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Après Gérard Depardieu, Brigitte Bardot menace elle aussi de demander la nationalité russe.
©Reuters

Place rouge

Après Depardieu et Bardot, moi aussi je veux devenir Russe !

L'affaire Depardieu pourrait bien annoncer l'ère dans laquelle le bien-être individuel se construira sur le malheur de la majorité.

Pierre  Maxime

Pierre Maxime

Pierre Maxime est analyste financier au sein de divers établissements bancaires. Il écrit pour Atlantico sous pseudonyme.

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Moi aussi je veux devenir Russe !

« Quel beau pays qu’est la Russie, il semblerait qu’il y ait des frites tous les midis et que les bonbons Haribo soient subventionnés. J’exige que le Président Hollande me donne les mêmes garanties, sinon je pars m’installer à Moscou. » Si ce n’était pas tragique, je trouverais cela amusant, cette fraternité franco-russe qui est née comme par enchantement sous l’effet de la poudre magique appelée 75%.

La réponse de M. Ayrault qui souhaite proposer un nouveau modèle à la France est aussi peu convaincante que ma menace (même si celle-ci est très sérieuse). La difficulté à laquelle fait face la France se mondialisera dans les prochaines années. Les Etats-Unis connaissent aussi leur "moment Depardieu", à travers la négociation ratée sur le mur budgétaire. La hausse des dettes et le retardement des ajustements des dépenses combinés à la hausse des besoins de subventions (45 millions ont besoin de subvention pour se nourrir, 14.4% de travailleurs précaires…) sont tous des précurseurs de hausses massives de taxes sur les riches. Le président Obama est d’ailleurs considéré comme d’idéologie communiste par certains commentateurs conservateurs…

En fait, comme dans la publicité d’Apple, il y a une migration fiscale à partir de tous les pays (ou du moins tous ceux qui connaissent une forte dette et un déficit abyssal et qui devront choisir entre plus de pauvreté ou plus de taxes). Certains commencent à considérer que l’intervention des banques centrales nous sauvera, et que la dette, le déficit et toutes ces réflexions ne sont que des problèmes de comptables. Ces commentateurs sont aussi stressés par les perspectives désastreuses vers lesquelles nous nous dirigeons. Ceux-ci cherchent à éviter de taxer directement les richesses (à travers la ponction ou la répression – choisissez votre adjectif selon votre idéologie fiscale) en taxant les actifs et en mettant en place une répression financière.

La crise, ou plutôt le nouveau monde, est fait d’une recherche incessante de rembourser les excès sur lesquels nous avons bâti nos économies occidentales. Ces excès ont permis aux pays émergents de réduire leur pauvreté et d’améliorer la condition de vie de leur population (augmentant par conséquent espérance de vie et besoin de sécurité). Mais en même temps, les excès doivent être absorbés : l’inflation est une solution qui correspond à plus ou proue à une taxation des actifs (des richesses).

Dans le livre de Reinhard-Rogoff, l’hypothèse de l’inflation a été privilégiée à travers une forme de répression financière. Mais celle-ci est insuffisante puisque ceux qui sont réprimés (les patrimoines) trouvent des moyens détournés, à travers les mécanismes comme le carry trade, pour éviter de payer ces taxes et de se déplacer vers les pays émergents (ces déplacements de flux ne nécessitent ni visa ni nationalité).  Il est surprenant de voir que le Fonds monétaire international a remis en question ses propres dogmes dans deux rapports (ce réformisme est aussi impressionnant que celui que pourrait être la décision du Vatican d’accepter le préservatif pour combattre le Sida). Ces deux rapports portent sur : l’effet récessif de l’austérité (le rapport privilégie la hausse des taxes à la coupe des dépenses dans les conditions économiques actuelles), et sur le contrôle des capitaux.

La mise en place de la nouvelle politique monétaire très accommodante au Japon devrait vraisemblablement augmenter la pression sur le retour au contrôle des flux financiers dans les pays asiatiques afin d’éviter de supporter une trop forte inflation qui modifierait la tendance de réduction de la pauvreté. Le retour de la pauvreté dans les pays développés peut s’accompagner d’une baisse des conditions de santé. Nous voyons d’ores et déjà se développer aux Etats-Unis une médecine de la pauvreté inspirée des pratiques de médecine en Afrique – les dents sont arrachées au lieu d’être soignées faute de moyens-.

Mais face à cette « crise » sanitaire qui se prépare et pour laquelle les scénarios les pires feraient pâlir les films hollywoodiens nous ne préparons aucunement. Nous risquons même de nous rendre trop tard que, endettés et pauvres, nous n’aurions pas les moyens d’acheter autant de vaccins ou de médicaments (puisque la richesse sera ailleurs).

Le moment Depardieu sera sûrement historique (peut-être aussi important que la disparition des dinosaures), celui ou le bien-être individuel (recherche par tout agent économique rationnel) se construira sur le malheur de la majorité. Choquant ? Non, juste triste que les économistes illustres que compte l’histoire de l’humanité n’aient pas pu voir les erreurs de leurs propres modèles. Merci M. Depardieu, vous avez réussi à nous réveiller mais nous avons peut-être besoin de plus de départs pour que les dirigeants acceptent enfin d'être  collaboratifs… Envoyez-nous des bons baisers de Russie, nous en aurons besoin…

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