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Juan Carlos s'en va, vive le roi

Abdications en série : les nouvelles générations des monarchies européennes sauront-elles garder leur couronne ?

L'abdication du roi d'Espagne Juan Carlos au nom du "renouveau" et annoncée lundi 2 juin au matin a surpris. Une nouvelle génération de monarques européens se met en place.

Jacques Charles-Gaffiot

Jacques Charles-Gaffiot

Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de Trônes en majesté, l’Autorité et son symbole (Édition du Cerf), et commissaire de l'exposition Trésors du Saint-Sépulcre. Présents des cours royales européennes qui fut présentée au château de Versailles jusqu’au 14 juillet 2013.

 

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Atlantico : Après Beatrix aux Pays Bas et Albert II en Belgique, Juan Carlos d'Espagne vient d'annoncer qu'il abdiquait. Willem-Alexander, Philippe et maintenant Felipe représentent ainsi la première vague d'une nouvelle génération de monarques européens. En quoi les défis qui attendent cette génération sont-ils différents de ceux auxquels ont dû faire face leurs prédécesseurs ? 

 
Jacques-Charles Gaffiot : Les défis qui attendent ces nouveaux souverains ne sont pas si différents de ceux auxquels les monarques des générations précédentes ont du répondre : ils doivent se montrer comme autant de chefs d’Etat, dignes de succéder à leurs ancêtres les plus illustres. En cela, ils sont aidés depuis leur plus jeune âge par une formation des plus adaptées, par un apprentissage progressif du "métier de roi" dans lequel la connaissance des hommes, celle des usages occupent aussi une large part, sans oublier que placés ainsi au faîte de la pyramide sociale de leur royaume, ils demeurent des individus toujours vulnérables qui ne doivent jamais oublier qu’ils sont au service du Bien commun.
 

Leur légitimité est-elle sinon contestée du moins à (re)conquérir ? Sur quoi pourront-ils la construire ? 

En l’espèce, leur légitimité est incontestable puisque la dévolution de la fonction royale s’est effectuée dans chacun de ces cas dans le cadre des différentes constitutions monarchiques de ces pays. Les sujets de Willem-Alexander des Pays-Bas, de Philippe de Belgique et de Felipe d’Espagne ne partagent peut-être pas un identique sentiment monarchique. Mais aucun d’entre eux ne peut nier que l’accession au trône du nouveau monarque s’est effectuée dans le respect le plus total des institutions sans que leur pays se déchire au long de campagnes électorales rarement exemptes de fraudes ou de dysfonctionnements. C’est à ce prix que s’impose leur autorité respective. Mais à comparer ces nouveaux chefs d’Etat avec nos présidents de la République ou notre classe politique, comment ne pas remarquer la jeunesse de ces nouveaux venus. Ce rajeunissement est un profond gage de dynamisme susceptible d’entraîner les forces vives des nations auxquelles ils appartiennent. Dans l’histoire, de telles cures de jouvence politique étaient épisodiques, favorisant à chaque fois les élans les plus avantageux pour revigorer tout le corps social. A vingt-trois ans, Louis XIV gouverne par lui-même ; Louis XV attend la trentaine pour tenir les rênes du pouvoir tandis que Louis XVI monte sur le trône à vingt ans.
 

En quoi la peopolisation des têtes couronnées complique-t-elle la tâche ? 

La mise en exergue des personnalités par le soin des médias est souvent une mise au pilori. Les journalistes qui ont besoin de faire de l’audience magnifient trop souvent les détails au mépris des principes. Ils s’accommodent de partis pris, regardent les évènements à travers le prisme de leurs conceptions binaires et idéologiques. Les souverains doivent en effet se garder des médias car ils les dépassent de beaucoup. La fonction qu’ils exercent demande réflexion, temps et calme, une atmosphère qui ne se rencontre que rarement au sein des salles de presse ! Les têtes couronnées risquent de se faire piéger. A cet écueil, il n’existe qu’un seul remède : éviter la démagogie. La fonction exercée par un chef d’Etat exige de lui un certain recul, une réelle solitude dans l’exercice quotidien du pouvoir. Les Français ont pu découvrir combien la "présidence normale" de François Hollande l’a rapidement conduit au devant des échecs les plus cuisants.
 

Cette nouvelle génération est-elle consciente des difficultés qui l'attendent ? Y est-elle préparée ? 

Il ne faut sans doute pas préjuger de l’avenir, mais depuis la triste histoire de la princesse Diana, les cours européennes semblent avoir davantage pris conscience du péril qui guette toujours les héritiers des plus grandes dynasties. Ces princes ou ces princesses mesurent combien leurs devoirs passent avant toute autre considération. La mésaventure de l’infante Cristina, inculpée de fraude fiscale, reste gravée, il faut l’espérer, dans bien des esprits.
 

Quels nouveaux/futurs monarques paraissent aujourd'hui les mieux armés ? A quelles conditions, au plan personnel mais aussi national, pourront-ils sauver leur couronne ?

Ces nouveaux monarques apparaissent armés à peu près tous de la même manière. Leur légitimité n’étant pas mise en doute, ils semblent détenir une autorité stable pouvant leur assurer un règne pérenne. Toutefois, cette certitude à bénéficier de lendemains paisibles reste toujours fragile, susceptible de se briser par un exercice maladroit du pouvoir. Ainsi, si les Espagnols peuvent par certains côtés apparaître plus juancarlistes que monarchistes, Felipe VI peut réussir à les rassembler autour de sa personne. Le prince des Asturies a su donner des gestes de grande proximité tout en sachant entretenir une distance nécessaire avec ses futurs sujets, montrant de la sorte qu’il avait tout d’abord lui-même à se plier à l’exercice d’une fonction qui lui demandait d’abdiquer beaucoup de sa personne pour entrer dans le rôle difficile d’arbitre, cherchant à devenir le souverain dans lequel chacun de ses sujets pourrait se reconnaître. Sauver sa couronne ne saurait jamais être une obsession partagée par les souverains pour garantir leur statut personnel, c’est avant tout une mission remplie par le titulaire de la charge royale en vue d’offrir à une nation la stabilité nécessaire pouvant offrir à tous le droit à la paix, la justice et au bien-être.

 

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