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Anders Breivik.

Loup solitaire

Attaque avortée d'une mosquée à Lyon : sommes-nous à l'abri d'un Breivik à la française ?

Un militaire de 23 ans "proche des idées de l'extrême droite radicale" a été arrêté la semaine dernière sur sa base aérienne près de Lyon parce qu'il projetait de tirer sur une mosquée à l'occasion de la fin du Ramadan. Ces actes rappellent ceux de terroristes ayant agi seuls tels que Mohamed Merah ou encore Anders Breivik.

Alain Bauer et Stéphane Bourgoin

Alain Bauer et Stéphane Bourgoin

Alain Bauer est professeur de criminologie et enseigne à Paris, New-York, et Pékin.  Il est notamment l'auteur de "Les polices en France" (PUF, 2010) et "Les politiques publiques de sécurité" (PUF, 2011). 

Stéphane Bourgoin est un écrivain spécialisé dans la criminologie et l'étude des tueurs en série. Il a écrit dernièrement Serial killers - Enquête mondiale sur les tueurs en série. Son prochain livre, 999 ans de serial killers sort le 28 mars.

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Atlantico : Un militaire de 23 ans, "proche des idées de l'extrême droite radicale", a été arrêté la semaine dernière près de Lyon pour un projet d'attaque contre la mosquée des Minguettes à Vénissieux. Cette tentative rappelle les tueries perpétrées par des loups solitaires tels que Merah et Breivik. Jusqu'ici, les tueries ayant lieu en France restent d'assez faible ampleur mais est-on à l'abri en France d'une tuerie de masse ?

Alain Bauer : Des tentatives d'attentat ou des attentats à la bombe ou à l'arme automatique ont déjà eu lieu en France contre des lieux de culte ou des bâtiments publics. Rien n'a atteint la sophistication du massacre organisé par Anders Breivik qui est un vrai loup solitaire à la différence des "Mohamed Merah". L'armement de Breivik était assez sommaire, c'est la localisation spécifique du lieu de commission du crime qui lui a permis de réaliser un massacre (île isolée, important rassemblement de jeunes, etc).  Cette configuration est possible dans de nombreux endroits et personne n'est à l’abri, même si ces tragédies restent rarissimes.

Stéphane Bourgoin : Je pense que l'affaire Mohamed Merah ou encore celle du tueur d’Istres nous ont montré que nous ne sommes pas à l’abri de telles menaces. On n’atteindra jamais le niveau des affaires aux Etats-Unis, en Finlande, en Allemagne ou en Suisse où l’accès aux armes automatiques est plus facile. Un fusil de chasse permet de commettre moins de meurtres qu’une arme automatique. L’accès à des armes de façon clandestine facilite les tueries. 

Les médias sont responsables de la prolifération de ces phénomènes. Ces tueurs ont soif de notoriété post mortem. Ils ont souvent posté des vidéos sur des blogs ou sur leur page Facebook avant de passer à l’acte. D’ailleurs ne jamais publier, ni leur testament, ni leur identité pourrait éviter un passage à l’acte car c’est un élément majeur dans leur décision de commettre ce type d’actes criminels

Si une tuerie de grande ampleur reste peu probable, est-ce en raison d'un faible nombre de tentatives ou plutôt d'une sécurité renforcée ?

Alain Bauer : Probablement les deux. Seule l'efficacité d'un renseignement humain de qualité peut faire la différence.

Stéphane Bourgoin On ne peut rien faire face à un homme armé qui veut commettre une tuerie de masse. Lorsque Merah est entré dans cette école juive de Toulouse, personne n’a pu l’empêcher de tuer. Il s’agit d’un crime d’imitation, une américanisation et une volonté de devenir célèbre. Lorsqu’on regarde la tuerie de Columbine, de Virginia Tech et bien d’autres, on remarque que les tueurs sont habillés de noir. Ils sont friands de costumes : policier, militaire, super héros. Ils endossent en quelque sorte une autre personnalité, celle de quelqu’un de puissant alors qu’eux-mêmes se considèrent comme des pauvres types. 

Comment la France se prépare-t-elle à de tels actes ? Sa méthode est-elle la bonne ?

Alain Bauer : Jusqu'à présent, plutôt bien. La qualité de la collecte du renseignement est indéniable pour l'analyse, il y a encore des failles, notamment sur la question des hybrides mi-criminels, mi-terroristes, qui, comme Khaled Kelkal ou Mohamed Merah, échappent à la classification un peu simpliste en vigueur. Il faut avoir espoir dans les évolutions en cours, mais le modèle du NYPD a un peu de mal à être appliqué en France.

Stéphane Bourgoinoui puisque les services de renseignement sont assez puissants. En général, on a la capacité d’identifier ce type de loups solitaires qui combattent pour un idéal. Mais dans les cas où ils surgissent du néant comme Breivik, il est très difficile de les identifier puisqu’ils ne communiquent plus avec leur entourage et choisissent de s’isoler. 

Plus généralement, au niveau international, ces actes sont-ils isolés, ou au contraire en augmentation ? Si augmentation il y a, est-ce le signe d'une américanisation de nos sociétés ? 

Alain Bauer : On prête beaucoup aux Etats-Unis, mais le terrorisme est né en Europe et en Russie. On considère qu'il y a plutôt une baisse des phénomènes, mais qu'ils sont beaucoup plus médiatisés et qu'ils touchent des pays (comme la Norvège) plutôt épargnés jusqu'à présent. Apres le 11 Septembre, l'hyper terrorisme s'est peu à peu transformé en Lumpen Terrorisme.

Stéphane Bourgoin : On ne peut pas parler d’actes isolés. Il y a eu des massacres très importants comme celui de Port Arthur en Australie qui est un des plus grands massacres de tous les temps ou encore celui de Dumblane. Il y a aussi eu beaucoup de tueries à l'arme blanche très importantes en Chine.

Comment justifier ces phénomènes de violence extrême ? Quel est le profil de ces tueurs de masse ? Quelles sont leurs motivations ?

Alain Bauer : Chaque acte à sa propre explication. Il n'y a pas de prêt à penser idéologique expliquant globalement tout. Entre extrémisme religieux, frustration, vengeance personnelle, jalousie, et plus rarement idéologie de type loup solitaire (comme Breivik ou Kaczynski), on trouve de tout.

Stéphane Bourgoin : Au lieu de se suicider seuls dans leur coin, ces tueurs veulent laisser leur trace dans l’histoire. Le seul moyen qu’ils trouvent c’est de passer à l’acte criminel et à la postérité  Je qualifie ces profils de suicidaires extravertis. Ces tueurs de masse se considèrent méprisés par la société, ce sont des paranoïaques avec des tendances suicidaires, ils ont peu ou pas d’amis et sont souvent des fanatiques de jeux vidéo violents. Adam Lanza, auteur de la tuerie de Newton avait utilisé une arme automatique de la même façon qu’il aurait utilisé une arme de jeux vidéo.   

Vous avez écrit la préface d'Utoya de Laurent Obertone. Dans ce livre, qu'apprend-on de plus sur la personnalité de Breivik que ce que nous savons déjà ?

Stéphane Bourgoin : Ce qui est passionnant dans ce livre, c'est le travail de recherche mené. Laurent Obertone a réalisé un travail d’investigation majeur. Il a visité la ferme dans laquelle Breivik se préparait et a pu relever le degré d’organisation de son acte. Pendant près de neuf ans, Breivik s’est isolé pour fabriquer ses explosifs avec des engrais, bec bunsen, flacons de verre. La plupart des tueurs de masse sont abattus ou se suicident lorsqu’ils commettent leurs actes mais ce n'est pas le cas de Breivik. Dans ce livre,  on est vraiment dans la tête du tueur. 

Propos recueillis par Karen Holcman

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