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90% des migrants victimes d’un réseau criminel
©Reuters

Trafic juteux

90% des migrants victimes d’un réseau criminel

La crise des migrants pourrait refaire surface en 2016, notamment en raison des risques de conflit en Libye, susceptible d'attiser le phénomène. Pour autant, à en croire un rapport mené par Interpol et Europol, les migrants pourraient être victimes d'un trafic criminel et lucratif.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Les migrants sont-ils les grandes victimes d’une manipulation criminelle ? Un rapport commun d’Interpol et d’Europol sur les migrants en Europe met en lumière le caractère totalement artificiel du phénomène et les réseaux d’intérêt qui tirent profit de ce mouvement. On notera en particulier dans ce précieux document de synthèse que 90% des migrants sont aidés par des réseaux à caractère criminel. Ce trafic est lucratif : il aurait rapporté de 5 à 6 milliards de dollars aux trafiquants pour la seule année 2015

 

  • Plus de 90% des migrants entrant dans l'UE ont eu leur parcours facilité, la plupart du temps par des membres de réseaux criminels. Ce chiffre augmentera probablement dans l'avenir en réponse aux mesures prises par les pays qui sont sur les routes migratoires.
  • Bien que les chemins migratoires clés ont été correctement identifiés comme les couloirs principaux de trafic de migrants, ces chemins sont fluides et peuvent être influencés par des facteurs externes comme les contrôles aux frontières et les conditions climatiques. Il y aura probablement une diversification des chemins empruntés au fur et à mesure que les trafiquants s'adaptent à l'accroissement des contrôles et trouvent de nouveaux points d'entrée dans l'UE. De nouveaux points chauds pourront émerger à la suite de ces évolutions.
  • Les facilitateurs sont organisés en réseaux plus ou moins connectés entre eux, qui sont perlés le long des routes migratoires. Plus de 250 lieux clés du trafic de migrants ont été identifiés dans et aux alentours de l'UE.
  • Le trafic de migrants est un business multinational. Les suspects sont originaires de plus de 100 pays, à l'intérieur et à l'extérieur de l'UE.
  • La structure de base des réseaux comprend des chefs qui coordonnent plus ou moins les activités le long d'une route donnée, des organisateurs qui gèrent les activités localement à travers leurs contacts personnels, et des facilitateurs sans grade à l'engagement opportuniste.
  • Le trafic de migrants est une entreprise très rentable. Les coûts généraux sont faibles, et la demande est très élevée et persistante. Nous estimons le chiffre d'affaires du trafic de migrants à environ 5 à 6 milliards de dollars en 2015. Le moyen principal de paiement reste le cash.
  • Selon les renseignements glanés ces derniers mois, la polycriminalité liée au trafic de migrants est en augmentation : les suspects de trafic de migrants sont déjà connus pour d'autres faits de criminalité grave.
  • Les migrants qui voyagent dans l'UE sont des cibles potentielles d'exploitation par le travail ou sexuelle afin de rembourser leurs dettes envers les trafiquants. Il est probable que ce genre d'exploitation va croître au travers des années prochaines.
  • Les terroristes pourraient utiliser les ressources des trafiquants de migrants pour atteindre leurs objectifs. Le risque que des combattants terroristes étrangers puissent utiliser les flux migratoires pour entrer ou rentrer dans l'UE est accru.

 

Selon Interpol et Europol, ces réseaux s’appuient sur un maillage de 250 camps à travers l’Afrique et le Moyen-Orient où se rassemblent les candidats au voyage. Celui-ci est organisé par des réseaux mafieux qui se livrent à une polyactivité (drogue, trafics en tous genres, etc.)

La carte des 250 "hotspots" est la suivante :

On le voit, ces camps ne concernent pas que des pays en guerre.

Selon Europol et Interpol, 800.000 migrants attendent en Libye la possibilité de passer en Europe.

Le retour des migrants en 2016 ?

Rien n’exclut donc que la crise des migrants reviennent très vite en Europe cette année. Les risques de conflit ouvert en Libye pourraient attiser le phénomène. Celui-ci risque d’être accru dans l’hypothèse où la Turquie considérerait l’Europe comme trop rigide dans ses règles d’adhésion et lui refuserait la suppression sans condition des visas pour ses ressortissants.

Dans tous les cas, la politique migratoire de l’Union devrait être affectée. De deux choses l’une : soit l’Union supprime les visas pour les ressortissants turcs, et elle s’expose au risque d’une arrivée massive de ce pays. Soit elle refuse de supprimer les visas, et tout laisse à penser que le président Erdogan relancera le flux de réfugiés sur les routes européennes.

Article originellement publié sur le site d'Eric Verhaeghe

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