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Des militaires déployés dans le cadre de l'opération Barkhane.
Des militaires déployés dans le cadre de l'opération Barkhane.
©Daphné BENOIT / AFP

Le point de vue de Dov Zerah

Aider le Zambèze pour protéger la Corrèze

Après deux coups d'Etat en neuf mois au Mali, Emmanuel Macron a menacé de retirer les troupes françaises de l'opération Barkhane, mobilisées au Mali, si le pays allait « dans le sens » d'un islamisme radical. Dov Zerah décrypte les enjeux de la lutte contre le terrorisme en Afrique.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Il y a cinq semaines, j’appelais votre attention sur le terrorisme caché, le terrorisme oublié qui mine l’Afrique.

Le terrorisme n’a cessé de se renforcer avec des groupes de plus en plus nombreux qui profitent de la faiblesse des États pour prospérer grâce à des trafics en tous genres. Ce terrorisme peut être aux couleurs locales comme Boko Haram au Nigéria ou les Shebabs somaliens. Il peut aussi être importé par Al Quaïda ou l’État islamique (EI), les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et d’al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar, l’État islamique du Grand Sahara (EIGS), le Front de libération du Macina (FLM), le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et d’éléments d’Ansar Dine, le groupe islamiste Abubakar Shekau…

L’Afrique apparaît de plus en plus comme « un ventre mou ».

Cette situation risque de s’aggraver avec :

  • La mort du Président tchadien, Idriss DÉBY ITNO survenu il t a un mois et demi lors d’une visite sur le terrain. N’oublions pas que le Tchad est une pièce maîtresse du dispositif Barkhane dans la lutte contre les djihadistes sahéliens.
  • Lundi 24 mai, le colonel Assimi GOÏTA a fait arrêter le Président de la transition Bah N’DAW et le Premier ministre Mokhtar OUANE. Il a procédé à « un coup d’État dans le coup d’État » qui avait renversé, en août dernier, après des semaines de troubles à Bamako et dans le pays Ibrahim Boubakar KEITA, surnommé IBK. Contre mauvaise fortune, la Communauté internationale avait alors accepté l’intervention de l’armée. Mais cette fois-ci, elle l’a dénoncée.

La France a également condamné ce coup d’État par la voix du Président Emmanuel MACRON et s’interroge sur le maintien de ses 5 100 soldats pour au moins deux raisons :

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  • Le Président de la République a déclaré que la France « … ne resterait pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique… »
  • Il n’a pas hésité à nommer : « l’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie ! »

La France se trouve face à un dilemme cornélien ! Rester ou partir du Mali ?

Alors que la situation commençait à se stabiliser au Tchad, les derniers événements maliens ont actualisé et accentué ce questionnement posé depuis plusieurs semaines.

Rester semble de plus en plus difficile pour les deux raisons précédemment évoquées, mais aussi parce que les nouvelles autorités ont ouvert des négociations avec les groupes terroristes. Le pouvoir central aurait fait le choix de pactiser avec les Islamistes, d’arrêter de les combattre…ce qui place la France dans une situation pour le moins délicate… !

Dans le même temps, le colonel putschiste a tendu la main au Mouvement du 5 juin (M5) qui, sous la houlette de l’imam Dicko, avait mobilisé la rue contre IBK et attisé un sentiment antifrançais. Rester devient de plus en plus problématique, voire risqué pour les militaires français.

Mais, partir reviendrait à laisser le champ libre aux terroristes. Prendre le risque de voir le Mali se transformer en un État islamique au cœur du Sahel. En plein centre de l’Afrique, quatre pays seraient ainsi en difficultés, la Centrafrique, la Libye, le Mali et le Tchad… avec des effets collatéraux sur de nombreux voisins, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger, le Nigéria, et la liste n’est pas exhaustive.

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Avec le Mali, la France semble, une fois de plus, seule face à ses obligations, ses responsabilités.

Depuis son élection, le Président Emmanuel MACRON a revisité les relations africaines en :

  • Organisant la restitution de 250 œuvres à leur pays d’origine
  • Rénovant l’organisation de la monnaie commune, le Franc CFA
  • Permettant à la justice burkinabé de consulter des archives relatives à l’assassinat en 1987 du leader Thomas Sankara dans l’organisation duquel la France est suspectée d’avoir participé…

Enfin, il convient de saluer la reconnaissance d’une responsabilité dans la situation rwandaise ayant conduit au génocide. Il est vraisemblable que cette initiative ne soit pas étrangère à la même démarche allemande vis-à-vis de la Namibie.

Parallèlement, le Président Emmanuel MACRON a essayé de mobiliser les pays européens en lançant en 2018 le partenariat mondial pour l’éducation au Sénégal avec des fonds européens.

De même, il a invité les leaders africains au « One Planet Summit » de Nairobi en 2019, les a associés à la Présidence du G7 en 2019, a lancé avec l’Europe et le G20 l’initiative Act-A pour affronter la crise sanitaire, … une succession d’initiatives pour démontrer que la solution aux problèmes africains ne peut pas être que militaire, elle doit passer par un véritable développement durable.

Dernière initiative, la réunion de Paris, il y a quinze jours. 21 chefs d’État africains et toutes les institutions internationales se sont retrouvés à l’initiative du Président Emmanuel MACRON pour :

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  • Faciliter une reprise économique en Afrique. Avec la crise sanitaire, l’Afrique a enregistré en 2020 une baisse du PIB de plus de 2 % ; cela n’était pas arrivé depuis la décennie quatre-vingt-dix des « ajustements structurels ». Une reprise est certes prévue en 2021, mais les financements manquent pour assurer sa vigueur et sa durabilité. Cela explique le projet « d’un new deal » !
  • Alléger la dette publique. Les récentes opérations de restructuration des dettes publiques pour l’Éthiopie, le Soudan, la Zambie et le Tchad obligent la communauté internationale à envisager des mesures collectives comme celles conduites il y a une vingtaine d’années. En dix ans, la dette publique est passée de 40 à 60 % du PIB ; mais cette moyenne recouvre des situations très critiques avec l’Angola, le Malawi, le Mozambique, le Zimbabwe ou la Tunisie.

La grande différence par rapport au précédent exercice d’annulations de dettes tient au poids prédominant de la Chine et à sa démarche bilatérale.

L’Europe ne peut se désintéresser de l’Afrique à cause du terrorisme et de la pression migratoire. L’Europe ne peut vivre à l’abri des malheurs africains. L’avenir de l’Europe se construit au-delà de la Méditerranée, même si sa prospérité se forge en Asie.

D’ici à 2050, l’Afrique va être confrontée à un choc démographique sans précédent, une urbanisation très rapide, à des effets collatéraux du changement climatique. En peu de temps, il faut à la fois nourrir les populations, les accueillir au sein d'importants ensembles urbains, donner aux jeunesses l’éducation et les qualifications pour assurer leur employabilité, créer des emplois en nombre suffisant, renforcer et développer les infrastructures…

L’Europe ne peut être absente de ces défis, autant par générosité que par intérêt bien compris. Si les Européens ne réagissent pas, ne nous étonnons pas ensuite de voir arriver sur notre sol des exilés politiques, des émigrés économiques, des fuyant le terrorisme, des migrants climatiques…

Alors que dans les années soixante, certains comme Jacques CARTIER n’hésitaient pas à critiquer l’aide au Zambèze au détriment de la Corrèze, aujourd’hui, une évidence s’impose : il faut aider la Zambèze pour protéger la Corrèze !

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