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Victimes (ou coupables?) expiatoires

Affaires Ferrand et Sarnez : mais comment le gouvernement parviendra-t-il à faire rentrer dans sa bouteille le mauvais génie de la "moralisation-arme-politique" ?

La moralisation de la vie politique a-t-elle mis à bout nos politiques? Ces derniers semblent, depuis un certain temps, se livrer à un petit jeu de dénonciation, perturbant ainsi tout débat de fond en France.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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Atlantico : Le débat politique est aujourd’hui saturé par les affaires, depuis le cas François Fillon jusqu'au dernier épisode incarné par Richard Ferrand, dans une climat reposant désormais bien plus sur les passions que sur la raison. Dans un tel climat irraisonné, ne peut on pas considérer que la dernière option envisageable, pour rétablir la reprise des esprits, n'est-elle pas d'en passer par une victime expiatoire, un bouc émissaire ?

Bertrand Vergely : Le monde politique qui est le nôtre ne manque pas de gens intelligents, capables de débattre d’une façon intelligente à propos des grandes questions qui concernent notre société. Seulement, il y a un problème de taille. Notre société est une société du spectacle qui aime que la politique fasse le spectacle. En conséquence de quoi,  encouragés par certains medias ainsi que par les réseaux sociaux, pour faire le spectacle,  un certain nombre de politiciens n’hésitent pas à faire de la provoc.  D’où, quelque chose qui ressemble aux jeux du crique hier à  Rome dans les arènes sous la forme d’une mise à mort médiatique d’un homme politique.

Le Canard enchaîné qui, en l’occurrence mériterait de s’appeler plutôt le Canard déchaîné, l’a parfaitement compris. Pour faire de l’audience et engranger ainsi de substantiels bénéfices que fait-il depuis un certain temps ? Il offre à la foule qui n’attend que cela la mise à mort spectaculaire d’un homme politique pour cause de malhonnêteté. Forcément, le ressentiment dans notre société à l’encontre des politiques est tel que  cela fait un tabac.

On se demande d’où vient le climat de passion qui agite notre monde et comment il serait possible d’y mettre fin. On a la réponse.  Ce climat vient de ce que nous sommes une société du spectacle. Et la façon de calmer ce climat de passion réside dans le spectacle lui-même, le spectacle étant à la fois notre poison et notre remède. 

Quel pourrait être l'effet d'un bouc émissaire politique, sur la classe politique elle même, comme sur les électeurs ?

La classe politique est effectivement le bouc émissaire de notre monde, cette classe étant jugée responsable de tous les maux qui nous accablent. L’effet que cela a sur la classe politique elle-même ? Un effet de renforcement. Pourquoi ? Parce que, très astucieuse, la classe politique a très bien compris comment faire quand elle est mise au banc des accusés : prendre la tête d’une croisade contre la politique et les politiciens afin de moraliser ceux-ci.

Souvenons nous de la campagne présidentielle il ya peu. Comment se sont présentés notre actuel Président de la République Emmanuel Macron  et ses adversaires Marine Le Pen ou  bien encore Jean-Luc Mélenchon ? Comme des candidats antisystème. Et que fait aujourd’hui notre actuel Garde des Sceaux François Bayrou ? Une loi pour  moraliser la vie politique. Ce qui, encore une fois, est fort intelligent. Quand les hommes politiques sont les premiers à organiser une croisade morale pour qu’il y ait moins de spectacle et plus de morale, faisant le spectacle tout en étant contre le spectacle ils obtiennent l’assentiment de tous. Ce qui est le but recherché. Le fait de faire du politique le bouc émissaire de tous nos maux a donc du bon quand on sait bien l’utiliser. Et nos politiques qui sont malins savent fort bien le faire

Comment comprendre ce débordement d’émotions auquel nous assistons ? Qu’est-ce qui manque en définitive ?

Ce climat de passion auquel nous assistons est la conséquence du poids que les medias ont pris dans notre vie démocratique. Tout étant hyper-médiatisé l’émotionnel est hyper-sollicité, cette hyper-sollicitation étant vitale pour les medias. La solution face à cela ? Il n’y en qu’une. Non pas, bien sûr,  supprimer les medias, mais faire en sorte que de l’intérieur de ceux-ci s’impose une politique de la qualité et de l’exigence. Ce qui est possible. Quand les vignerons du Languedoc se sont mis à faire du vin de qualité ils ont mieux vendu leur vin. Les medias comme les politiques sont parfaitement capables de faire de bonnes choses. Il appartient aux citoyens que nous sommes d’exiger qu’ils le fassent. Quand ils savent faire entendre leur voix cela a un impact.

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