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Zone franche

« Aidants sexuels » : des prostituées fonctionnaires ?

Le sexe, c'est comme la santé, ça n'est pas une marchandise. A quand la création d'un grand service public de l'intimité ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Un député UMP, Jean-François Chossy, propose la création d’un statut officiel « d’aidant sexuel » et le remboursement par la Sécu de leurs prestations…

L’idée générale, qui part d’un bon sentiment même si elle clashe pas mal avec le projet de criminalisation des clients des prostituées de ses collègues, c’est que de trop nombreux français n’ont guère l’occasion d’avoir des relations sexuelles – le plus souvent parce qu’ils souffrent d’un handicap. Dans un grand pays moderne et démocratique, il revient donc à la collectivité de leur donner un coup de main…

Littéralement.

Nos voisins hollandais et suisses, fréquemment en pointe sur les questions de société, disposeraient déjà d’un réseau de professionnels du sexe intervenant chez les personnes à mobilité réduite aux frais du contribuable, instituant une sorte de « droit universel à la jouissance ».

Je ne sais pas exactement comment ce système fonctionne chez eux, mais appliqué à la France, un pays infiniment plus réglementé et formaliste, faire rembourser une relation sexuelle par l'Assurance maladie implique une série de préalables que le promoteur du concept n’a sans doute pas envisagé.

Bénéficiaires : une nomenclature complexe à établir

D’abord, qui aurait vraiment droit à ce service ? Les handicapés, OK, mais il y a handicap et handicap et ils ne sont tout de même pas les seuls à avoir des difficultés à trouver des partenaires. Et si « droit universel à la jouissance » il y a, quid des moches, des boutonneux, des trop grands, des trop petits, des trop gros, des trop maigres, des goitreux à l’haleine fétide et, évidemment, ça va sans dire, des mauvais coucheurs ?

Pourquoi leur incapacité à dénicher un petit copain ou une petite copine serait-elle négligée ?

Le périmètre des bénéficiaires n’est pas le seul écueil. Car si l’on peut vaguement déterminer qui jouirait enfin sans entraves, comment sélectionner ces fameux « aidants sexuels » ? Rémunérés par la puissance publique, il faudra s’assurer que leurs prestations sont non seulement de qualité, mais qu'elles le sont de manière homogène et constante sur l’ensemble du territoire.

S’il s’agit, en plein scandale Médiator, de rembourser des actes sexuels ne méritant pas réellement leur autorisation de mise sur le marché, pour ne rien dire de prestations carrément contre-indiquées (je ne m’étends pas là-dessus, je laisse votre imagination vagabonder), on craint les conséquences juridiques à long terme…

Une formation qualifiante, sanctionnée par un diplôme d'État

Sans doute serait-il alors préférable que ces aidants sexuels soient agréés –  un peu comme ces médecins et infirmiers exerçant en libéral , voire titulaires d’un diplôme d’État couronnant une formation d’une ou deux années. Quelque chose entre la puéricultrice et l’éducateur sportif, quoi…

Après tout, ces quasi-fonctionnaires devront faire la preuve de leur sens du service public... A la réflexion, ils devront même être d'authentiques fonctionnaires via la création d’un corps de catégorie B, permettant d’évoluer, l’âge venant, jusqu’à, je ne sais pas moi, un poste de dispatcheur-vérificateur – sorte de « Madame Claude » mais en plus sensible à l’intérêt général…

Même tarifé, le sexe ne saurait être une marchandise. La semaine prochaine, nous verrons d'ailleurs s'il est possible d'aider les cœurs solitaires à trouver l'amour grâce au ministère des Affaires sociales. Il n'y a tout de même pas que le cul, dans la vie !

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