : Les lycéens se lèvent-ils trop tôt ? Quel est le nombre d'heure de sommeil idéal, compte-tenu de leur âge ?

Damien Léger : « Effectivement, se lever entre 6h30 et 7h30 pour un adolescent est vraiment tôt compte-tenu de leur état global. On voit dans les enquêtes qui ont été menées chez les 15-30 ans une tendance à se coucher très tard. Lorsqu’ils sont en vacances ce n’est pas problématique, car ils arrivent à trouver leur équilibre librement ; mais ça le devient en période scolaire. Les adultes, eux, dormiront idéalement 7 heures par nuit la semaine, alors qu’à partir de 15 ans, on pense qu’il faut un minimum de 8 heures de sommeil pendant la semaine, et de 9 heures le week-end. Avec un coucher en moyenne à 23h30 pour les 15-20 ans pendant la semaine, et une demi-heure pour s’endormir, le lever à 6h30 offre une séquence de sommeil déficiente pour être en forme dans la journée. Dans les raisons qui permettent de l'expliquer, on note quelque chose d'assez insolite et qui va à contre-courant des clichés sur l'adolescent : une tendance à se lever plus tôt que prévu pour anticiper, alors qu’il faudrait au contraire minimiser autant que possible le nombre de choses à faire le matin, et ce afin de dormir plus longtemps. »

 
 
 

Atlantico : Mais quels sont donc les effets concrets des organisations atypiques du travail - de nuit, décalé, du dimanche - sur la santé ? Qu’en disent les études épidémiologiques ?  

Radu Dan Moisoiu : Les horaires de travail atypiques, notamment le travail de nuit, sollicitent intensément les mécanismes physiologiques d'adaptation de l'organisme, s'associent avec une diminution moyenne du temps de sommeil de 1 à 2 heures par tranche de 24 heures, insuffisamment récupérées en fin de semaine, constituant une dette de sommeil. 

Les effets chroniques sur la santé découlent de la répétition sur le long terme des perturbations des rythmes biologiques et de la privation de sommeil, qui agissent par des altérations du fonctionnement des systèmes immunitaire, métabolique, endocrinien, digestif etc.

 
 

 

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