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©LOIC VENANCE / AFP

Confusion sémantique

Antiracisme n’est pas synonyme de haine !

A la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis et après les nombreuses manifestations à travers la planète, l'antiracisme est revenu au coeur des débats. Face aux confusions sémantiques, Mohamed Sifaoui décrypte et revient sur la notion de l'antiracisme.

Qu’est-ce qu’un militant (ou un combat) antiraciste ? En ces temps de confusions sémantiques et idéologiques, il serait peut-être important, dans un souci de clarification, de rappeler quelques principes. 

Depuis la mort d’un afro-américain, George Floyd, une émotion légitime traverse la planète et il est plutôt agréable de voir que les sociétés, et singulièrement la jeunesse, du monde occidental, celles qui nous laissent penser parfois qu’elles seraient détachées des sujets fondamentaux et intéressées, de façon égotique, que par le consumérisme et les loisirs, de constater, disais-je, que ces sociétés s’engagent pour revendiquer leur attachement à un principe universel : l’antiracisme. Cette valeur essentielle intimement liée à l’humanisme. 

L’histoire aurait été belle si les choses s’étaient arrêtées là. Malheureusement, quelques opportunistes et autres groupuscules cyniques ont jugé utile de transposer un événement strictement américain à quelques faits divers ayant eu lieu en France. L’affaire Floyd se retrouve ainsi instrumentalisée par des courants et des milieux douteux qui ont vu qu’ils avaient, à travers ces événements, une aubaine, non pas pour défendre des idées progressistes, mais pour exprimer, au nom de l’antiracisme, des haines de toute nature. 

D’abord contre les forces de l’ordre et notamment la police. Il ne s’agit pas pour moi de dédouaner ceux qui, parmi les policiers (ou les gendarmes) salissent les corps constitués qu’ils sont supposés servir dans le cadre du respect de la loi et des valeurs de la République et de ce point de vue, la loi et les valeurs de la République rejettent toute attitude discriminatoire et tout acte ou parole raciste. Cela étant dit, il est question de préciser que si le racisme existe – et il traverse malheureusement les forces de l’ordre, reflet de la société – celui-ci n’est, tant s’en faut, ni institué ni encouragé. Et puisque ce racisme est le produit d’une forte minorité, il est anormal et injuste, mais aussi malhonnête d’affirme que la police (ou la gendarmerie) serait raciste. On ne saurait tolérer que des faits condamnables, dont une petite partie est responsable, soient qualifiés en « racisme d’État » : fantasme entretenu par certaines chapelles dans le seul but de fragiliser la République. Ne l’oublions pas !

S’agissant de ce qui est appelé « violence policière », là aussi, s’il est évident qu’il faut condamner et bannir toute violence illégitime et disproportionnée, il n’est pas acceptable, à moins de tout ignorer sur la réalité de la délinquance en France et du comportement des voyous, souvent multirécidivistes, face aux forces de l’ordre, de considérer toute interpellation de délinquants comme « violence policière ». Des brebis galeuses au sein de la police ? Il y en a. Mais il n’est pas question d’eux seulement dans cette polémique. Certains « petits malins » voudraient à partir d’éléments objectifs et de faits condamnables avérés – qui sont minoritaires – faire croire que systématiquement la police française, face à une personne de couleur, issue des quartiers populaires ou de l’immigration, userait non seulement de violence (gratuitement), mais de façon discriminatoire. Cela relève soit de l’ignorance soit de la malhonnêteté intellectuelle, car qui ne connaît pas l’attitude adoptée par l’écrasante majorité des voyous (et pas seulement !) devant les fonctionnaires ? Qui fait mine d’ignorer les rébellions et la vulgarité lors des contrôles d’identité ? On peut déplorer un déficit de moyens, de formation ; on peut regretter que des ghettos aient été édifiés en République et que de jeunes Gardiens de la paix, y soient jetés en pâture pour servir de rempart face à une violence de plus en plus évidente, mais on ne pas induire d’opprobre sur toute une profession en laissant croire qu’il y aurait un seul problème : le racisme ! Et circulez, il n’y a rien à voir. 

Par ailleurs, annexer aux côtés des questions de discrimination et de racisme, les heurts nés dans le climat entretenu, pendant plusieurs mois, par le mouvement des « Gilets jaunes » et notamment par les « Blacks Bloc » et faire croire que les « violences policières », enregistrées durant l’année 2019, seraient systématiquement liées à la couleur de peau, un peu à l’image de ce qui se passe aux États-Unis. Cela relève tout simplement de la manipulation. Je regrette que personne n’ait eu la présence d’esprit de rappeler que les « violences policières » si elles ont visé en 2019 des citoyens français, ceux-ci n’étaient pas majoritairement issus des quartiers populaires, mais du collectif cité plus haut. Et cette astucieuse idée d’évoquer ces « violences » visait, consciemment ou pas, à fédérer tous les milieux extrémistes, dits « antisystème », Gilets jaunes et quartiers populaires. 

Ensuite, la haine qui se manifeste contre toute la société. Cette idée nauséeuse qui laisse croire que tout ce qui ne serait pas de couleur serait suspect. Cette volonté de vouloir faire porter aux sociétés occidentales contemporaines le poids de l’histoire : l’esclavagisme, le colonialisme, le racisme. Aucune histoire, aucune « communauté » n’est immaculée. Les « Blancs » furent esclavagistes. Mais des ethnies africaines le furent, où parfois le sont toujours aussi, contre d’autres ethnies africaines. La Mauritanie, en Afrique du Nord, est le pays le plus esclavagiste au monde aujourd’hui, le Qatar au Moyen-Orient l’est tout autant, tout comme l’Arabie Saoudite, sous la bannière des Gardiens des Lieux saints de l’islam. 

L’Occident n’est pas parfait, mais grâce aux systèmes démocratiques qu’il a érigés, grâce aux États de droit qu’il a édifiés, c’est incontestablement le cadre le plus égalitaire et le plus juste pour tous les groupes ethnoreligieux. Les démocraties sont perfectibles. Il y a encore des combats à mener, des comportements à bannir, des discriminations à combattre, mais il faut arrêter avec cette approche manichéenne qui laisse entendre que le « Blanc » parce que blanc serait presque par nature, systématiquement, raciste ou dépositaire d’une mémoire qui devrait l’amener à se repentir d’un racisme que ses aïeux auraient exprimé. Approche qui pose ainsi « l’homme de couleur », tout aussi systématiquement sur un piédestal : celui de la victime éternelle. 

Ces simplismes oublient de rappeler un élément fondamental qui est de plus en plus fréquent : certaines victimes du racisme peuvent parfois elles-mêmes en générer. C’est là un phénomène qui devient récurrent. La meilleure illustration a été donnée par certains hurluberlus présents à la manifestation organisée place de la République, ce samedi 13 juin, quand devant une banderole déployée par les militants d’extrême droite de « Génération identitaire », certains parmi les manifestants leur crièrent « Sales Juifs ». Et pourtant ! Ils prétendaient être là comme « militants antiracistes ». 

Attitude que l’on retrouve désormais chez la plupart des activistes identitaires – de toute origine – qui tout en se plaignant du racisme qu’ils subiraient, n’hésitent pas à en générer à leur tour.    

Enfin, la montée des communautarismes qui fissurent la République. Je le dis ex abrupto : se trompe lourdement, celui qui croit que l’antiracisme, ce serait défendre exclusivement son identité singulière sans se soucier des attaques et des discriminations que subissent d’autres groupes dans la société. En d’autres termes, le militant antiraciste est celui qui est capable au nom d’un humanisme désintéressé de défendre aussi tout ce qu’il n’est pas. L’antiraciste c’est le citoyen d’origine européenne qui n’accepte pas qu’un homme (ou une femme) d’ascendance africaine soit stigmatisé, c’est également l’hétérosexuel qui ne tolère ni l’homophobie ni la misogynie, c’est le noir qui combat toute parole haineuse contre un blanc et qui n’accepte ni la « haine de l’Autre » ni l’antisémitisme, c’est le juif qui rejette tout propos contre les « Arabes », c’est le maghrébin qui refuse toute idée négationniste ou antijuive, enfin bref, c’est d’abord et avant tout l’acceptation de l’altérité. Rien à voir donc avec ces pseudos « antiracistes » qui tentent de nous transformer une revendication cherchant des explications à la suite de la mort accidentelle d’un délinquant. Et à ce propos, je le dis tout aussi clairement : si la justice doit apporter, dans les meilleurs délais, de manière impartiale et en totale indépendance, toutes les réponses au sujet des conditions du décès d’Adama Traoré, il n’est pas acceptable que ce fait divers soit récupéré par des courants politiques ou idéologiques dans le seul but d’installer dans la société une suspicion permanente contre les forces de l’ordre. Il est d’ailleurs pathétique de constater que ceux qui refusent les amalgames – et ils ont raison – ne sont pas prompts à les rejeter quand il s’agit de la police et de l’État.      

L’antiracisme ce n’est pas l’affaire d’une camarilla. C’est un principe sérieux, noble pour militants sincères, honnêtes et convaincus. Ce n’est ni la négation de l’histoire ni une expression antisémite ou homophobe, ce n’est ni racialisme ni sexisme. Et ce n’est pas du communautarisme. Donc de grâce, revenons à l’essentiel : identifions les vrais mouvements antiracistes, ils sont nombreux et leur parcours plaident pour eux, et ne les amalgamons pas avec les groupes identitaires haineux et les communautaristes.            

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