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bce banque centrale européenne Europe
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©DANIEL ROLAND / AFP

BCE

Alerte à la déflation : les prix baissent en Allemagne (et en France, hors tabac)

La BCE veut plus de 2% d’inflation. Comment comprendre ces grands écarts ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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-0,1% d’inflation en Allemagne et en France en septembre, quand la Banque Centrale Européenne répète qu’elle veut toujours atteindre 2% à moyen terme et même plus ! On peut toujours dire qu’elle se livre à une concurrence avec la Banque Centrale Américaine, dont le Président, Jerome Powell vient de confirmer, lui aussi, qu’il veut 2% à moyen terme, en ajoutant « en moyenne », ce qui le force à s’engager à maintenir ses taux à 0% jusqu’en 2023. Christine Lagarde n’a pas alors d’autre choix que de s’engager à plus de soutien aux entreprises et aux états, en achetant leurs titres, bientôt à augmenter ses enveloppes de soutien et bientôt, sans doute aussi, à parler de 2023 !

Suffit-il de dire que l’on veut plus d’inflation pour la faire venir, comme un charmeur de serpent ? De fait, on peut se demander si les banques centrales vivent dans le même monde que nous. Que feront-elles si le couplage taux bas, quantitative easing (achat de bons du trésor par la Banque Centrale) et forward guidance, est insuffisant pour faire repartir l’inflation, donc l’investissement, les salaires et les prix, même avec des emprunts plus chers, quand le COVID-19 frappe à nouveau à la porte, comme on le voit actuellement ? Si les entrepreneurs s’inquiètent, notamment dans les PME et TPE, et surtout dans les services ?

Les derniers chiffres d'inflation montrent une baisse des prix de 0,2% en Allemagne en septembre, après 0% en août et -0,2% en juillet, donc les prix y baissent depuis trois mois, tandis qu’en France, l’inflation est de 0,1%.  Mais, si l'on analyse plus précisément les choses, on peut calculer que l'inflation française vient exclusivement de la hausse du tabac ! Les prix du tabac ont augmenté de 13,7% en septembre, avec un « poids » de 2% dans l'indice des prix, ce qui mathématiquement fait une « inflation tabac » de 0,28% ! On peut alors dire que la hausse du tabac est le triple de celle constatée au total et que si le prix du tabac (pour des raisons fiscales) n’était pas là, nous aurions aussi -0,2% d’inflation en France, comme en Allemagne. Ici comme là-bas, les prix baissent.

On comprend les raisons de ces tendances déflationnistes, surtout provoquées en fait par les services. Elles sont liées à la baisse de la consommation des ménages et de l'activité au deuxième trimestre, puis surtout à la reprise en cours, forte dans l’industrie, modeste et faiblissante dans les services. Et ceci va continuer : la pandémie va continuer, donc changer les manières de vivre,  avec des modes de confinement partiel et le télétravail qui conduiront à des changements de comportement de consommation, avec plus de repas à la maison, moins de transports, de dépenses de loisirs, de vêtements et de chaussures. Vêtements et chaussures dont les prix, sur un an, ont d’ailleurs baissé en août de 1,2% en Allemagne et de 1,6% en France. Ce sont autant de signes des inflexions majeures que nous vivons.

Et ceci va durer : si nous prenons les prévisions officielles, l’Europe rejoindrait fin 2022 le niveau de 2019 mais ceci est trop global, même si la pandémie se calme. Plus profondément en effet, ce sont les nouveaux comportements qui sont à prendre en considération avec des entreprises qui vont être plus soucieuses des embauches et des salaires, qui vont réduire le nombre d’échelons hiérarchiques, avec des ménages inquiets qui continueront à épargner, comme actuellement. L'économie que nous vivons est celle de la cohabitation avec le COVID-19.

Mais, évidemment, ceci n'est pas acceptable par la Banque Centrale Européenne : la déflation est son ennemi absolu, d’autant que la dette qui monte, grâce à elle, monterait en valeur réelle ! La BCE doit donc persister dans son objectif d'inflation à 2%, objectif qui explique sa politique de taux d'intérêt très bas pour financer les banques, de taux d'intérêt négatifs pour dissuader de l'épargne liquide et de financement très large du déficit budgétaire, pour permettre aux pays de surmonter les difficultés actuelles.

Mais « on » (Banques Centrales, syndicats, politiques) ne veut pas reconnaître que ces prix qui baissent sont le signe d’un changement profond des organisations de production de biens et plus encore de services, de production avec des relocalisations et surtout des robotisations et des digitalisations, de services notamment dans la distribution. Les « patrons » sont, en général, au courant. Ils sont inquiets et souvent perdus, sauf ceux qui parient sur les révolutions en cours. C'est bien pour cela que la Banque Centrale Européenne maintient son objectif 2% pour aider « classiquement » au retour de l'emploi et des hausses de salaires, mais aussi au verdissement de l’économie, potentiellement plus inflationniste. Ce serait mieux de le dire car, autrement, l'écart entre la situation actuelle et les anticipations de la Banque Centrale Européenne sont si énormes que sa crédibilité est en jeu. Ou alors la BCE dit qu’elle cherche 1% d’inflation !

Quand les structures changent : mondialisation, révolution technologique, changement climatique… les conditions de salaires et de prix changent. Les Banques Centrales, aux États-Unis et en zone euro, se donnent aujourd’hui plus de temps… pour avoir raison ou pour le reconnaître ?

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