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Crédibilité

À quoi sert encore le G7 ?

le "Groupe des sept" se réunit ce vendredi et ce samedi à Taormine (Sicile).

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Atlantico : Est-ce crédible de parler sécurité internationale en excluant un acteur comme la Russie ?

La vocation première du G5, institué en 1975 puis étendu en G7 (Etats-Unis, Japon, Italie, Canada, France, Allemagne, Royaume-Uni), est constitué des questions de politique économique (monnaie, énergie, inflation, etc.). Face à la crise des années 1970, les grands pays industrialisés du "monde libre" ont souhaité disposer d'un forum formalisé au minimum les mettant en rapport au plus haut niveau. Ce n'est qu'en 1997 que la Fédération de Russie rejoint le groupe. C'était pour elle le moyen d'enraciner ses réformes économiques structurelles sur la scène internationale. Depuis 2014, la Russie est suspendu du G7 devenu G8 avec elle : c'est une des sanctions diplomatiques adoptées par l'UE et par les Etats-Unis suite à l'annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014. Aujourd'hui, la Russie est redevenue un acteur majeur des questions de sécurité nationale. Elle a engagé une modernisation de son appareil de défense depuis 2009 et consacre environ 4% de son PIB à la défense, alors que la France n'en consacre que 1,4%. La Russie a pris l'initiative d'intervenir en Syrie en 2015 pour mettre fin à la guerre civile qui dévaste le pays depuis plus de six ans, au profit du régime Al-Assad. Toute la difficulté de discuter sécurité avec la Russie est que celle-ci n'a pas reculé sur la question de la Crimée, a adopté des mesures d'embargo pour répondre aux sanctions occidentales et traite les questions de sécurité de façon unilatérale. En continuant à suspendre la Russie du G7, les Occidentaux souhaitent indiquer que la Russie est aussi bien un problème de sécurité qu'une source de sécurité. De manière générale, les enceintes prévues pour traiter de sécurité avec la Russie (OSCE, conseil OTAN Russie) continue à travailler... à un rythme très lent.

 

Peut-on décemment envisager d'être crédible pour parler commerce international en n'invitant pas les pays émergents comme la Chine ou l'Inde ? 

Le G7 représente 12% de la population mondiale et près de la moitié du PIB mondial. La question de sa légitimité est récurrente depuis des années : pourquoi continuer à se réunir dans un format issu de la Guerre Froide? Pourquoi se réunir entre Occidentaux ? Pourquoi ne pas se réunir avec les géants du commerce international (Chine, Corée, Brésil, etc.) ? Pourquoi ne pas se réunir avec les géants démographiques (Chine, Inde, Nigeria, etc.)? Le débat est aussi ancien que le G7 ou presque. Du moins les questions ont été ravivées à chaque changement géopolitique majeur : chute de l'URSS, émergence des BRIC, crise économique et financière de 2007-2008, etc. Le choix a été fait de constituer le G20 pour intégrer les émergents et les futurs émergents dans les discussions monétaires et commerciales en 1999 pour tirer les leçons des crises des années 1990. Cela crée nécessairement un concurrent au G7 puis G8. Mais les forums peuvent aussi se compléter comme cela a été le cas durant la crise de 2007-2008.

 

Doit-on s'attendre à autre chose que des discours très généraux à l'issue de ce sommet ? 

les sommets du G7 peuvent assurément donner l'impression d'un ballet bien réglé dont la conclusion est connue à l'avance : appel à la paix, à la coopération, etc. Toutefois, même si les G7 ne sont pas un organisation internationale, il convient de ne pas sous-estimer leurs portées. Tout d'abord, ils sont précédés de nombreuses réunions entre les envoyés des chefs d'Etat et de gouvernement. Ensuite, ils prennent place dans une succession de réunions ministérielles thématiques : éducation, sécurité alimentaire, énergie, environnement, etc. Enfin, ils débouchent parfois sur des actions ou des décisions de poids : en 2005, il avait débouché sur l'octroi de 25 Mds de dollars supplémentaires d'aide au développment pour l'Afrique. L'enjeu essentiel du G7 est de mieux connaître les intentions et les positions du président américains notamment à l'égard du premier cercle de ses alliés, réunis par le G7. En particulier, sera-t-il en rupture avec les engagements climatiques de son prédécesseur?

 

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