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Etats-Unis Washington Capitole incidents Donald Trump
©ROBERTO SCHMIDT / AFP

Démocratie américaine en danger

Assaut sur le Capitole : autopsie de trois jours de folies américaines

L'invasion du Capitole a été une réaction épidermique des partisans de Donald Trump face à la pression du camp démocrate et de l'idéologie de la "cancel culture". Jean Degert décrypte le contexte et les conséquences des incidents au Capitole pour la démocratie américaine.

Jean Degert

Jean Degert

Jean Degert est éthicien, rédacteur, traducteur, membre d'un Comité de Protection des Personnes.

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Début décembre, les acteurs Matthew McConaughey et Russell Brand discutaient sur la chaîne Instagram de ce dernier des dérives d’une gauche de plus en plus totalitaire, promotrice d’une cancel culture consistant à bannir du débat public quiconque lui déplaît. Plus encore qu’avant, depuis la proclamation de la victoire de Joe Biden par les médias, des démocrates, mais aussi des républicains centristes et néo-conservateurs, réclament de punir les partisans de Donald Trump, un député démocrate suggérant même de déprogrammer ses électeurs. L’invasion du Capitole est une réaction épidermique, mais fautive à ces dérives ainsi qu’à un processus considéré comme illégitime, d’autant que la Cour suprême a choisi de répondre le 22 janvier à une plainte contre la procédure électorale en Pennsylvanie, après la passation de pouvoirs, faisant tout pour éviter les plaintes suite au traumatisme judiciaire de l’élection de 2 000 qu’elle avait dû trancher.

La semaine avait débuté par une prière ouvrant la session parlementaire du 117e Congrès. Son auteur, le pasteur et représentant démocrate Emmanuel Cleaver, avait conclu l’invocation par « Amen and a-women », sexualisant ainsi la formule liturgique, avant de s’en prendre à ses détracteurs en les accusant d’être « souillés par l’égoïsme et pervertis par les préjugés ». Le lendemain, était élu au Sénat de Washington le pasteur géorgien d’extrême gauche Raphael Warnock dont des sermons se focalisent sur une supposée norme blanche. Le troisième jour, alors que des milliers de partisans de Donald Trump étaient en train de l’écouter à Washington, quelques centaines d’entre eux ont envahi le Capitole, afin de perturber la validation des voix des grands électeurs qu’ils considèrent comme illégale et illégitime. Galvanisés par le Président qui affirmait avoir remporté l’élection et par les dérives des démocrates volontiers provocateurs, ces militants ont pénétré dans le saint des saints de la démocratie américaine en laquelle ils ne croient plus. Une entrée qui aurait pu être évitée selon le désormais ancien chef de la police du Capitole Steven Sund qui avait demandé aux responsables de la sécurité des deux chambres de faire appel à la Garde nationale deux jours auparavant, en vain.

L’erreur politique de Donald Trump

Si les médias et la classe politique se sont empressés de condamner cette invasion et d’en imputer toute la responsabilité à Donald Trump, jusqu’à parler de tentative de coup d’État, la précipitation à condamner fait oublier toute mesure. D’une part Trump a de suite appelé au calme, à quitter les lieux et à respecter la police – message qu’a neutralisé Twitter ; d’autre part ses partisans avaient rejoint le Capitole pendant son discours qui n’appelait pas à y entrer, n’ont pas sorti d’armes et nombre d’entre eux avaient l’air perdus une fois à l’intérieur - tandis que d’autres tentaient de défoncer des portes et que Brian Sicknick, un policier blessé par des émeutiers, perdait la vie. Par ailleurs, des militants de gauche étaient présents, la police a arrêté John Sullivan, un vidéaste proche de Black Lives Matter, qui incitait la foule à incendier le bâtiment, avant de témoigner auprès de CNN et d'autres médias de la violence des pro-Trump. Enfin, le rôle de la police a soulevé des questions : si elle a été assaillie à certains endroits, à d’autres des vidéos la montrent laissant entrer tranquillement les manifestants dans le bâtiment après leur avoir ouvert la porte, l’un des policiers se contentant de dire sa désapprobation en restant, comme ses collègues, adossé au mur. L’agence Associated Press et d’autres médias, même démocrates, parlent d’une inaction délibérée de la police du Capitole, les responsables des deux chambres ayant refusé toute aide fédérale et de la garde nationale en prévision du risque.

Vidéo : la police ouvre les portes et laisse entrer la foule : 

Pour découvrir la vidéo, cliquez sur ce lien  : ICI

Selon le New York Times, l’invasion avait débuté vingt minutes avant la fin du discours de Trump qui s’exprimait à sept kilomètres de là, à l’Ellipse. Le Président avait dit savoir que ses partisans marcheraient « vers le Capitole pour faire entendre pacifiquement et de façon patriotique [leurs] voix », et non qu’ils marcheraient sur le Capitole. Il n’en reste cependant pas moins que Donald Trump a commis une faute politique. Cependant, si l’on peut sérieusement douter qu’il eût l’intention d’envoyer ses partisans à l’intérieur du Capitole, il aurait dû prévoir les risques, la garde nationale n’étant pas déployée. Ce qui constitue une faute d’approche politique, même s’il ne se doutait pas que les portes seraient ouvertes. Mais en amont de cette entrée spectaculaire, il y a ces années de tensions croissantes, de sentiment de mépris qui sont aujourd’hui couronnées par le sentiment de spoliation. Tandis qu’à gauche, les tropismes marxiste de Black Lives Matter et anarchiste des Antifas sont encensés par une partie des élus démocrates.

L’écart croissant entre la droite et la gauche

L’avènement de Donald Trump a été favorisé par l’émergence du Tea Party et la crainte des patriotes conservateurs de voir l’identité du pays disparaître, et le pays crouler sous les taxes. Donald Trump a porté plus loin que Ronald Reagan les valeurs conservatrices dans un pays où se développaient de plus en plus les mouvements d’extrême gauche, surtout depuis Barack Obama. L’ancien président, comme des journalistes, avait traité les Tea Partiers de Tea-Baggers, une insulte à caractère sexuel. Ce mépris a accompagné les partisans de Donald Trump durant sa campagne de 2016 (le « basket of deplorables » ou « paniers de déplorables » d’Hillary Clinton) et jusqu’à maintenant. Joe Biden put tranquillement les traiter de « chumps » (abrutis) ou qualifier un ouvrier de « horse’s ass » (« idiot » littéralement « cul de cheval »), sans indigner les démocrates. Ce mépris quotidien de la gauche depuis cinq ans a été accompagné d’agressions physiques parfois mortelles contre des partisans de Trump qui n’ont pas suscité d’indignation dans les médias ou chez les démocrates. De quoi laisser sur une impression de double standard et favoriser la montée de la colère. Le refus du Président de reconnaître sa défaite s’est heurté au refus des médias d’accorder un espace où montrer les preuves qu’il disait détenir à tort ou à raison de la fraude, au refus des tribunaux d’examiner les dossiers sur le fond. De fait, les partisans de Trump ne croient plus dans le droit, et l’invasion du Capitole par quelques centaines d’entre eux peut se lire non seulement comme une tentative d’interrompre la procédure de validation des votes, mais aussi comme un rejet du législateur et la volonté de reprendre la maison du peuple pour sauver leur vision de l’Amérique.

De l’autre bord, le Parti démocrate poursuit sa mutation vers les Social Justice Warriors, autres Antifas et Black Lives Matter entamée sous Barack Obama et qui crispe jusque dans son électorat, et radicalise les partisans de Trump. Kamala Harris, elle-même, avait dû renoncer rapidement avant même le début des primaires démocrates, ses positions plus à gauche que celles de Bernie Sanders et Elizabeth Warren ne trouvant pas écho auprès des militants. Biden et Harris avaient soutenu les émeutiers après le décès de George Floyd avant de se rendre compte de l’impopularité de ce choix. À peine Trump élu, la représentante Maxine Waters encourageait à harceler ses collaborateurs même au restaurant, et elle avait déclaré en octobre dernier que, en tant que Noire, elle ne pardonnerait jamais aux Noirs de voter Trump. Après la proclamation de la victoire de Joe Biden par CNN, diverses personnalités démocrates ou républicaines never-Trumpers (surtout néo-conservatrices) ont parlé de tenir des listes des partisans du Président, de les bannir socialement, tandis que lors de la Marche pour Trump le 12 décembre, Black Lives Matter et les Antifas attaquaient des partisans avec des feux d’artifice, jusque dans les restaurants. En juillet dernier, les démocrates avaient bloqué une proposition de résolution condamnant les violences des Black Lives Matter et Antifas qui avaient fait une trentaine de morts et saccagé des villes après le décès de George Floyd. Désormais, le mouvement Black Lives Matter exige de Biden un retour pour son soutien.

Quatre années durant, la tension n’a cessé de croître, conduisant à une radicalisation de part et d’autre chez certains. L’enquête sur le RussiaGate alimentée par un dossier payé par les démocrates, ou la tentative de destitution ne respectant aucunement la procédure normale - ce que dénonçait même un article des pages opinion du Washington Post – a profondément témoigné de la division. Bari Weiss, rédactrice en chef des pages opinion du New York Times a récemment témoigné dans Le Point de la dérive du journal de référence devenu sectaire et poussant à partir des démocrates non extrémistes. Crispations sur les identités sexuelles, raciales réorientent les grands médias démocrates, mais aussi le parti ; et la prière finie par « a-women » ou l’élection d’un pasteur noir décrit comme raciste n’ont pas encore parachevé la mue démocrate. D’un côté comme de l’autre, l’amorce d’un dialogue semble impossible. L’acmé ne pouvait qu’être atteint ce 6 janvier, même si le Président souhaitait probablement que la foule fasse autrement pression sur les élus républicains réticents à demander une commission d’enquête.

Désormais, Trump apparemment hors-jeu, les démocrates ont déjà pris pour cible les sénateurs Josh Hawley et Ted Cruz pour avoir choisi de s’opposer, légalement, à la certification des voix dans les États litigieux. Le Parti démocrate semble craindre qu’ils ne récupèrent un électorat qui maintient sa confiance à Donald Trump, d’autant que l’approbation du Président serait passée de 48 à 51 % après les évènements au Capitole. Les crispations pourraient bien survivre au départ du 45e Président. 

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