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Au Royaume-Uni, le variant dit "indien" est devenu majoritaire en quelques semaines.
Au Royaume-Uni, le variant dit "indien" est devenu majoritaire en quelques semaines.
©JUSTIN TALLIS / AFP

A l’aveugle

Alerte au variant indien dans les Landes : voilà pourquoi le gouvernement ne semble pas mesurer le risque couru par la France

Le manque de moyens affectés au criblage -qui permet d’identifier les variants- nous rend particulièrement vulnérables à une reprise « surprise » de l’épidémie de Covid-19, et ce alors même que le Royaume-Uni, déjà plus affecté, prend des mesures beaucoup plus strictes.

Clarisse Audigier-Valette

Clarisse Audigier-Valette

Le docteur Clarisse Audigier-Valette est pneumo-oncologue. Elle est chef de pôle de médecine à orientation oncologique et responsable de l'unité Covid-Pneumo au Centre Hospitalier Intercommunal Toulon/La Seyne-sur-Mer.

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Atlantico : Le variant indien - ou Delta - du Sars-Cov 2 a été détecté dans 54 endroits en France et dans six de ces épisodes, dont celui d'une famille dans les Landes, aucun lien avec l’Inde ou le Royaume-Uni n'a pu être découvert ce qui laisse penser que le variant circule dans la population. Un jeune de cette famille a été déclaré positif le 5 mai mais il a fallu plusieurs semaines pour que ce variant soit détecté. Comment expliquer ce délai ? Sommes-nous démunis ou aveugle face à l'émergence de ce nouveau variant ?

Docteur Clarisse Audigier-Valette : Je ne sais pas si nous sommes aveugles, mais en tout cas nous avons la mémoire courte. En janvier, il est arrivé exactement la même chose avec le variant anglais. Nous avons mis énormément de temps avant de le détecter en routine et de le chercher. Il faut faire un séquençage assez précis, ce qui signifie chercher la mutation qui correspond au variant. D'ailleurs, il est juste d'avoir changé le nom en « variant Delta », car il ne faut pas forcément rentrer d'Inde pour être contaminé par le variant indien : ce sont des variations dues à la pression épidémique ; plus le virus circule, plus des mutations apparaissent. Le problème, c'est la sensibilité des tests pour les détecter et le temps nécessaire pour y parvenir. Même si vous accélérez vos techniques, il y aura un délai. Dans la région ou j'exerce, en région PACA, il faut toujours 48 heures - ou 24h si votre test est fait au meilleur moment - pour savoir si vous êtes infectés par le variant anglais.

Le variant indien multiplie le risque d'hospitalisation par 2,7 et est 50 à 70% plus contagieux que le variant précédent. Cela veut dire que ce que nous n'avons pas réussi à faire avec le variant anglais, nous arriverons encore moins à le faire avec le variant indien. Alors, bien évidemment il faut le détecter, mais il faut surtout prendre en compte le fait que lorsque ce sera fait, la diffusion aura déjà eu lieu. Pour la limiter, la solution passe par les mesures barrières - mais en période de déconfinement, on observe un relâchement - et surtout par la vaccination. La vaccination complète, car la vaccination à une seule dose n'a que 33% d'efficacité face au variant indien contre 88% pour la vaccination à deux doses.

Actuellement, nous sommes dans une politique de réassurance : on a tendance à se satisfaire d'un taux d'incidence bas. Mais peut être que ce taux d'incidence est mal estimé du fait qu'une partie des variants ne sont pas détectés. Nous risquons donc de faire face à une remontée brutale des contaminations si nous négligeons ces variants.

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Comme au Royaume-Uni, où le nombre de nouveaux cas progresse fortement du fait du variant indien ?

Ce qui est étonnant, c'est que tout cela s'est déjà passé avec le variant anglais. On devrait en retenir les leçons et arrêter de croire que nous sommes plus malins que les autres. Le variant indien circule sur notre territoire, mais on a la chance d'être dans un pays qui permet d'avoir accès à la vaccination. Il faut donc tout miser sur elle. Plutôt que de dire "décalez votre deuxième injection pour pouvoir partir en vacances", il faudrait plutôt l'avancer de quinze jours ! L'autorisation de mise sur le marché du vaccin Pfizer prévoit une deuxième injection à J+21 et nous sommes actuellement à J+40. Or, il vaudrait mieux que les Français partent en vacances avec une vaccination complète plutôt qu'avec une seule dose.

Comment expliquer qu'il n'y ait pas de test de routine sur ce nouveau variant, que l'on refasse la même erreur qu'avec le variant anglais ? Est-ce une raison technique ?

Déjà, il faut avoir la possibilité de le séquencer. Et puis, lorsque le taux d'incidence diminue, une sorte de relâchement s'installe. Il faut qu'un effet cluster réapparaisse pour qu'on se dise à nouveau "il y a un problème, le taux de contamination augmente dans cette zone-là avec un Covid non identifié". C'est là qu'on se met à le séquencer. Il faut un certain nombre de jours avec qu'une stratégie de séquençage soit remise en place. De la même façon qu'en janvier, nous nous sommes retrouvés avec des variants sud-africains, brésiliens et anglais, et qu'il a fallu un peu de temps avant que l'on se rende compte que l'Anglais prenait le dessus. Il y a eu un décalage. Cette fois, il faudrait que l'on s'y mette assez rapidement, même si je dirais que nous ne sommes plus à l'étape où il serait important de savoir où est le variant indien. Maintenant que l'on sait qu'il circule, le plus important est de prendre des mesures pour bloquer sa circulation.

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Selon vous, sachant que le risque que ce variant se répande et devienne majoritaire est important, il est trop tard pour s'inquiéter de son séquençage ?

Oui. Le risque existe. Donc, pour ralentir sa progression, il faut la vaccination. Il est inutile de se rassurer en se disant qu'on va circonscrire les clusters : on n'a pas réussi avec les variants précédents, celui-ci est 50 à 70% plus contagieux, et nos méthodes n'ont pas changé... La seule méthode que l'on ait - et d'autant plus à trois semaines des vacances qui vont entraîner de grands mouvements de population - c'est la vaccination. On ne va pas enfermer les gens dans leur région. La seule façon de contrer la propagation du variant indien, ce n'est pas de le détecter, c'est de prôner une vaccination complète et de raccourcir les délais entre les deux doses. Détecter le variant, c'est intéressant intellectuellement, mais lorsque ce sera fait, la chaîne de contamination sera déjà effective et aura déjà beaucoup diffusé le virus.

Vous dites qu'on ne va pas enfermer les gens dans leur région, mais le Royaume-Uni a décidé de retarder son déconfinement complet. Un report des mesures de déconfinement en France ne vous paraît pas possible ?

Plus personne ne veut entendre parler de mesures coercitives. Elles seraient inaudibles et totalement contre-productives. Surtout lorsque 80% des Français veulent se faire vacciner ! Occupons-nous de vacciner cette grande part de la population. Les 20% restant, nous pourrons les soigner.

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