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"Les migrants une chance pour demain" ? : ces éléments qu’Angela Merkel ne devrait pas perdre de vue si elle souhaite que ses voeux pour 2016 se réalisent
©Reuters

Frohes neues Jahr !

"Les migrants une chance pour demain" ? : ces éléments qu’Angela Merkel ne devrait pas perdre de vue si elle souhaite que ses voeux pour 2016 se réalisent

La chancelière allemande a tout de même concédé lors de ses voeux pour 2016 que l'accueil de ces migrants, "cela va coûter de l’argent, (...) demander du temps et de la force – notamment en ce qui concerne l’intégration de ceux qui vont rester durablement ici."

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Angela Merkel ne lâche rien et enfonce le clou. Contestée en Europe et dans son propre camp pour sa politique d’ouverture dans la gestion de la crise des migrants, la chancelière allemande profite de ses voeux pour 2016 pour dire combien les réfugiés sont “une chance” pour son pays. “J’en suis convaincue : si elle est correctement appréhendée, la grande tâche actuelle qui consiste à accueillir et à intégrer tant de gens est une chance pour demain" tout en concédant que "cela va coûter de l’argent, (...) demander du temps et de la force – notamment en ce qui concerne l’intégration de ceux qui vont rester durablement ici." Elle exhorte ses compatriotes à "ne pas suivre ceux qui, le cœur froid ou plein de haine, se réclament eux seuls de l’identité allemande et veulent exclure les autres. ». Une allusion claire au mouvement populiste Pediga. "Nous allons y arriver".

En France, alors que les attentats ont eu pour effet de resserrer le lien national et même, ô paradoxe, de renforcer la position de François Hollande, l'annonce de l'arrivée des migrants a profondément déstabilisé les esprits. Certains y ont vu la réalisation de la prophétie de Jean Raspail dans son célèbre roman de 1975, "Le Camp des saints". A tort car il décrivait un mouvement spontané alors que celui-ci est organisé. Même si la France n'était pas le première destination de ces arrivants, elle s'est sentie menacée. Bien plus qu'un attentat, même horrible, qui ne touche qu'à la sécurité physique, la perspective d'un changement de civilisation provoquée par une immigration de masse a jeté le trouble dans un peuple français à qui l'omniprésence de la thématique islamique et raciale avait déjà mis les nerfs à vif. Pour beaucoup, le vote FN au premier tour des élections régionales a été non seulement un mouvement d'exaspération, mais aussi une sorte d' avertissement adressé aux responsables de cette immigration imposée.

Imposée par qui ? L'affaire demeure confuse quant à ses commencements. Un tiers des réfugiés vient d'une Syrie en proie à une guerre civile atroce que les Occidentaux ont nourrie en aidant les djihadistes pendant quatre ans. Il ressort que, contrairement à la version officielle, la plupart des exilés ne fuient pas le régime mais la guerre, les islamistes ou tout simplement la crise économique aggravée par les sanctions de l'Union européenne. Ils sont aidés par des mafias qui vont les chercher jusqu'à Damas pour leur extorquer le prix exorbitant du passage. Les plus pauvres ne peuvent donc pas partir. D'autres viennent de l'Afghanistan, aussi en guerre, ou tout simplement de Bosnie, du Kosovo ou d'Albanie, pays qui ont pourtant fait l'objet, depuis la guerre de 1999 menée par l'OTAN, des petits soins de la communauté occidentale. Et n'oublions pas le flux venant de Libye, plus ancien de quelques mois, composé d'Africains, et qui se poursuit.

Les arrivées se comptent par milliers tous les jours et, contrairement à ce qui avait été annoncé, elles ne semblent pas se ralentir en hiver.

L'appel d'Angela Merkel

Mais s'il y a des départs, c'est qu'il y a une perspective. Un tel flux n'aurait pas eu lieu si Angela Merkel n'avait dit clairement au début de l'été que l'Allemagne était prête à accueillir un million de réfugiés.  

On peut s'interroger sur les motivations de la chancelière. A pu jouer la demande du patronat allemand désireux de tenir les salaires à la baisse du fait de la prospérité de ce pays qui contraste avec l'atonie de l'économie des autres pays de la zone euro. Egalement, le calcul des démographes de l'ONU et de l'Union européenne qui depuis au moins 25 ans vont répétant que, compte tenu de la faiblesse du taux de natalité européen, un afflux de plusieurs millions de personnes sera nécessaire pour équilibrer les régimes de retraite. Calcul grossier qui ne repose que sur une approche purement quantitative ne tenant pas compte de la qualité de la main d'œuvre (les employeurs allemands viennent de découvrir que les arrivants ne correspondaient pas tout à fait à ce qu'ils espéraient), mais surtout des risques de choc culturel considérables que cette immigration brutale emporte.

Il est étonnant qu'Angela Merkel qui, il y a peu, déclarait que le multiculturalisme était une échec en Allemagne, n'ait pas pris la mesure de ce choc. Il est encore plus étonnant qu'une femme de cette expérience, tenue jusqu'à ces décisions désastreuses pour une des consciences de l'Europe, ait pu pousser l'irresponsabilité jusqu'à déstabiliser ainsi gravement à la fois l'Allemagne et l'Europe.

Est-il nécessaire de dire que dans les mystérieuses motivations de la chancelière, les considérations humanitaires ne tiennent aucune place ? Son comportement peut être même jugé monstrueux. N''est ce pas un rapt de population que d'aller chercher de la main d'ouvre qualifiée dans des pays qui, la paix revenue, en auront besoin pour se reconstruire. Et si vraiment elle souhaitait faire venir ces gens, ne lui suffisait-il pas de leur accorder des visas et de leur permettre de prendre l'avion. Ils auraient payé 300 € pour acheter un billet au lieu des milliers d'euros versés à des passeurs mafieux qui les emportent sur des embarcations précaires. Angela Merkel peut être tenue pour responsable de la mort d'Aylan !

 

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