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Jean Castex monsieur déconfinement

Monsieur déconfinement

5 raisons pour lesquelles virer Jean Castex devient une urgence sanitaire

Le Premier ministre Jean Castex a fait un point d’étape sur l’épidémie de Covid-19, ce jeudi. Les règles du confinement sont maintenues pour au moins 15 jours. Les choix du Premier ministre sont contestés. La France est-elle enfermée dans une stratégie de lutte indifférenciée contre le virus sans véritable efficacité avec la méthode Castex ?

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

Voir la bio »Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico.fr : En juin dernier, Monsieur déconfinement, Jean Castex était choisi pour remplacer Edouard Philippe. Aujourd'hui, sa politique est décriée de toute part. La France s'enferme-t-elle dans une stratégie de lutte indifférenciée contre le virus sans véritable efficacité avec la méthode Castex ?

Christophe Bouillaud : Il est trop tôt pour conclure.  Mais il reste qu’il ne faut pas oublier ce fait évident : il y a eu une seconde vague, celle que nous vivons actuellement, et, pourtant, le Conseil scientifique mis en place par Emmanuel Macron lui-même en mars dernier avait dûment prévenu qu’il était pratiquement certain qu’elle arriverait bel et bien. Or rien de bien sérieux n’a été fait pour la contrer entre la rentrée de septembre et l’annonce par Emmanuel Macron du renconfinement. La procrastination n’est pas une stratégie face à une pandémie de ce type. La nature exponentielle de la diffusion de l’épidémie dans la population a été ignorée, alors même que l’on sait parfaitement que plus on agit vite et fort au début, moins cela durera ensuite. Il est vrai que renoncer à faire une rentrée scolaire et universitaire « normale » aurait déjà été un aveu d’échec, puisqu’il aurait été bien vu de préparer cette seconde vague épidémique pendant l’été et donc une rentrée « spéciale ». Cela n’a pas été fait, parce que le coût d’une rentrée scolaire et universitaire par temps de Covid-19 (avec des recrutements à faire, du matériel informatique à acheter, des innovations organisationnelles à mettre en place avec les acteurs de terrain) a paru exorbitant au gouvernement. « Discuter vraiment avec les gens de terrain, mais diantre à quoi bon mon cher ami, vous n’y pensez pas ? Ils vont nous rappeler toutes nos erreurs de gestion passée et tout le mépris que nous leur réservons d’habitude, et nous faire passer à la caisse pour prix de notre soudaine bonté à leur égard», semble avoir été la ligne de conduite de nos dirigeants.  

Les responsabilités au niveau des autorités politiques sont donc bien plus larges que le seul Jean Castex. Par contre, il est sans doute largement responsable d’avoir opté ou simplement donné son aval à un reconfinement qui ne tient guère compte des acquis de l’expérience, celle qui aurait dû être acquise lors du premier confinement. Le sort réservé aux petits commerces vendant des « biens non-essentiels » d’une part et aux supermarchés et hypermarchés d’autre part constitue le triste symbole de cette absence de réflexion, qui a abouti ensuite à cette absurdité dans l’absurdité de la fermeture des rayons dits « non-essentiels » des supermarchés et hypermarchés pour ne pas défavoriser les petits commerces, mais en oubliant bien sûr le e-commerce. Oubli nécessaire d’ailleurs, sauf à asphyxier pour le coup les producteurs et à créer des pénuries sur certains biens de consommation courante. De même, le retour des attestations dérogatoires de déplacement, et leur multiplication en plus, est devenu le symbole de l’aspect courtelinesque de la situation. 

Charles Reviens : Avant d’être nommé Premier ministre le 3 juillet dernier, le Jean Castex haut fonctionnaire a eu à deux reprises d’éminentes responsabilités en lien avec les enjeux sanitaires, d’abord comme directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au milieu des années 2000, puis effectivement comme responsable de la préparation du déconfinement effectif le 11 mai dernier.

Parler de « sa politique » semble un abus de langage compte-tenu du rôle central tenu par le Président de la République dans la gouvernance de la cinquième République, rôle encore renforcé lors de la réforme du quinquennat il y a vingt ans couplée à l’’inversion du calendrier électoral présidentielles-législatives, réforme qui a abaissé le Parlement et donc le Premier ministre dont la légitimité tenait beaucoup à sa responsabilité devant l’Assemblée nationale. Nous pouvons par ailleurs constater le recours intensif d’Emmanuel Macron au conseil de défense décliné pour la pandémie en « conseil de défense sanitaire » et réuni une à deux fois par semaine. Il y a donc un écosystème en charge de la politique sanitaire dominé institutionnellement par le Président de la République. Jean-François Revel nous avait indiqué il y a trente ans dans son essai « l’absolutisme inefficace » qu’un tel dispositif ne garantissait en aucune manière efficience & résultats probants.

Le caractère décrié de la politique des pouvoirs publics mérité également d’être regardé de près. Certes la personnalité du Premier ministre est rapidement devenue impopulaire : 37% d’opinions favorables selon la dernière enquête Odoxa du 27 octobre, à comparer avec les 48 % recueillis par Edouard Philippe en juin avant son départ de Matignon, un Edouard Philippe par ailleurs devenu personnalité politique préférée des Français selon la même enquête. Sa cote de confiance s’établit à 26 % dans le rendu d’Elabe de novembre. Mais d’un autre côté le confinement est loin d’être totalement rejeté par les Français suivant d’autres enquêtes. Odoxa a publié le 29 octobre une enquête indiquant que 7 Français sur 10 approuvent le nouveau confinement.

Hélas on ne gère pas la pandémie avec des sondages bons ou mauvais. Les pouvoirs publics semblent souvent osciller entre objectifs sanitaires et objectifs économiques avec probablement également des arrière-pensées politiques et électorales. Pourtant la situation semble difficile tant sur le front sanitaire que le front économique.

Le graphique ci-dessous indique le nombre de décès quotidiens liés au covid par million d’habitants pour les sept principales économies mondiales (USA, Chine, Japon, Allemagne, Inde, Royaume-Uni, Grande-Bretagne) depuis le 1er octobre 2020. La France a les plus mauvais résultats avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, avec quatre fois plus de décès que l’Allemagne sans même parler des chiffres très faibles de morts dans les pays asiatiques.

On peut ensuite évoquer la situation économique, où les performances de chaque pays reflètent la combinaison de la dureté des restrictions sociales mises en place pour contrer la crise sanitaire et leurs spécialisations sectorielles, certains secteurs étant beaucoup plus violemment touchés que d’autres. La Commission européenne prévoit une récession de 7,8% du PIB de la zone euro, mais de 9,4 % pour la France et seulement 5,6 % pour l’Allemagne qui combine meilleure gestion sanitaire et base industrielle. On pourrait ensuite évoquer la nouvelle dévastation des finances publiques françaises.

Par deux reprises la France semble avoir eu comme objectif quasi exclusif d’empêcher une saturation « à l’italienne », pays mentionné dans les propos du Premier ministre hier soir, de l’hôpital et des services de réanimation en faisant cela deux fois via un confinement indifférencié. Les deux dispositifs qui semblent avoir assuré le succès d’autres pays, à savoir la fermeture des frontières mais surtout le couplage entre dépistage rapide de personnes à risque et isolement efficace des personnes contaminées et contaminantes n’ont été efficacement mis en place ni avant le premier (effet de surprise) ni avant le second confinement (stratégie de tests principalement quantitative). Quand aux modalités du déconfinement, elles ont probablement été assez laxistes sur le suivi des personnes très contaminantes et la limitation des circonstances sociales générant les contaminations les plus nombreuses.

L'État décide aujourd'hui de ce qui est essentiel ou non et entrave les libertés individuelles, parfois sans motif sanitaire. Le Premier ministre est-il dans impossibilité de justifier ses décisions ?

Christophe Bouillaud : Ce n’est pas seulement le Premier Ministre qui est dans l’impossibilité de justifier ses décisions, c’est l’ensemble de l’appareil d’Etat. Visiblement, les informations scientifiques disponibles sur les canaux de diffusion de l’épidémie infusent très lentement dans les sphères dirigeantes de la France. Il me semble avoir pour ma part compris, comme les autorités allemandes semble-t-il,  que les milieux fermés où se concentraient beaucoup de personnes, même avec des masques, et a fortiori sans masques, étaient tout de même assez propices à la diffusion de l’épidémie. Donc, en gros, il faut éviter ce genre de situation, et, si on ne peut pas les éviter, aérer, aérer, aérer. Or personne ne croira du coup qu’il y a des risques plus grands à aller dans un petit commerce bien aéré, comme un fleuriste par exemple qui vend souvent sa marchandise sur son pas de porte, plutôt que dans une grande surface où l’on attend longtemps à la caisse. Je ne parle même pas des interdictions de balade à plus d’un kilomètre de chez soi dans des espaces ouverts. Une telle absence de discernement interroge sur l’état intellectuel de nos dirigeants politiques et administratifs : épuisement, ou incapacité à reconnaître ses erreurs et donc obligation de les recommencer pour se couvrir ? 

De fait, le gouvernement insiste actuellement sur les contaminations dans le cadre familial. Certes, cela arrive, mais où le premier membre d’une famille ainsi contaminée se contamine-t-il sinon à l’école, au travail, ou dans un espace clos comme le supermarché où il a été faire des courses « essentielles » ?  Je doute que beaucoup de gens se contaminent dans le parc à côté de chez eux, et j’attends la preuve de l’existence d’une seule personne qui se serait contaminée sur une plage ou sur un sentier de randonnée en respectant les fameux geste-barrière. 

Le gouvernement se trouve par ailleurs, me semble-t-il, pris au piège par l’attitude à la fois des employeurs qui ne veulent pas de télétravail et des employés qui n’ont pas envie de cette situation. Mon poste d’observation dans le centre-ville d’une grande ville me fait bien comprendre que ce fameux télétravail semble être devenu une vaste blague, qui n’est plus là désormais que pour justifier quelque manquement des entreprises face à leurs clients. Une heure de balade à moins d’un kilomètre de mon domicile – je suis légaliste ! – lors d’un jour ouvré m’a bien dessillé les yeux. Le gouvernement devrait arrêter de « faire comme si ». Il n’y a pas seulement la difficulté à justifier ses décisions, il y a aussi la tendance quasi-brejnévienne de notre gouvernement à faire comme si ses décisions étaient respectées par la population concernée. Sans se demander bien sûr pourquoi les décisions ne sont pas ou plus respectées. Les Français porteraient peut-être avec plus de sérieux le masque si le pouvoir ne s’était pas laissé aller lors de la première vague de l’épidémie à raconter n’importe quoi à ce sujet. Les entreprises joueraient plus le jeu du télétravail si elles étaient vraiment compensées pour leurs pertes.  

Charles Reviens : Comme expliqué dans la contribution sur les petits chefs, le caractère de ce qui essentiel contient des éléments subjectifs renvoyant aux préférences individuelles. De ce fait, la définition par l’Etat du caractère essentiel ou non de certaines activités, de ce qui est licite et de ce qui est interdit, est par construction arbitraire justement par rapport à ces préférences et la mise en œuvre des libertés individuelles.

La position des pouvoirs publics sur les activités essentielles – autorisées – et les autres devrait se construire par rapport sur l’optimisation conjointe de deux critères : d’une part minimiser les interactions sociales sources de contamination, d’autre part ne pas démolir encore plus le système économique. Il y a bien sûr contradiction et donc nécessité d’arbitrage entre les deux critères.

Il y eu notamment le débat sur les commerces essentiels qui seront fermés pendant le confinement, au moins jusqu’au premier décembre selon les propos d’hier du Premier ministre, puis la nécessité par raison d’équité d’interdire la vente des mêmes produits dans les grandes surfaces mais on peut les acheter en ligne ou en drive… Le gouvernement a ainsi été amené à fournir une liste de ce que n’est pas essentiel (par exemple les produits culturels et l’habillement) et ce qui l’est (les grains ou les articles de puériculture).

La pertinence sanitaire de telles restrictions est très compliquée à établir ; une étude de Nature citée par Atlantico indique que les principaux lieux de contamination sont avant tout les restaurants, devant les salles de sport, les cafés, les bars et les hôtels. Sur le plan sanitaire, il aurait peut-être été plus pertinent de réduire tôt, drastiquement et durablement les interactions sociales dans de tels lieux plutôt que de faire deux fois un confinement indifférencié, comme l’a notamment démontré très tôt le Japon. La liberté de choix concernant l’essentiel aurait ainsi été plus grande pour chacun.

En étant forcé à appliquer une politique de stop and go par le manque de contrôle de l'épidémie, le gouvernement ne prend-t-il pas pas le risque d'asphyxier l'économie ?

Christophe Bouillaud : Le manque de prévisibilité des prochains mois n’incite évidemment pas les acteurs économiques – ménages ou entreprises – à prendre des décisions. Qui va préparer aujourd’hui ses vacances de Noël avec sérénité ? Quel chef d’entreprise sait exactement dans quoi investir ? Le gouvernement semble vouloir mener une politique de l’offre avec un soutien aux profits des entreprises leur permettant de continuer à investir.

Il serait peut-être plus avisé de donner des perspectives aux entreprises et aux ménages aussi  à travers la demande. Comme on sait que les ménages les plus pauvres sont aussi les plus touchés par les difficultés du marché de l’emploi, ne serait-il pas bon d’imiter le premier plan américain de relance avec son aide généreuse aux chômeurs ? De fait, même si l’épidémie continuait tout l’hiver, un ménage pauvre qui reçoit une aide substantielle va consommer plus et non pas épargner : il ne va certes pas aller au restaurant, en discothèque,  à un spectacle, etc. – toutes ces activités qui sont bloquées pour des raisons sanitaires -, mais il va se nourrir mieux en allant par exemple au marché à côté de chez lui, acheter quelques biens de consommation, etc.  Par ailleurs, l’Etat pourrait très bien pousser les feux du côté de ses propres commandes ou des travaux publics des collectivités locales, encore faudrait-il ne pas se prendre les pieds dans le tapis de ses propres complications en matière de marchés publics. 

Charles Reviens : Il faut d’abord réfléchir sur l’arbitrage entre économie et santé très régulièrement évoqué. L’Ifop tient un baromètre des deux crises qui indique dans sa mise à jour du 2 novembre que 63 % des personnes sondées préfèrent un excès de précaution sanitaire à la préservation du système économique, avec un écart important entre générations pour des raisons justement économiques et sanitaire évidentes. Cet arbitrage semble peu pertinent et concerner principalement les pays qui ont plus ou moins raté leur gestion sanitaire de la crise : si le risque sanitaire est contenu, on n’a pas besoin de fermer violemment l’économie et la société.

On peut ensuite s’appuyer sur la distinction opérée par l’économiste Laurent Davezies entre économie résidentielle et économie productive : le confinement impacte très violemment l’économie résidentielle en limitant les interactions sociales et pesant sur la consommation.

En revanche, la récession économique, notamment en ce qui concerne le segment productif, est fortement liée aux choix de spécialisation économique des différents pays. Quelle que soit la qualité ou la faiblesse de leur gestion sanitaire, des pays comme la Grèce et l’Espagne, et dans une moindre mesure la France, subissent l’effondrement de l’activité touristique ce qui les conduit tous trois à de très lourdes récessions. En revanche les pays européens qui ont gardé d’importantes bases industrielles, pour beaucoup de segments (mais pas tous comme l’aéronautique) semblent subir des récessions beaucoup moins violentes à l’instar des Pays-Bas et de l’Allemagne.

Le Premier ministre a-t-il un défaut d'autorité politique le rendant incapable de mettre en branle l'administration française ?

Christophe Bouillaud : Je ne crois pas qu’au niveau des liens entre l’administration et le pouvoir politique, il puisse y avoir un refus d’obéir de la part de l’administration française en général. Un cheval serait-il nommé consul que notre administration lui obéirait. Par contre, l’absence de clarté et de simplicité de la stratégie à mettre en œuvre par l’administration ou proposée par l’administration est atterrante. En Allemagne, la décision a été prise pour soutenir la consommation de baisser la TVA. C’est une mesure simple et compréhensible par tous. En France, on a plaisir à inventer des usines à gaz, comme la toute dernière en date le crédit d’impôt pour baisse de loyer au mois de novembre consenti par les bailleurs aux commerces. On ne sait pas faire simple et efficace, et les politiques, souvent des anciens hauts fonctionnaires, ne se rendent pas compte de l’effet de ce genre de byzantinismes sur la population. 

Charles Reviens : Certains commentateurs ont rapidement évoqué pour Jean Castex un phénomène de « cressonisation », par analogie au cours mandat (1991-1992) de Premier ministre d’Edith Cresson, qui avait succédé à un Michel Rocard mis à la porte par François Mitterrand. Il y a effectivement des points d’analogie entre les deux Premiers ministres, notamment le fait de succéder chaque fois à un Premier ministre très populaire et de décrocher rapidement dans les sondages : à Matignon, « on ne vous demande pas comment vous allez, puisqu’on connaît votre sondage », indique Jean-Pierre Raffarin.

Pour autant Jean Castex semble avoir une grande utilité sacrificielle pour le Président de la République qui ne l’accompagne pas dans sa descente sondagière et a plutôt amélioré ses scores sur les derniers baromètres. Il a par ailleurs remplacé semble-t ’il une personnalité qui commençait à disposer d’une certaine autonomie politique.

Concernant la mobilisation de l’administration française, l’enjeu concerne l’exécutif dans son ensemble. On note ainsi qu’il n’y a eu aucun changement des fonctionnaires majeurs dans l’administration sanitaire avec seul le directeur de l’ARS Grand Est remercié début avril, il y a fort longtemps et pour un motif sans lien direct avec la crise sanitaire. La crise a mis à jour un niveau particulièrement élevé de bureaucratisation sanitaire, ce qui n’aide probablement pas beaucoup à faciliter une mise en branle.

À force de ne pas considérer les Français comme des personnes capables de respecter les gestes barrières, tout en les tenant pour responsable de la propagation de l'épidémie, Jean Castex n'est-il pas en train de perdre son capital politique ? A-t-il les moyens de rester chef du gouvernement ?

Christophe Bouillaud : C’est sûr que toutes les fautes ne sont pas celles de Jean Castex. Nous vivons une crise plus générale des capacités d’action et de réflexion de l’Etat – et c’est un « étatiste » farouche comme moi, croyant en un Etat garant de l’intérêt général, des libertés publiques, et du long terme, qui le dit. Par contre, l’actuel Premier Ministre, qui était inconnu jusqu’alors des Français, ajoute à cette crise une défausse permanente sur les simples citoyens tout à fait désagréable. Sa popularité ne va manquer de s’en ressentir. La perte de confiance des citoyens français en leurs dirigeants vient des manquements constatés chez ces derniers à satisfaire les besoins exprimés par ces derniers depuis des décennies – la gestion de la pandémie n’est que le dernier épisode en date d’une crise de confiance engagé depuis un moment. Les mauvais sondages, les Présidents de la République qui n’arrivent plus à se faire réélire, les Gilets jaunes, les mouvements anti-vaccins, etc. , tout cela ne vient pas d’une mauvaise humeur inexplicable des citoyens, ces « gaulois récalcitrants ». Ce sont les échecs des élites politiques et administratives à prendre en compte les demandes populaires qui amènent à cette situation. Jean Castex, cette caricature « à l’insu de son plein gré » de haut fonctionnaire trop sûr de lui, risque bien du coup d’incarner cette élite aussi arrogante qu’incompétente malgré tout son savoir administratif accumulé. 

Malgré tout, Jean Castex restera sans doute chef du gouvernement, faute de mieux, car Emmanuel Macron serait bien en peine de lui trouver un remplaçant parmi les personnes qui le suivent capable de donner aux Français le sentiment qu’ils ne sont pas pris pour des « sales gosses » pour ne pas dire plus. Qui sait dans l’équipe Castex faire preuve d’une réelle empathie avec les Français ordinaires ? Qui sait être vraiment clair dans ses propos ?  Qui sait proposer une mesure efficace ? Ou alors il faudrait élargir la majorité, mais, dans ce cas, il faudrait partager le pouvoir. Or tout montre qu’Emmanuel Macron n’a aucune envie d’un tel développement. Au moins, l’échec de Jean Castex lui permettra-t-il d’apparaitre, par contraste, le chef incontestable de son camp. 

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