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2020, année de la table rase
©Julian MORENO / AFP

Réécriture de l'Histoire

2020, année de la table rase

L'année, au-delà de la crise sanitaire, a été marquée par une crise morale dont les cibles ont été certains grands noms de notre Histoire, mais aussi des films, des romans, etc. C'est un danger réel pour nos sociétés.

Maxime  Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

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Les faits peuvent sembler anecdotiques au regard de la crise sanitaire du Covid-19 qui a balayé la planète. Pourtant, ils sont révélateurs d’une crise de la conscience qui ébranle le monde occidental, l’Europe et surtout notre pays, dans ses profondeurs. Et quand l’épidémie sera terminée ou sous contrôle, cette crise morale continuera à miner nos sociétés et les affaiblir.

Le 23 juin dernier, la statue de Colbert, l’ancien ministre de Louis XIV, a été taguée à Paris, au nom de la lutte contre le racisme et de la mémoire de l’esclavagisme. Pendant l’année, d’autres statues ont été dégradées au même motif, celles de Victor Schoelcher ou de Christophe Colomb à Philadelphie, de Churchill à Londres. Cette phobie nouvelle ne s’applique pas qu’aux statues mais aussi à la littérature. Ainsi l’œuvre d’Agata Christie les dix petits nègres a été rebaptisée en « ils étaient Dix ». Elle touche le cinéma : le Grand Rex déprogrammant sous la pression Autant en emporte le vent. Dans la même logique, les nouveaux dirigeants écologistes à Lyon ont fustigé le Tour de France et ceux de Bordeaux s’en sont pris au sapin de Noël. Les projets de supprimer les fêtes chrétiennes du calendrier sont du même acabit.

A travers cette obsession de la table rase, chasse aux traces de l’histoire, deux phénomènes mentaux sont à l’œuvre. Le premier est idéologique. L’idée de supprimer les traces du passé qui dérange exprime à l’évidence un renouveau de l’esprit totalitaire : « Du passé faisons table rase », selon le titre de l’ouvrage de Stéphane Courtois. L’idée d’effacer la culture, l’histoire, pour engendrer un homme neuf, apuré de ses références morales, traditionnelles, intellectuelles, et le rendre parfaitement hors sol et malléable à merci, soumis au pouvoir, est au centre de tout projet révolutionnaire de droite ou de gauche. Les idéologies totalitaires ne sont pas mortes, elles se métamorphosent et rejaillissent sous d’autres formes.

Le second est le déclin de la culture et du niveau intellectuel. Tous les voyants sont au rouge. Le niveau scolaire des élèves de cinquième d’aujourd’hui est équivalent à celui du CM2 en 1987 vient de révéler une étude. Le dernier classement PISA de l’OCDE, situe la France à la 23e place, pour la lecture, ou compréhension de textes écrits, reléguée à des années-lumière des pays asiatiques. Une autre étude internationale, réalisée sur les élèves de CM1 et des classes de 4e révèle la chute du niveau en mathématiques : avant-dernier rang dans l’OCDE. Ce vertigineux déclin a pour effet de désarmer les jeunes Français face au retour de la table rase. Colbert réduit à l’image d’un esclavagiste : il faut des décennies d’effondrement de l’enseignement de l’histoire pour en arriver là. De fait, le retour de l’instinct totalitaire se nourrit de la montée de l’ignorance.

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