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RIP

Assassinat de Samat : mais au fait, que nous disent les paroles de ses "chansons" ?

C'était – à sa façon – un poète. Mais il n'était pas que poète.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Sa voix s'est tue. Il chantait avec les plus grands : Kalash Criminel, la Rafale, Lino d'Arsenik… Tous, bouleversés, lui rendent hommage. Et dans les cités on se désespère de ne plus jamais l'entendre. 

Qui a bien pu vouloir éteindre la voix d'un troubadour des temps modernes ? Quel assassin monstrueux a réduit au silence cet auteur – compositeur qui était, c'est sûr, dans la lignée de Brel, de Ferrat, de Brassens, de Nougaro ? La tragédie, il n'y a pas d'autres mots, s'est déroulée devant un McDo de Garges-lès-Gonesse. Une balle dans la tête et Samat a rejoint le Panthéon où reposent les gloires de la chanson française. 

Pour savoir ce que nous avons perdu écoutons les paroles d'une de ses chansons les plus connues.

"J'rap pas pour percé j'vais tous les rafaler
Il font les gangsta demande a raphaelle
J'ai jamais sucé pour me faire epaulé
Mélange les voyous avec toute les voyelles
Tu veut t'envoler on va te coupé les ailes
Negro paye ton loyé compte pas sur les aides
Ya d'la coke pour ton zen attend pas si sa saigne
"

Les journaux qui annoncent le décès de Samat disent que c'était un rappeur. Certains – sans égard pour son cadavre – vont jusqu'à dire que c était un rappeur "controversé". La police est d'un avis différent. Les flics de Garges-lès-Gonesse notent que Samat était surtout connu comme trafiquant d'armes et de drogue. Condamné il purgeait sa peine à la maison d'arrêt de Nanterre. Pour des raisons familiales il a obtenu une permission de sortie. Elle lui a  été fatale.

La police parle de règlement de compte, ce qui relève de l'évidence. Mieux aurait valu pour Samat de rester en cellule. Quant aux journaux, on se demande bien pourquoi ils n'ont pas simplement titré : "un trafiquant d'armes abattu à Garges-lès-Gonesse". 

Longtemps, longtemps avant Samat, au XVe siècle, vécut François Villon qui lui aussi eut maille à partir avec les argousins de l'époque. Entre deux condamnations il écrivit la "Ballade des Pendus". Ecoutons-là pour nous nettoyer un peu de la poésie de Garges-lès-Gonesse : 

"Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
"

Au risque de passer pour réac, je tiens à dire que c'était mieux avant. 

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