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64,4 milliards en 2014 : pourquoi les profits du CAC 40 aujourd’hui ne seront que peu les investissements de demain (et donc pas les emplois d’après-demain)

Les entreprises du CAC 40 se portent bien. Avec une hausse des profits de 37% en 2014, l'orage semble passé pour elles. On peut donc légitimement se demander où passera cette importante somme. Malheureusement, les investissements en France ne sont pas sa première destination.

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : La crise qui a pesé sur les profits du CAC 40 semble terminée, pour la première fois depuis 2010, les résultats sont en progression avec une hausse de +37%.  D'où vient cette hausse ? Quel lien entretient-elle avec la productivité ?

Jean-Paul Betbèze : De fait, la crise qui a pesé sur la masse des profits du Cac 40 est en passe d’être achevée, puisque nous voilà, avec 42,8 milliards environ distribués pratiquement au niveau d’avant crise, soit 43.8 milliards en 2007. Mais attention : il s’agit là de valeurs absolues, depuis les PIB nominaux ont tous augmenté, dont celui de la France. En termes relatifs donc, la part des dividendes dans la richesse produite n’est pas encore celle d’avant crise. Ceci est d’autant plus vrai qu’on oublie toujours deux points : le premier est que 2/3 environ des profits du Cac 40 ne viennent pas de France et qu’il est possédé à plus de 40 % par des actionnaires extérieurs, fonds de pension, fonds souverains et assureurs notamment. Cette hausse vient donc largement d’ailleurs, et de la productivité qui vient d’ailleurs. Ceci donne la mesure des efforts à faire ici, pour rendre le site France plus profitable et y ancrer ses multinationales.

Les résultats net du CAC 40 pour 2014 ont  été évalués à près de 64 milliards d'euros. Comment cet argent est-il réutilisé ? Où vont les investissements ?

En général, les taux de pay-out sont réguliers (taux de distribution aux actionnaires), autour de 50 %, ceci donnant une sorte de garantie de distribution aux actionnaires. C’est quand les résultats sont plus faibles, notamment dans la crise, que les taux de pay-out ont augmenté, pour "tenir" autant que possible les dividendes et "garder" les actionnaires. Donc la moitié environ de cet argent sera distribué en dividendes, autrement dit le quart environ ira aux actionnaires étrangers. C’est ce qui permet la stabilité de l’actionnariat et la montée des cours. Ensuite une seconde part ira, actuellement, pour se désendetter et/ou (plutôt désormais) pour financer de la croissance externe, autrement dit des achats de concurrents et/ou de start-ups, notamment dans les pays en expansion, ceci en liaison avec de la dette obligataire (qui est très peu coûteuse). Le reste pourra être utilisé pour le rachat de titres. Cette part est significative aux Etats-Unis, avec en particulier les grandes entreprises très liquides, mais peu ou pas pour le Cac 40. Au total : dividendes et croissance externe pour l’essentiel ici.

Sur les dernières années, s'est-il développée une tendance chez ces entreprises, à stocker du "cash" plutôt que de réinvestir l'argent ?

Ce cash vient d’abord de la crise, pour éviter de se retrouver, comme avant, dans des crises de liquidité. Il va servir de plus en plus pour financer de la croissance externe, puisque les placements financiers ne rapportent rien. Mais on comprend qu’il est important de mieux voir ce qui va se passer.

On peut également se demander à qui profite cette hausse ? Y a-t-il un effet bénéfique sur les salaires qui lui serait directement imputable ?

Aujourd’hui, les actions sont l’actif le plus rentable : de 5 à 6 % grâce aux dividendes et hors plus-values, contre 2 à 3 % pour des obligations publiques et moins de 1 % pour les obligations françaises (0,6 % pour du 10 ans). C’est bien ainsi qu’il y aura reprise de l’investissement d’un côté et de l’emploi, sachant que des ménages qui voient leur entreprise aller mieux et, pour ceux qui ont des actions, voient monter leur patrimoine sont plus confiants et consommateurs. L’effet salaire est donc toujours indirect et retardé, mais il existe bien sûr et c’est toujours le plus solide. Le profit donne du dividende qui donne de l’investissement, physique ou financier, qui donne de l’emploi et donc du salaire.

Le réinvestissement de l'argent gagné au cours de l'année 2014 sera-t-il différent de ceux effectués par le passé ? Les attitudes ont-elles changé ?

La première tendance est d’investir où il y a de la croissance, donc dans les pays en expansion. Mais aujourd’hui, avec la crise, rien n’est si sûr – ce qui explique la prudence par rapport aux pays émergents. La part croissante d’investissements est celle des OPA d’entreprises semblables, pour bénéficier d’économies d’échelles. Enfin et surtout, et ceci est vraiment nouveau, les entreprises, celles du Cac 40 notamment, vont acheter des start-ups, des entreprises petites, innovatrices, risquées… qui offrent des prestations nouvelles, et qui parfois peuvent être leurs concurrents futurs. Au fond, les entreprises du Cac 40 achètent des entreprises de la révolution numérique (et de ses suites) pour mieux connaître et appréhender le futur. C’est la vraie façon de grossir et de garder de l’emploi en France.

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