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©DR / Leemage / Corbis via Getty Image

Origines du mythe

Alerte aux vampires : comment des cadavres en décomposition ont provoqué la première crise de panique collective en 1720

La décomposition des corps dans les années 1720 a donné naissance au mythe du mort-vivant. Puis des préoccupations de santé publique ont mis fin à la superstition qui a laissé place au vampire, monstre moderne et romantique.

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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En 1721, le curé londonien Thomas Lewis, préoccupé par la puanteur de la chair en décomposition suintant de tombes trop remplies de cadavres dans son église, publie une brochure intitulée “Seasonable Considerations on the Indecent and Dangerous Custom of Burying in Churches and Church-yards”. Selon lui, des vapeurs nocives profanent ce lieu saint, distrayant sa congrégation de la prière. Lewis ajoute que ces odeurs provoquent des maladies (peste, variole, dysenterie).

Le point de vue de Lewis sur la dangerosité des morts pour les vivants est basé sur la pensée scientifique contemporaine encore proche de superstitions médiévales. A l'autre bout de l'Europe, dans le village de Kisiljevo, à la périphérie de l'empire des Habsbourg, en juillet 1725, des villageois disent que Petar Blagojević, décédé dix semaines plus tôt, est sorti de sa tombe. Il aurait attaqué neuf  villageois qui en sont morts.

Un rapport officiel dit que les anciens du village  considèrent que Blagojević est un «vampyri», mot serbe pour un revenant d'entre les morts. 

On procède à une autopsie de Blagojević dont le cadavre serait tout «frais». On note autour de la bouche, la présence de «sang frais» qu'il aurait aspiré sur ses victimes. Les villageois enfoncent un pieu aiguisé dans le torse de Blagojević.

Le rapport transmis aux autorités des Habsbourg, est publié dans un journal local , c'est la première mention imprimée du terme «vampyri», qui va apparaître dans d'autres langues européennes.

La plainte de Lewis et cette enquête portent sur le même problème de santé publique: la proximité entre les vivants et les morts depuis les débuts de l'urbanisation dans l'Europe du XIe siècle.  On construit maisons et commerces autour des lieux de culte et de leurs cimetières attenants. L'Église n'est pas désireuse de changer cela, car les inhumations sont une entreprise lucrative. 

Lorsque toutes les parcelles d'un cimetière sont pleines - cela se produit de plus en plus à la fin du XVIIe siècle - on ajoute des tombes moins profondes, sans cercueils pour les plus pauvres.  Idéal pour que les morts apparaissent en cas de forte tempête de pluie, ou qu'ils soient déterrés par des chiens. Certains sont décomposés jusqu'aux os tandis que d'autres semblent bien nourris. La tradition populaire les appelle des "revenants" , du verbe français revenir. Le terme slave est « Vampyr» ou « upyr» .

On considère que privés des cérémonies appropriées, incapables de se reposer, ils jaillissent de leurs tombes. La solution : les exhumer, les décapiter et les bruler. Les évêques catholiques et protestants n'apprécient pas cette chasse aux sorcières. Au début du 18e siècle, il est interdit aux curés d'effectuer de tels rituels obscurs dans leurs paroisses.

Fin 1731 un chirurgien austro-hongrois Johannes Flückinger enquête dans le village serbe de Medvegya  sur un Albanais défunt, accusé d'avoir harcelé quatre villageois qui en sont morts. Le cadavre du coupable déterré est trouvé "intact" et, donc, on lui enfonce donc un pieu dans le torse.

Spécialiste des maladies contagieuses, Flückinger réalise des autopsies pour prévenir une épidémie - et une nouvelle panique - il cherche, en vain, une explication scientifique aux apparentes anomalies de décomposition.

En janvier 1732, le rapport de Flückinger, alimente un débat dans les cercles savants, religieux et de la cour sur ces soi-disantes épidémies de vampires.  La question n'est tranchée qu'en 1746, lorsque le spécialiste du Vatican Dom Augustin Calmet conclut dans ses «Dissertations sur les apparitions» que ces revenants sont des créatures imaginaires.

Ce rapport coïncide avec la naissance du mouvement de réforme des cimetières, en particulier en France. Des urbanistes tels que Christopher Wren à Londres préconisent des cimetières en dehors des limites des villes dès 1708 , Paris limite les enterrements dans les églises et les cimetières urbains en 1765.  En 1780, le célèbre cimetière des Innocents au centre de la capitale, plein à craquer, est fermé. Les restes sont enterrés dans les catacombes.

La vision de Lewis de cimetières assainis est enfin réalisée dans les cimetières-jardins du 19ème siècle. Le Père Lachaise fut le premier, ouvrant à l'extérieur de Paris en 1804. Les défunts y sont à l'abri des regards et des esprits. De leur côté, les vampires trouvent leur place dans la littérature romantique comme des séducteurs surnaturels et l'ont gardée jusqu'à aujourd'hui.

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