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Mathématiques sonores

"Non seulement la musique augmente le quotient intellectuel, mais c'est la discipline la plus performante pour développer les facultés cérébrales"

La musique rend plus intelligent. Emmanuel Bigand, directeur du Laboratoire d’étude de l’apprentissage et du développement (LEAD, CNRS) et coordinateur de l’ouvrage Les Bienfaits de la musique sur le cerveau, le confirme : l’activité musicale est au cœur de la sphère cognitive.

Emmanuel Bigand

Emmanuel Bigand

Emmanuel Bigand est professeur de psychologie cognitive, directeur du laboratoire d'étude de l'apprentissage et du développement (LEAD) à l'université de Bourgogne. Il étudie les effets de la musique sur le cerveau et sur la santé.

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Atlantico : Vous déclarez à l'occasion de la sortie de  l'étude  LEAD, CNRS : "nous sommes convaincus en tant que scientifiques que l’activité musicale est au cœur de la sphère cognitive ».  Quelles sont les implications de cette découverte ?

Emmanuel Bigand : L’implication la plus directe est que le fait participer à une activité musicale, en tant qu’auditeur, et plus encore en tant qu’acteurs (danseurs ou musiciens) peut avoir un effet de stimulation cognitive positive sur l’ensemble du fonctionnement cérébral pour la plus grande partie de la population. Chez le jeune nourrisson cela se traduira par une facilitation dans l’acquisition des compétences cognitives et sociocognitives indispensables à la communication. Chez l’enfant d’âge scolaire, cela provoquera le développement de ressources neuronales facilitant les acquisitions scolaires. Chez les séniors, la pratique d’une activité musicale réduira les effets du vieillissement cognitif. Enfin, dans de nombreuses pathologies cérébrales (Alzheimer, Parkinson, AVC), la musique offre de nouvelles pistes de rééducation des fonctions psychologiques altérées par la lésion.

En quoi la musique est-elle bénéfique pour le développement du cerveau, et de l'intelligence ? S'agit-il de l'intelligence émotionnelle ?

La musique stimule trois grandes catégories de processus : l’intelligence, l’émotion et la motricité. Ces processus reposent sur de nombreuses zones cérébrales. La musique a cette particularité de synchroniser l’ensemble de ces zones avec une exigence temporelle très grande. Cette synchronisation est un vecteur de plasticité cérébrale qui renforce la connectivité neuronale. Les effets ont été principalement observés dans des tâches cognitives et motrices mais l’on montre désormais que la pratique musicale collective modifie l’intelligence émotionnelle et renforce la collaboration sociale.

Quels sont les notes, les sons et les mélodies qui développent nos fonctions cognitives ? Et à l'inverse, celles qui n'offrent pas d'intérêt de ce point de vue?

La musique est une forme de mathématique sonore. Le son musical ne réfère à rien de connu dans le monde extérieur, mais il existe des relations logiques entre les notes et les accords d’une pièce musicale. Ces relations sont aussi abstraites en musique qu’en mathématiques car elles ne renvoient à rien de connu. Malgré cela votre cerveau les perçoit. Par exemple, si vous écoutez les variations de Mozart sur le thème « Ah vous dirais-je maman », vous n’entendrez pas exactement le thème, mais vous reconnaitrez sans difficulté que c’est bien ce thème autour duquel Mozart fait des variations. Lorsque vous effectuez cela, vous faites des « mathématiques sonores », et donc cela développe votre cerveau. L’avantage majeur de la musique est de pouvoir commencer à faire des mathématiques bien longtemps avant que l’enfant n’aille à l’école. Pour tout dire, on peut commencer des les premières minutes de la vie, mais c’est une longue histoire à raconter.

Glen Schellenberg, professeur de psychologie à l’université de Toront  a démontré dans ses recherches que la pratique de la musique permet de développer plus rapidement le quotient intellectuel (QI). Comment expliquer ce phénomène ?

La pratique du chant ou du piano à raison d’une leçon par semaine sur une année d’école entraine effectivement une augmentation du quotient intellectuel plus marquée que la pratique d’un atelier théâtre pendant cette même période, ou que la pratique d’autres activités non spécifiques. Nous pensons que la musique sollicite plus de réseaux neuronaux que ces autres activités (on a des résultats comparables par exemple, en comparant les ateliers musique et les ateliers peinture). L’atelier musique fait travailler plus de structures dans le cerveau, ce qui a pour conséquence de créer plus de transfert positif vers des activités non musicales. On montre par exemple que les enfants des ateliers musique sont plus performants que ceux des ateliers théâtre pour comprendre… le sens des phrases. La musique est donc au « cœur » de la cognition.

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