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Pandémie économique

Alerte rouge sur l’économie : si la déflation menace la Chine alors qu’elle s’en sortait nettement mieux que nous, que risquons-nous désormais ?

Alors que la Chine est proche de la déflation, les économies mondiales devraient voir cela comme un avertissement et réagir dès maintenant.

François-Xavier Oliveau

François-Xavier Oliveau

Associé d'Initiative & Finance, François-Xavier Oliveau accompagne les entreprises dans leur transition écologique, à la fois en capital et sur le plan opérationnel. Il vient de publier La crise de l'abondance aux Editions de l'Observatoire. Il y interroge l'invraisemblable paradoxe d'une société plus riche que jamais mais traversée de crises majeures. Après avoir décrit le mécanisme d'innovation et de baisse permanente des prix qui nous donne accès à l'abondance, il propose des solutions concrètes pour maîtriser cette abondance. Son premier essai, Microcapitalisme (PUF, 2017, collection Génération Libre) a obtenu le prix du jury du comité Turgot. Il a enfin publié en avril 2019 une étude avec l'Institut Sapiens sur les impacts entre technologie, prix et monnaie, Pour la Création d'un dividende monétaire.

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Atlantico.fr : Pour la première fois depuis 2009, la Chine a déclaré une déflation sur l’indice des prix à la consommation. Est-ce l’effet de la crise du covid-19 ou de facteurs plus structurels ou encore d’un simple phénomène passager ?

François-Xavier Oliveau : L’indice des prix à la consommation chinois a en effet reculé pour la première fois depuis 2009. L’inflation est de -0,5% sur douze mois glissants. Il y a clairement un effet conjoncturel. Les prix avaient considérablement augmenté en fin d’année dernière, notamment avec une forte hausse des prix du porc liée à une épidémie de peste porcine. La base de comparaison de novembre 2019 est donc particulièrement élevée, ce qui explique ce chiffre négatif.

Mais l’analyse du niveau des prix hors énergie et agro-alimentaire, ce qu’on appelle l’inflation sous-jacente, traduit également des pressions baissières. Il ressort à 0,5%, un niveau toujours positif mais bien plus bas que l’inflation habituelle en Chine qui se trouve entre 1,5% et 2%. Cette faible inflation est à la fois liée à l’impact de la crise du Covid-19 et potentiellement à des tendances de plus long terme liées à la révolution technologique, qui a des tendances fortement déflationnistes.

Atlantico.fr : Si l’économie chinoise, toujours prise en exemple de bonne santé économique, commence à connaître une déflation sur ses prix à la consommation, doit-on craindre le pire pour les économies européennes et occidentales ? 

François-Xavier Oliveau : En l’occurrence, sur la base du même indicateur, je vous rappelle que nous sommes en déflation en Europe depuis 4 mois ! Le taux d’inflation incluant le prix de l’énergie et des matières premières est négatif depuis août et actuellement de -0,3% en zone euro. S’agissant de l’inflation sous-jacente, plus significative, nous restons tout juste positifs avec une inflation à 0,2%.

Mais en effet, la faible inflation en Chine, bien que le pays soit en croissance en 2020 et que sa demande intérieure demeure solide, traduit des pressions déflationnistes mondiales. Tout comme en Chine, la pression baissière sur les prix en Europe sera certainement très forte en 2021. Il y a une combinaison de plusieurs facteurs.

Le premier est l’accélération de la révolution numérique, accentuée par la crise sanitaire, qui permet de réduire le coût des services. Le second est la réduction des coûts de production des entreprises qui s’annonce, avec la multiplication des plans sociaux. Le troisième est une demande qui va rester basse, avec une hausse du chômage et probablement une tendance à l’épargne de précaution pour les ménages qui le peuvent. L’équilibre général entre l’offre et la demande devrait donc se traduire par une faible demande et une offre à coût plus bas. Enfin, le quatrième est lié aux limites de la politique monétaire européenne, dont les efforts aboutissent désormais bien plus dans le prix des actifs que dans celui des produits de consommation.

Il faut donc s’attendre à des pressions très fortes sur les prix dans les années qui viennent, avec une BCE qui aura le plus grand mal mal à lutter contre la déflation si elle ne fait pas évoluer ses outils.

Atlantico.fr : Au regard des chiffres actuels, est-on mesure d’estimer et de chiffrer comment vont se comporter les économies européennes ? Que doivent-faire les institutions françaises/européennes pour ramener la stabilité ? 

François-Xavier Oliveau : Je m’attends concrètement à une entrée prochaine en déflation, sur la base du taux d’inflation sous-jacente. Les politiques monétaires sont le moyen traditionnel d’y faire face. Or elles sont totalement en bout de course. Les taux ne peuvent plus baisser, et les injections monétaires de la BCE peinent à peser sur les prix à la consommation : elles vont principalement alimenter la hausse de prix des actifs, ce qui explique pourquoi les actions et l’immobilier maintiennent des valorisations élevées malgré la crise. Par conséquent, ces politiques aggravent les inégalités au profit des détenteurs de patrimoine, dans un contexte général où les plus précaires ne seront pas épargnés par la crise.

La solution passe désormais par des distributions monétaires directes aux ménages. Ces dispositifs ont été expérimentés avec succès dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis ou le Canada par exemple. Des « chèques stimulus » ont été distribués sans contrepartie à une grand nombre de ménages vulnérables, leur permettant de consommer et de réduire leur endettement. Le taux d’inflation est repassé au-dessus de 1% aux Etats-Unis et au Canada, écartant les risques de déflation.

En Europe, on pourrait imaginer une distribution mensuelle destinée à tous les ménages, quitte à ajuster les barèmes de l’impôt sur le revenu pour en réduire progressivement le bénéfice pour les ménages aisés. Le montant de l’injection serait calibré pour atteindre un niveau cible d’inflation. Cette injection monétaire serait financée par la BCE, par exemple par une émission de dette sans intérêt et à maturité illimitée à destination des Etats qui la redistribueraient ensuite par leurs canaux fiscaux et sociaux traditionnels. A dire vrai, cela devrait même être une émission monétaire sans contrepartie : la baisse des prix structurelle dans nos économies justifie une émission monétaire permanente, qui peut et doit désormais s’affranchir de l’outil de la dette.

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