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Le pic de pollution se prolonge en Île-de-France.

De l'air !

Alerte pollution : le sempiternel pansement qui empêche de voir qu’un air propre, ça rapporte

Une fois de plus, pour faire face à un pic de pollution qui se prolonge en Île-de-France, les pouvoirs publics ont décidé de prendre des mesures ponctuelles. Seulement présentée sous l'angle de la contrainte, la lutte pour un air plus pur gagnerait à être abordée d'une nouvelle manière.

Thomas Kerting

Thomas Kerting

Thomas Kerting est Président d'Air Sûr et Vice-président de la Fédération Interprofessionnelle des Métiers de l’Environnement Atmosphérique (FIMEA).

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Atlantico : Des mesures ont été prises pour ce jeudi 9 avril : vitesses réduites de 20 km/h en Ile de France, stationnement résidant gratuit… Nous sommes habitués à ces mesures qui parent au plus pressé, mais que faire à plus long terme ?

Thomas Kerting : Au lieu de panser une jambe de bois, il faudrait surtout penser le changement. Suite à un pic persistant de pollution nous nous trouvons actuellement en mode curatif, mais nous voyons bien qu'il nous faut une nouvelle gouvernance de l'air, et que nous réfléchissions de manière plus large. Cette réalité s'impose à nous au moment-même où nous cherchons à vendre la ville durable aux Chinois et aux Indiens : mais qu'allons-nous pouvoir proposer si nous-mêmes, nous étouffons ? C'est dramatique, car la filière française de la qualité de l'air est impressionnante de par sa richesse, mais peine à décoller à l'international car elle ne peut pas citer la France en exemple. C'est pourquoi il faut imaginer une gouvernance avec toutes les parties prenantes. Il faut des dispositifs qui évitent que des couacs comme ceux entre Ségolène Royal et Anne Hidalgo se reproduisent, mais aussi beaucoup plus de profondeur dans l'organisation des forces vives, en France et en Europe.

Faut-il créer une autorité supplémentaire ?

Cela pourrait prendre la forme d'une agence nationale, mais au départ il faut surtout remettre tout à plat, dans une logique similaire à celle d'un Grenelle. Il faut notamment déterminer clairement ce dont nous disposons en France. Or il faut savoir que nous sommes en avance sur tous les sujets. Notre arsenal de solutions, d'expertise et d'ingénierie  est tel que nous pouvons concevoir la ville durable : notre industrie est bonne, nous disposons de très bonnes agences de surveillance de la qualité de l'air, notre Etat est en possession des thématiques de la qualité de l'air… A un moment donné il faut traduire l'air en euros, et c'est ce que nous avons fait dans un ouvrage avec Frédéric Gonand et Mathilde Lorenzi, "La bataille de l'air" (janvier 2015). Nous y montrons qu'un air pur constitue un moteur économique. En outre, il faut un effort de sensibilisation : la bataille pour l'air n'est aujourd'hui perçue que comme un ensemble de mesures liberticides. C'est pourquoi il faut sensibiliser en amont, rappeler que c'est un sujet de développement de compétitivité, de santé, et d'avenir du territoire. Il ne faut plus seulement imposer des mesures d'urgence, il faut intégrer le citoyen dans le processus.

Quels sont les moyens concrets dont nous disposons-nous pour améliorer la qualité de l'air ?

Du côté de la filière industrielle de la qualité de l'air française, nous sommes capables de proposer toute une chaîne qui permette aux villes durables ou intelligentes telles que nous les imaginons et les vendons à l'export, de respirer. Ce facteur est essentiel, car on peut déjà voir qu'en Chine des manifestations sociales se déclenchent sur ce thème. Vendre des solutions de ville durable, c'est une manière d'acheter la paix sociale. Encore, une fois, nous avons toutes les solutions en main pour rendre pur l'air extérieur et intérieur. L'OMS estime que la pollution de l'air a tué 7 millions de personnes en 2012, ce qui représente un décès sur 8. Une étude de l'OCDE de 2014 a chiffré, en prenant en compte la Chine et l'Inde en plus, le coût de la pollution de l'air à 3 600 milliards de dollars. La pollution de l'air nous coûte très cher. C'est par la qualité de l'air que l'on pourra redonner de la valeur aux villes.

Quels outils se trouvent à notre disposition ?

Nous avons des outils pour mesurer. La collecte de data nous permet de mieux comprendre la pollution, pour ensuite agir. L'action se fait au travers de recommandations, à tous les niveaux : ventilation, traitement, changement de matériaux, jusqu'à la technologie active d'épuration. Avec des péages urbains mobiles par exemple, qui s'adapteraient en fonction des lieux les plus pollués sur le moment, nous pourrions mieux faire face.

Par ailleurs les données recueillies peuvent servir au niveau communautaire. Par exemple, si une personne veut faire son jogging, grâce à un système GPS elle serait en mesure de savoir où elle a intérêt à courir pour être moins impactée par les particules. L'air est la seule chose dont ne pouvons nous passer, même pendant une minute. C'est de cette évidence qu'il faut repartir pour comprendre ce qu'il faut faire. Si par exemple la tour Eiffel n'est plus visible que 30 jours par an, la manne touristique va diminuer, et c'est le PIB qui en pâtira… Les métropoles qui vont s'affronter dans la concurrence internationale de demain trouveront dans la qualité de l'air un facteur déterminant de leur attractivité.

Le problème de la pollution de l'air ne s'arrête pas aux frontières : la lutte doit-elle être organisée par Bruxelles, ou bien la France doit-elle prendre le leadership ?

La France a à sa disposition tous les acteurs de l'air, ce qui est assez exceptionnel pour être mentionné. Les Lumières ont inspiré l'Europe, pourquoi la qualité de notre air ne pourrait-elle pas en faire de même au niveau mondial ? En outre, c'est certainement un bon moyen de rappeler aux citoyens européens qu'ils partagent plus que de simples institutions. C'est un message profondément positif. La conférence "Les Respirations", que je co-organise avec Mathilde Lorenzi, a cette année pour thème "La qualité de l'air, chantier de croissance pour les métropoles". Un message qui parle à tout le monde.

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