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Terra (de moins en moins) incognita

L'Antarctique pourra-t-il rester ce continent réservé à la science ?

Depuis 1961 et l'entrée en vigueur du Traité de l'Antarctique, le pôle Sud reste la chasse gardée des scientifiques du monde entier. Pourtant bien des pays, dont la France, gardent un oeil sur certains territoires du continent. Jusqu'à quand l'Antarctique restera le continent de la "science et de la paix" ?

Christian  de Marliave

Christian de Marliave

Christian de Marliave est coordinateur scientifique, consultant de nombreuses missions polaires.

Il a notamment été responsable de la logistique et du développement pour les expéditions de Jean-Louis Etienne (Transantartica 1990-91, Antarctica 1992, Erebus et Spitsberg).

Christian de Marliave est actuellement coordinateur du programme scientifique Tara-Artic et responsable éditorial des Editions Paulsen consacrée aux régions polaires.

 

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Atlantico : Le pôle Sud est un réservoir incroyable de ressources et d’informations convoité par les pays les plus puissants, mais aussi, de plus en plus, par les pays émergents. Comment une nouvelle nation s’y prend-elle pour initier des recherches en Antarctique ?

Christian de Marliave : Ce n’est pas l’ONU qui gère l’Antarctique. Ce sont les scientifiques eux-mêmes au sein d’un comité : le Scientific Committee on Antarctic Research (SCAR). Ce pays doit signer le Traité de l’Antarctique s’il veut commencer à faire des recherches. S’il installe une base il devient en plus un membre actif. Il a le droit entre autres de siéger aux commissions.

Il y a beaucoup de pays qui font des recherches en Antarctique, qui ont des bases soit à la bordure du continent, soit même à l’intérieur. Ils y font leurs propres recherches et invitent même d’autres scientifiques étrangers qui n’ont pas de bases à participer à des programmes conjoints. Les Français ont l’habitude d’accueillir beaucoup de spécialistes étrangers sur des programmes spécifiques.

 

Quels types de recherches sont menés en Antarctique ?

Il y a beaucoup de recherches sur la physique pure. Que cela soit dans le domaine de l’atmosphère, de l’océanologie, des glaces, des micrométéorites ou de l’astrophysique.

Il y a un énorme programme, Ice Cube, mis en place par plusieurs universités et piloté par les Américains. C’est je pense le plus gros projet développé, en terme de coût, en Antarctique. Au pôle Sud même, ils ont installé un énorme capteur de neutrinos (détecter les flux de neutrinos peut nous permettre de révéler les sources des rayons cosmiques ainsi que la nature des particules de matière noire)

Il y a eu aussi beaucoup de choses développées autour de la paléoclimatologie avec tous les carottages (prélèvements d’échantillons dans la glace) effectués conjointement sur la base française de Concordia et la base russe de Vostok. Les Français viennent d’ailleurs de réaliser une liaison entre les deux bases.

 

Tous les pays coopèrent-ils vraiment ?

D’après le traité Antarctique, toutes les données sont ouvertes. Nous devons rendre public tous nos résultats. Pour l’instant le pacte est relativement respecté. Il y a quelques pays réticents. On pourrait parler de la Chine qui a tendance à moins coopérer. Mais dans l’ensemble, tout le monde joue le jeu.

Mais il y a aussi le Protocole de Madrid (relatif à la protection de l’environnement sur le continent), qui a été signé pour 50 (en 1991 et entré en vigueur en 1998), et sur lequel il y a quelques petites ouvertures qui sont effectivement un peu bizarre en ce moment. Les Russes ont demandé à recommencer à explorer les ressources minières, ce qui est totalement contraire au traité. On se demande où cela peut conduire.

 

La Chine est donc installée en Antarctique. Jusqu’où va son implication dans le continent ?

Les Chinois ont une base depuis longtemps en péninsule Antarctique. L’intérêt d’avoir une station à l’intérieur du continent est très récent. Ils ont ouvert une base extrêmement moderne, Zhongshan, à côté de la base russe de Progress. Ils essayent aussi d’ouvrir une base à l’intérieur du continent, vers le coin le plus haut du plateau Antarctique. Ils mettent effectivement beaucoup de moyens pour développer de l’activité scientifique en Antarctique. Il est difficile de dire si c’est purement pour des raisons scientifiques.

 

Où en sont les velléités territoriales de certains pays ? Le Chili et l’Argentine notamment, qui n’hésitaient pas à envoyer des femmes enceintes accoucher sur le continent.

Cette histoire de naissance est un peu anecdotique. Cela n’a pas plus vraiment d’impact à l’heure actuelle. Cela a été effectivement une politique pendant un certain temps. Ils essayaient de revendiquer certains territoires par proximité géographique. Les Chiliens et les Argentins ont signé le traité de l’Antarctique et le protocole de Madrid, ils sont d’accord pour geler toutes les revendications territoriales, au moins jusqu’à une quarantaine d’années (Le Traité de l’Antarctique sera révisé en 2048). Il faut savoir que les Français également revendiquent des territoires mais tout est gelé grâce au traité.

 

Peut-on imaginer, au terme du pacte, le dégel des revendications ?

On peut effectivement l’envisager. On sait qu’il y a beaucoup de pétrole en mer de Weddell. Si un jour le baril monte à un prix astronomique il n’est pas exclu que certains Etats mettent de côté le traité pour commencer à exploiter les ressources. Il faut faire très attention.

L’Antarctique est un contient réservé à la « science et à la paix » et cela devrait durer encore un certain temps. Je crois qu’il faut être quand même très vigilant. Il faut tout mettre en œuvre pour éviter tous les débordements.

Les Français s’y emploient à travers la mission Rocard qui essaye de faire signer le Traité de l’Antarctique et le Protocole de Madrid a de plus en plus de pays. Une quarantaine de pays l’a signé à l’heure actuelle. Le dernier à l’avoir fait est la Malaisie. C’est une très belle avancée car la Malaisie a toujours été très virulente en la matière. Ils voulaient que l’Antarctique soit géré par les Nations unies. C’est une très bonne nouvelle qu’ils approuvent enfin un système qui marche bien depuis 1961 (année de l’entrée en vigueur du pacte).

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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