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Crédits Photo: MYCHELE DANIAU / AFP

Veaux, vaches, cochons

Adieu Paris, Lyon ou Lille ? Le mirage d’un exode urbain post-Coronavirus

Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, de nombreux experts ont annoncé une revanche des campagnes ainsi que des petites et moyennes villes sur les grandes métropoles. Mais les dynamiques territoriales hexagonales sont très bien ancrées et risquent de peu bouger.

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico : La prédiction selon laquelle la crise du coronavirus permettra un retour des populations urbaines vers les villes moyennes et la campagne deviendra-t-elle une réalité ? 

Laurent Chalard : Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, de nombreux experts ont annoncé une revanche des campagnes ainsi que des petites et moyennes villes sur les grandes métropoles, dont le dynamisme semblait inexorable depuis plusieurs dizaines d’années. Si ces prédictions reposent sur des perspectives souhaitables dans l’optique d’un aménagement équilibré du territoire, dans les faits, les choses ne sont pas si simples et rien ne dit qu’une crise sanitaire temporaire puisse venir chambouler de fond en comble les dynamiques territoriales hexagonales. En effet, le principal moteur des migrations en France pour les personnes en âge actif, en particulier les plus jeunes d’entre-elles, est l’emploi. Or, tant que les créations d’emploi se feront essentiellement dans les grandes métropoles, il n’y a aucune raison qu’elles perdent totalement de leur attractivité, même si elles vont probablement souffrir d’une désaffection temporaire pour les personnes inactives ou celles souhaitant changer de vie. Il s’ensuit que l’exode urbain annoncé ne pourrait s’inscrire dans la durée que si les campagnes et les villes moyennes venaient à créer plus d’emplois (ou à en perdre moins) que les grandes villes, ce qui passerait par un changement de modèle économique, reposant moins sur la tertiarisation, moteur de la croissance métropolitaine, grâce à une réindustrialisation du territoire consécutive d’une relocalisation d’une partie des activités délocalisées vers les pays à plus bas coût de main-d’œuvre au cours des dernières décennies. Cependant, à l’heure actuelle, il est beaucoup trop tôt pour savoir quelles seront les conséquences économiques de la crise sanitaire du covid-19 : coup d’arrêt pour la mondialisation et son corollaire, la métropolisation, ou simple pause ?

Le télétravail ne permettra-t-il pas d'accentuer cette tendance ?

Le télétravail constitue la grande chimère de l’économie de ces dernières décennies. Périodiquement, on nous annonce que le télétravail va bouleverser nos sociétés, permettant aux travailleurs de ne plus résider à proximité d’un lieu d’emploi, conduisant à une certaine homogénéité territoriale. Pour résumer, en théorie, le télétravail devrait permettre d’instaurer une égalité des territoires puisque les travailleurs pourraient résider où bon leur semble, aussi bien dans une campagne enclavée que dans une grande ville bien connectée au reste du monde. Pourtant, jusqu’ici, les faits sont têtus ! Malgré les facilités de plus en plus importantes offertes par la technologie d’exercer une forme de télétravail, l’emploi continue de se concentrer géographiquement car la majorité des dirigeants d’entreprises ne sont pas prêts à laisser leurs employés dans la nature, ayant besoin d’un minimum de contrôle social pour garantir un niveau de productivité acceptable, et aussi car ces mêmes employés ayant besoin de contacts sociaux privilégient les grandes villes, qui leur permettent un plus grand choix de rencontres de personnes, leur assurent la préservation d’un certain anonymat et, last but not least, leur proposent une offre de services inégalables. Le télétravail ne peut à lui seul venir résoudre les problèmes inhérents à l’habitat à la campagne comme les relations sociales limitées, le manque d’intimité ou encore la disparition des services. C’est un facilitateur du retour à la campagne, surtout pour les indépendants (qui, rappelons-le, ne constituent qu’une petite minorité de la population active), mais ce n’est pas la solution miracle !

Ce n'est pas la première fois que la question d'un rebond des migrations vers les villes moyennes ou rurales est abordée après une crise majeure. Quelles leçons du passé pouvons-nous retenir ?

Effectivement, suite au très fort exode rural des Trente Glorieuses, dans les années 1970, après la rupture culturelle de Mai 1968 et l’apparence du mouvement écologiste, un premier retour à la campagne a eu lieu en France, à travers, entre autres, les communautés hippies constituées de jeunes gens quittant les villes pour aller s’installer dans des territoires ruraux, comme, par exemple, les Cévennes ou le Larzac, ou de jeunes couples d’urbains s’installant comme agriculteurs. Cependant, les études sociologiques ont montré que la plupart de ces néo-ruraux sont ensuite repartis à la ville du fait, pour les uns, de l’échec du modèle de vie collective des communautés, qui s’était d’ailleurs déjà constaté au XIX° siècle, et pour les autres car ils ont eu du mal à s’adapter à la vie à la campagne, le travail à la ferme étant très dur, les revenus faibles et les relations sociales avec les locaux pas toujours faciles à supporter pour des citadins, sans parler du manque d’activités culturelles.

La principale leçon que l’on peut tirer de ce premier mouvement de retour à la campagne est que la principale difficulté à surmonter pour les territoires ruraux n’est pas tant d’attirer les populations urbaines que de les maintenir sur place ainsi que leurs enfants, en évitant qu’ils repartent à la ville. Pour cela, outre la question primordiale du développement de l’emploi, il faut que ces territoires s’interrogent sur les éléments à améliorer dans leur fonctionnement pour que les jeunes ressentent l’envie de continuer d’y vivre, le slogan des années 1970, « vivre et travailler au pays », restant grandement d’actualité. Rappelons que le principal reproche que les jeunes actifs font aux territoires ruraux comme aux petites et moyennes villes est « l’ennui ».

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