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Deux statues des anciens dirigeants nord-coréens, Kim Il-sung et Kim Jong-Il, photographiées par l'agence officielle du régime KCNA.
Deux statues des anciens dirigeants nord-coréens, Kim Il-sung et Kim Jong-Il, photographiées par l'agence officielle du régime KCNA.
©Reuters

Méthode Coué

"Le riz et le socialisme sont de l'engrais", "Faisons de notre patrie un pays de champignons" : bienvenue dans l’univers surréaliste de la propagande made in Corée du Nord

Le régime de Pyongyang vient de publier plus de 300 nouveaux slogans pour célébrer le 70e anniversaire de la fondation du parti unique au pouvoir. Florilège.

"Le riz et le socialisme sont de l'engrais" ; "Faisons de notre patrie un pays de champignons" ; "Si l'ennemi ose envahir notre pays, anéantissez chacun de ses hommes jusqu'au dernier, de sorte qu'aucun d'entre eux ne survive pour signer l'acte de capitulation !" Voilà les étranges slogans, tantôt poétiques, tantôt belliqueux, diffusés sur des affiches de propagande par la Korean Central News Agency (KCNA), le 12 février dernier, à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation de la Corée du Nord. 

Depuis leur naissance, les habitants de la dernière dictature stalinienne de la planète baignent dans un monde rythmé par ces slogans à la gloire du régime et de son leader, Kim Jong-Un. Des mots et des images soigneusement distillés par le Parti des travailleurs, afin d'inciter la nation à se surpasser dans tous les domaines : science, agriculture, éducation, industrie, etc. Que révèlent-ils des orientations de la Corée du Nord ? 

Ambitieux et poétique, le régime exhorte : "Laissez-nous construire notre pays comme le plus puissant dans le monde, dans la féerie d'un peuple, comme l'ont tant souhaité les grands camarades Kim Il-sung et Kim Jong-il !" Dans un des pays où les droits de l'homme sont les plus bafoués, parler de "féerie" semble difficilement audible pour les Nord-Coréens, vu d'Occident. Pourtant, "ces affiches et ces slogans, à force de surenchère et d’hyperbole, résonnent aux oreilles des habitants qui doivent rester convaincus qu’ils nagent dans le bonheur et que leurs voisins ne cherchent qu’à les envahir et les réduire en esclavage comme les Japonais pendant la guerre", analyse Dorian Malovic, dans un article de La Croix.

En Corée du Nord, où la famine aurait fait entre 1,5 et 3,5 millions de morts dans les années 1990, les slogans qui ambitionnent l'émergence d'une nation agricole résonnent cruellement : "L'Agriculture est une tranchée en première ligne du front de la campagne de défense du socialisme et la construction d'un géant économique !" Bucolique, ce slogan propose de "Produire des cascades de fruits et que leurs doux arômes emplissent l'air sur une mer de pommiers au pied du col de Chol !", quand cet autre, plus drôle, demande carrément : "Faisons de notre patrie un pays de champignons en portant leur culture à un niveau scientifique, intensif et industrialisé !"

Rien n'a été laissé au hasard dans cette campagne de propagande tous azimuts. "Les photos et les affiches publiées par l’agence officielle KCNA ont été imaginées par le parti unique au pouvoir, le parti des travailleurs de Corée, et fabriquées par les Studios d’Art Mansudae, l’Académie des Arts, l’Université des Beaux-Arts de Pyongyang et… les Studios des Beaux-Arts du ministère des Chemins de fer !", précise Dorian Malovic. La Corée du Nord est spécialiste des mises en scènes ultra-symboliques, la plupart du temps pour célébrer le chef de la nation, Kim Jong-un, régulièrement photographié "en situation" ou sur le terrain, lors de ses déplacements.

Dans la dernière campagne de propagande nord-coréenne, Dorian Malovic voit tout de même de "légers changements", qui illustreraient une "évolution économique" du pays. Une affiche, notamment, a attiré son attention. On y voir une jeune maman faire ses courses avec deux jeunes enfants, un petit garçon et une petite fille, qui ont les bras chargés de paquets colorés dans ce qui semble être un grand magazin. En arrière-plan dans les rayons, le journaliste repère même un ordinateur. "De là à y voir une volonté politique d’accentuer des réformes économiques, ce serait aller un peu vite en besogne, mais la Corée du Nord n’est pas aussi statique qu’on le croit", conclut-il.

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