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"Nous sommes tous le vieux de quelqu'un"
©JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Tribune

"Nous sommes tous le vieux de quelqu'un"

L'âgisme, discrimination courante est dénoncé dans cette tribune rédigée et signée par les 4000 membres de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG).

Société Française de Gériatrie et Gérontologie

Société Française de Gériatrie et Gérontologie

La SFGG est une société scientifique née en 1961 sous le régime de la loi du 1er juillet 1901 concernant les associations sans but lucratif.

Le but de la SFGG est d’étudier tous les problèmes se rapportant à la gérontologie et à la médecine gériatrique, c’est à dire au vieillissement humain et à la sénescence, à l’avancée en âge et à la longévité, de favoriser les recherches et les travaux, de faire régulièrement le point sur les connaissances acquises dans toutes les disciplines concernées et de contribuer à leur diffusion.

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C’est un tag « Tic-Tac, Tic-Tac » dessiné sur une publicité à côté d’une belle sexagénaire enroulée dans un pull de la marque « Bompard » ;
C’est Yann Moix qui déclare publiquement que « les femmes de 50 ans, c’est trop vieux » ;
C’est un recruteur qui répond à Pascal, un sexagénaire demandeur d’emploi à Rennes : « À quelques années de la retraite je n’ai pas envie de perdre du temps à vous former » ;
C’est un service hospitalier qui refuse un patient âgé :  "Arrête de me faire perdre mon temps avec ton malade, il est vieux, il a un cancer, il va mourir, un point c'est tout" ;
Ce sont 4 moniteurs de ski savoyards qui ont été obligés de réduire leur activité professionnelle pour « faire la place aux jeunes » ; 
C’est un urgentiste qui demande à un gériatre « Elle a quoi comme projet de vie ta Mamy ? Parce que là ça encombre les urgences » ;
C’est une personne âgée fragile qui arrive aux urgences et qui fait soupirer les internes et les médecins car s’occuper d’un patient âgé ça prend du temps, c’est plus sympa de prendre le dossier du dessous de la jeune qui s’est foulée la cheville ;
C’est la proposition de loi d’Arnaud Montebourg en 2012 qui visait à interdire la députation aux personnes de + de 67 ans ;
C’est l’interdiction de louer une voiture ou de contracter un prêt bancaire après 70 ans ;
Ce sont les « Il a plus l’âge, faut qu’il arrête » ;
C’est diffuser l’idée qu’on est forcément moins beau quand on vieillit ;
C’est un chef de service hospitalier qui demande à un gériatre « Ne mets pas une glaire collante dans mes lits » ;
C’est Roxane Lund qui compare le Parti Socialiste à un Ehpad (quand 700 000 personnes y résident et 290 000 y travaillent) ;
C’est l’existence d’un Ministère de la Jeunesse depuis la Seconde Guerre Mondiale et l’absence criante d’un Ministère des Retraités ;
C’est un patient âgé agité auquel on administre automatiquement un sédatif pour le calmer avant de rechercher la cause de son agitation, témoin d’un mal-être ;
C’est le cinéma français qui n’emploie que 6% d’actrices de + de 50 ans alors qu’en France une femme sur deux a + de 50 ans ;
Ce sont des centaines de gares, de stations de métro et de lieux publics qui ne sont pas accessibles à des personnes à mobilité réduites et en perte d’autonomie ;
Ce sont les médias qui présentent les personnes âgées comme fragiles, dépendantes et dépassées alors que 90% d’entre elles vieillit en bonne santé et en pleine capacité intellectuelle et motrice ; 
C’est une personne handicapée de + de 60 ans qui reçoit moins d’aides de l’Etat qu’une personne handicapée de - de 60 ans.


Voici quelques exemples d’âgisme, discrimination la plus courante, la plus ancrée dans la société et la seule qui ne soit jamais réprimée. Plus que les définitions ces quelques exemples nous montre son étendue, et parfois sa violence. La liste est longue et non exhaustive. Car elle est partout.
Dans les médias, dans les hôpitaux, dans les entreprises, dans les publicités.
Discrimination insidieuse qui gangrène notre société.
Discrimination assassine qui tue à petits feux ceux qui en sont les victimes.


La vieillesse n’a pas d’âge : nous sommes tous le vieux de quelqu’un d’autre. Il y a et il y aura toujours plus jeune et plus vieux que nous. Se sentir vieux, se sentir jeune, c’est l’affaire de chacun. Difficile, impossible même, d’arriver à donner aujourd’hui une définition de ce qu’est une personne âgée. L’apparition des déficiences liées à l’âge a bel et bien fait reculer le vieillissement : l’âge chronologique n’a désormais plus AUCUN sens pour juger des capacités d’une personne. 

Le vieillissement fait partie de la vie ; nier l’âge, c’est nier la vie. Ne pas reconnaître que l’âgisme existe et qu’il fait des ravages consiste à rejeter le cycle de la vie et l’être humain dans sa globalité. Les avilissants « petits vieux », « papys » et autres « petites mamies » font écho aux racistes « pédé », « sale arabe » et autres « négro » : déconsidérer, dévaloriser, discréditer, voilà ce à quoi ces sobriquets mènent in fine. Exclus socialement (passé l’âge de la retraite ils n’ont plus d’utilité), exclus médiatiquement (vous imaginez vendre un produit avec une personne de 90 ans ?), exclus financièrement (le prélèvement sur capital des retraités), « l’âgisme des vieux » est très fréquent. À l’hôpital, ce sont des patients dont personnes ne veut.. Les personnes âgées sont des invisibles de la société, pire, des problèmes sociaux.

Pourquoi rejeter le vieillissement ? Pourquoi diffuser l’idée que forcément vieillir tendrait vers le moins bien ? Vers le déclin ? Est-ce aussi simple que cela ?
Ne pas combattre l’âgisme, c’est aller tout droit vers la ghettoïsation des personnes âgées ; c’est leur ordonner une assignation à domicile massive et sans appel. C’est les empêcher de bien vieillir, de bien s’estimer, de vivre bien dans sa tête et bien dans son corps. Il a été prouvé que les personnes exposées au comportement négatif du vieillissement vivent en moyenne 7,5 années de moins les autres : l’âgisme est un phénomène aussi sérieux que toute autre forme de discrimination. Il est urgent d’agir. Exlure les personnes âgées, c’est également faire barrage à une société inclusive dont nous avons tant besoin.

Les différences d’âges et de générations devraient nous rassembler et non nous diviser.
Une génération qui s’est emmêlée les pinceaux au passage de l’ancien franc au nouveau franc a beaucoup à échanger avec une génération qui est passée du franc à l’euro ;
La génération dont les parents écoutaient les conversations avec le deuxième combiné a forcément beaucoup de points de communs avec celle dont les parents mettent des applications pour la géolocaliser.
Les blousons noirs ont forcément beaucoup à dire aux jeans slims.
Un septuagénaire n’a jamais oublié ce qu’il faisait le jour où le premier homme a marché sur la lune ; un quarantenaire et un vingtenaire non plus le jour où l’Equipe de France a gagné la Coupe du Monde de football.

Vivre longtemps est une grande chance. La seule alternative existante n’est pas très réjouissante, ne l’oublions pas…

Souhaitons qu’un jour prochain notre société puisse valoriser l’expérience et célébrer le fait de vieillir.
Souhaitons qu’un jour prochain la société aimera ses personnes âgées comme elle aime déjà ses jeunes.
Souhaitons qu’un jour prochain, comme pour le sexisme et le racisme, il sera possible de changer les normes sociales. L’exclusion de la plus grande part des adultes âgés de la vie active de la société représente un drame inacceptable et contraire à la dignité prônée.
Qu’on se le dise.

  

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