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Accueil des migrants en France : l’effet positif du démantèlement de la jungle de Calais sur les Français (même s’ils sont toujours 56% opposés à cet accueil)
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Info Atlantico

Accueil des migrants en France : l’effet positif du démantèlement de la jungle de Calais sur les Français (même s’ils sont toujours 56% opposés à cet accueil)

D'après un sondage exclusif Ifop pour Atlantico, les Français sont plus favorables à l'accueil sur le territoire national d'une partie des migrants qui arrivent sur les côtes italiennes et grecques. L'une des explications réside notamment dans le bon déroulement du démantèlement de la jungle de Calais, qui a donné l'impression que l'Etat reprenait le contrôle de la situation.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Dans un sondage Ifop pour Atlantico, 44% des Français se disent aujourd'hui favorables à l'accueil en France d'une partie des migrants qui arrivent par dizaines de milliers sur les côtes italiennes et grecques, alors qu'ils n'étaient que 38% en septembre. Comment expliquer cette hausse ? Quel effet a pu avoir notamment l'évacuation de la jungle de Calais survenu entre-temps ?

Jérôme Fourquet : On constate effectivement une hausse assez sensible, de six points, des Français favorables à l'accueil d'une partie des migrants sur le territoire national. Ceci s'explique, en premier lieu, par le fait qu'entre cette mesure que nous avons réalisée entre le 4 et le 7 novembre, et la précédente en septembre, est survenu le démantèlement de la jungle de Calais. Par ailleurs, celui-ci s'est passé dans de bonnes conditions : il n'y a pas eu de violence, le processus a été maîtrisé, la répartition des migrants sur l'ensemble du territoire - hormis quelques heurts localisés - n'a pas fait l'objet de problèmes majeurs. De même, il ne remonte pas dans les médias l'idée d'une reconstitution de la jungle sur la zone calaisienne. Cette dernière, qui incarnait l'impuissance étatique et la logique incontrôlée des flux migratoires, a ainsi été résorbée. On a pu avoir le sentiment que le pouvoir public reprenait le contrôle de la situation, mettant ainsi en œuvre une réponse organisée et adaptée. Ceci peut donc expliquer cette progression de l'adhésion à l'accueil d'une partie des migrants en France.

L'autre explication possible réside dans l'importante couverture médiatique révélant l'état de dénuement dans lequel se trouvaient les populations de la jungle qui a ainsi pu nourrir un sentiment de bienveillance à leur égard.

Un autre élément explicatif réside dans ce qui ne s'est pas passé entre septembre et novembre, et ce qui s'était passé préalablement. Entre avril et septembre sont survenues les attaques terroristes de juillet qui, pourtant, ne mettent pas en cause des migrants ou des terroristes qui se seraient infiltrés via ces flots, comme cela a pu être le cas lors de précédents attentats. Nous étions cette fois en présence de personnes vivant sur le territoire national, pour certains d'entre eux même de nationalité française. Néanmoins, nous avons démontré lors de précédentes enquêtes que la question migratoire, du fait du climat particulier qui règne en France depuis 2015, est associée à la question de la menace terroriste. La crise migratoire a connu son essor à l'automne 2015, au moment où la France était très durement frappée par des attentats terroristes. De même, on pourrait expliquer cette association par les annonces faites par Daesh selon lesquelles l'organisation comptait utiliser ces flux migratoires pour envoyer des commandos afin de frapper l'Europe. Un certain nombre de ces migrants proviennent ou traversent des territoires en proie à la violence islamiste. Depuis cet été, parce qu'aucun nouvel attentat n'est survenu, il semblerait que la population française se détende sur ces questions migratoires. 

Les sympathisants LR sont actuellement 37% à être favorables à l'accueil en France d'une partie des migrants qui arrivent par dizaines de milliers sur les côtes italiennes et grecques, alors qu'ils n'étaient que 26% en septembre. Comment expliquer cette hausse, que l'on constate aussi chez les sympathisants PS (64% favorables en septembre, 70% en novembre) ? 

On remarque que la remontée est plus nette à droite qu'à gauche, même si les sympathisants PS ont toujours été très favorables à l'accueil d'une partie des migrants, à plus de 60%. Très clairement donc, sur les questions d'accueil et d'immigration, le clivage gauche/droite est très marqué.

Les mécanismes expliqués dans la précédente question s'appliquent également pour comprendre les évolutions au sein des familles politiques PS et LR, mais avec une intensité différente. La remontée à droite est plus importante aujourd'hui, sans doute parce que cet électorat est le plus inquiet sur les questions sécuritaires et celles liées au terrorisme. Par ailleurs, le lien établi entre flux migratoires et terrorisme est vraisemblablement plus fort à droite qu'à gauche. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi les catholiques français sont-ils moins favorables (43%) que les membres des autres religions (65%) à l'accueil en France d'une partie des migrants ? 

Pour ce qui est des catholiques, on peut constater des évolutions qui sont parfois significatives, notamment chez les catholiques pratiquants. Jusqu'à la visite du Pape à Lesbos en avril dernier, l'adhésion était plus faible ; or, ce voyage semble avoir réveillé les consciences chez une frange des catholiques pratiquants, ce qui est un peu moins le cas chez les catholiques non-pratiquants, moins sensibles de fait aux injonctions papales.

Pour expliquer la différence entre les catholiques et les membres d'autres religions, plusieurs éléments peuvent entrer en ligne de compte. Tout d'abord, le fait que l'on aurait une variable cachée liée au politique, dans la mesure où les catholiques pratiquants ont nettement plus tendance à être de droite que de gauche. Du fait que le poids de la droite soit plus important dans cette religion que dans les autres, ceci nous ramène donc à l'analyse développée dans la question précédente sur le clivage gauche/droite.

Un autre phénomène réside dans le fait qu'une part importante des membres d'autres religions est constituée par les musulmans. Il y a donc une sensibilité vis-à-vis de leurs coreligionnaires, plus développée dans cette population que chez les catholiques. A l'inverse, les chrétiens se montreraient beaucoup plus favorables à l'accueil des chrétiens d'Orient. Ainsi, la solidarité religieuse peut expliquer en partie cet écart pour ce qui est des catholiques et des musulmans. Parmi les autres religions, il y a également une composante protestante, dont une partie a toujours été très sensible à la question de l'asile : la Cimade est d'ailleurs une association d'obédience protestante.

Avec la question migratoire, il est aussi question d'identité, et donc de la place qu'occupe l'islam en France. Les catholiques pratiquants se sentent aujourd'hui minoritaires dans notre pays. Un certain nombre d'entre eux vit très mal la "concurrence" avec d'autres religions qui pourraient apparaître plus dynamiques démographiquement, dont l'islam. Dans cette optique-là, on peut comprendre cette réticence à l'accueil d'une partie des migrants qui apparaissent aux yeux du grand public comme étant en très grande majorité musulmans. 

Propos recueillis par Thomas Sila

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