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Absurde Macronie

Air France : cas d’école d’une décision publique absurde

En échange d'une aide de 7 milliards d'euros, Air France devra remplir plusieurs obligations a assuré mercredi Bruno Le Maire. "Dès lors qu'il y a une alternative ferroviaire à des vols intérieurs avec une durée de moins de 2h30, ces vols intérieurs devront être drastiquement réduits et limités simplement aux transferts vers un hub" a assuré le ministre de l'Économie. Une décisions politique absurde.

Jacques Bichot

Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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En quoi la décision politique du ministre de l'Économie d'imposer à Air France de limiter ses vols intérieurs est-elle économiquement et politiquement absurde ?

Jacques Bichot: Le coronavirus a ruiné Air France, comme d’autres entreprises. L’Etat actionnaire va combler un trou gigantesque – 7 milliards d’euros : qui d’autre pourrait le faire ? Mais voilà ce sauvetage assorti d’une condition : que notre compagnie aérienne laisse à la SNCF le monopole de certains déplacements intérieurs. On voit mal pourquoi déshabiller Paul (Air France) pour vêtir Pierre (la SNCF) : tout le secteur économique du transport, sinistré, ne se relèvera qu’au prix de subventions publiques colossales. Que l’Etat veuille éviter des baisses de tarifs qui aggraveraient la situation tant de la SNCF que d’Air France, cela serait logique. Mais tel ne semble pas être son plan. Il s’agit de supprimer la concurrence sur certains trajets pour des raisons écologiques, le TGV roulant à l’électricité. Si le souci écologique est dominant, alors pourquoi ne pas prolonger la durée de vie de certaines centrales nucléaires, qui vont fermer sans véritable raison technique, alors qu’elles ne brûlent ni charbon, ni pétrole ? 

D’autre part, la décision semble être très bureaucratique, c’est-à-dire fondée sur des considérations ayant peu de rapport avec la recherche d’une réelle efficacité. Les TGV sont-ils systématiquement aussi pratiques que l’avion ? Ce n’est pas certain. Le trajet entre la gare et le lieu d’où l’on vient, puis le lieu où l’on se rend, peut être plus pratique ou moins pratique que le trajet analogue ayant pour pivot l’aéroport. Pourquoi pénaliser les voyageurs pour lesquels l’aéroport est plus pratique ? Enfin, la question « hub », c’est-à-dire correspondance, montre que la forte diminution de la fréquence des vols va poser des problèmes à des voyageurs en transit, obligés d’attendre des heures dans un aéroport le départ de leur second vol.

Comment peut-on prendre des décisions de politique économique de réflexion plutôt que de communication, pour nous aider à sortir de la crise sanitaire ?

La décision relative aux transports aériens ne parait pas avoir de lien avec la crise sanitaire : voyager en train ou en avion expose au même risque de contamination. Je ne sais pas quel but peut bien poursuivre Bruno Le Maire, en dehors d’un appel du pied aux écolos les plus bornés. Alors peut- être le ministre a-t-il parié avec un copain que les circonstances lui permettent de faire n’importe quoi, comme le potache qui parie avec son condisciple : « chiche de faire un pied de nez au prof en plein cours de maths » ? Une décision ubuesque ayant une cause ubuesque, voilà au moins qui serait rationnel !

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