Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France

A vous de juger

2015, de la guerre des boutons à la guerre civile, on a les guerres qu’on peut

Le point de vue décapant de Christian Combaz sur les ressorts psychologiques de Manuel Valls.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

Voir la bio »

Il faut se pencher sur l'année écoulée avec l'attention du chasseur, afin de repérer immédiatement ce qui a bougé de façon significative et cohérente dans le feuillage. Cela permet de deviner la nature de ce à quoi nous avons affaire.

Or quand on essaie de lire, dans ce tableau, ce qui contient un résumé du passé et un condensé de l'avenir, ce qui saute aux yeux c'est l'impardonnable, c'est la monstrueuse faute politique et psychiatrique commise par le premier ministre quand il nous dit qu'une guerre civile peut résulter d'élections démocratiques.

Selon Manuel Valls, un commando de plusieurs mercenaires qui viennent loger une balle dans la tête d' une poignée de journalistes en plein comité de rédaction, qui s'attaquent aux clients d'une épicerie juive parce qu'ils sont juifs, qui se lancent dans une équipée urbaine et qui tirent sur n'importe qui en poussant l'un des cris les plus sinistres de la terre (qu'ont entendu, avant de mourir, des millions de milliers de gens mutilés, égorgés, éventrés à travers l'histoire du monde, au nom de qui l'on sait), ce n'est pas de la guerre civile, non, c'est de la délinquance incontrôlée et c'est la résultante d'une inadéquation des services de renseignement (dont il avait la charge). Dès le lendemain des massacres on déplace donc le raisonnement vers le terrain d'une "meilleure efficacité dans la prévention" sans s'apercevoir que la meilleure prévention contre les gens à moitié drogués qui viennent explicitement pour vous tuer n'est n'est pas, n'est plus, n'a jamais été le pouvoir de la parole.

Quand un crétin endoctriné, programmé comme un personnage de GTA, pousse le cri lugubre, le cri de la honte, le cri de l'horreur, le cri millénaire des tortionnaires, dans un train qu'il s'apprête à remonter avec une dizaine de chargeurs dans son sac, ce n'est pas, d'après Manuel Valls, un fait de guerre non plus. Quand on téléphone à des commanditaires en pays étranger pour en recevoir armes et munitions, quand on accroche la tête coupée de son patron à un grillage avec un écriteau politique, quand on massacre cent personnes dont certaines, blessées, ont été torturées au couteau après la fusillade (témoignage anglais jamais publié en France), on n'est pas en pleine guerre civile il ne faut pas exagérer.

En revanche si deux femmes, après s'être dûment pliées aux règles électorales, réclament et obtiennent l'approbation de la moitié du pays, qu'elles entendent protéger contre ses ennemis en fermant les frontières, elles risquent de faire basculer la France dans la haine mutuelle et le recours aux armes.

Que s'est-il passé en 2015 dans l'esprit de Manuel Valls ? Il est urgent de le comprendre. Cela tient en une phrase : il a déploré, jusqu'au délire, de ne pas pouvoir contrôler une situation de crise à son seul bénéfice.

Pour avoir commis la folie, impardonnable quand on est à son poste; de prononcer les mots de guerre civile après les Régionales, le Premier ministre vient de signifier où il veut en venir et de révéler la névrose oedipienne, absurde, obsessionnelle, qui l'anime depuis le début. Pourquoi est-il entré en politique chez les Socialistes alors qu'il venait du monde riche du côté de sa mère comme de celui de son père ? Parce que, depuis l'enfance, il fantasmait la guerre d'Espagne qu'il n'a pas connue mais où, visiblement, il aurait aimé s'illustrer comme n'importe quel prétentieux qui veut en remontrer à son clan parce qu'il a une gouvernante et des chaussures vernies. Dans la grande bourgeoisie catalane, qui se flatte d'être internationale depuis Gaudi, on marche sur la tête en politique depuis 1917. A Barcelone on trouve autant de fils de famille obsédés par Garcia Lorca qui se prennent pour Alain Delon dans le Guépard, que d' aristocrates "chemise-rouge" à Milan . On a vécu dans de longs palais sombres aux fenêtres cintrées donnant sur une arrière-cour avec un jet d'eau . On possède des châteaux à la campagne. Mais on donne des leçons de tolérance et de partage à tout le monde en parlant de la bête immonde. Du coup on invente à son père un profil de résistant exilé comploteur anti-franquiste qu'il n'a jamais eu. On en fait des tonnes à propos de la République. On vient donner des leçons de démocratie au pays où l'on a grandi, en le menaçant à tout bout de champ du folklore "no pasaràn" dont il n'a que faire.

Pour en venir où ? C'est là qu'il convient d'examiner l'année 2015 avec la loupe sémantique du psychiatre: visiblement la grande affaire de Manuel Valls, depuis son stage bâclé au ministère de l'Intérieur, c'est d'accentuer la nature des périls, de mettre en lumière l'infirmité de ses adversaires devant le danger, afin de mieux se présenter, lui seul qui comprend tout, lui seul qui voit tout, comme protecteur légitime de la Nation. On appelle ça la perversion narcissique. C'est le profil du harceleur de bureau qui ne supporte pas les gens qui refusent de subir son influence et d'entendre ses conseils en tous domaines. Le seul portrait acceptable qu'il a de lui-même se trouve dans la reconnaissance d'autrui . Mais il ne peut pas l'obtenir sans persuader, au préalable, les autres de leur faiblesse. C'est le principe du "heureusement que je suis là, sans moi vous couriez à la catastrophe". Cela justifie toutes les manipulations du Conseil d'Etat, tous les reniflages sécuritaires, tous les contrôles des communications, toutes les demandes de censure sur twitter (et il ne s'en prive pas). Du coup Manuel Valls perd littéralement les pédales quand il nomme en plein discours à l'assemblée un humoriste et un polémiste comme des ennemis désignés de l'Etat sous le seul prétexte qu'ils le défient sur Youtube en l'appelant Manuelito. Le pervers narcissique est répétons-le, un malade du contrôle. A l'entendre les autres n'ont jamais rien compris, ils ne savent pas se gouverner eux-mêmes, ils ne savent pas ce qu'ils font. C'est pourquoi non seulement on va le faire à leur place, mais on va le faire contre leur gré.

Cette attitude dont on retrouve l'écho chez son Président, son double taillé pour les alcôves et les antichambres plutôt que pour le champ de bataille, est extrêmement préoccupante. Elle finit par faire coïncider la notion de salut public avec un équilibre privé. François Hollande n'a cessé de nous répéter, pendant l'année 2015, que ce qu'il voulait, c'était "pouvoir se regarder dans la glace". Lorsque, sur une vidéo célèbre, Valls nous dit qu'il est par mariage indéfectiblement lié à un camp plutôt qu'à un autre, il mélange lui aussi le privé au public dans des proportions effarantes. Tout cela oblige à lire l'année passée avec l'inquiétude d'un chef de clinique à Sainte-Anne, et à prévoir la suite en s'accrochant à la rampe.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !