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Le mal français : Aidons les grosses entreprises et le public, les indépendants et les TPE-PME se débrouilleront ?

Si Emmanuel Macron a annoncé jeudi soir, plusieurs mesures de soutien aux grandes entreprises publiques et privées en ces temps de coronavirus, les indépendants et les TPE/PME semblent être les grandes oubliés.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Qu’en est-il dans les faits ?

 

Michel Ruimy : Si, dans son allocution de jeudi, le chef de l’État a annoncé notamment des mesures d’aide en faveur des entreprises quels que soient la taille et le secteur, il a été plus allusif sur la nature des mesures nécessaires à prendre.

La réponse, évoquée hier par Bruno Le Maire, précise certains éléments selon plusieurs axes. Elle consiste à accorder, à travers la Banque publique d’investissement, des garanties publiques aux entreprises demandant un crédit de trésorerie. Cette institution garantira jusqu’à 90% - et non plus 70% comme auparavant -, des prêts demandés par les petites et moyennes entreprises (PME) à leur banque afin de rassurer les établissements financiers. De plus, les entreprises, y compris les indépendants, qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité et sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars - cette mesure devrait être valable jusqu’à la fin de la crise -. Enfin, les modalités d’un fonds de solidarité réservé aux entreprises les plus modestes à court de trésorerie, seront clarifiées en début de semaine prochaine.

Atlantico : Pourquoi ce manque de mesures destinées à aider les petites entreprises ? Est-ce plus difficile de les cibler (en comparaison aux grandes entreprises) ?

 

Michel Ruimy : En effet, cette population reste très hétérogène.

Si nous regardons les catégories d’entreprises en France, nous observons une forte polarité : sur près de 4 millions de firmes, 4% sont composés d’environ 300 grandes entreprises, exerçant principalement dans l’industrie, le commerce, les transports, l’hébergement et la restauration, de 6 000 entreprises de taille intermédiaire (ETI) plutôt orientées vers l’industrie manufacturière, de 140 000 PME, fortement présentes, en dépit de grandes entreprises, dans le secteur de la construction, dans l’industrie de type traditionnel, la réparation et l’installation de machines et d’équipements et … 96% de microentreprises, soit plus de 3,7 millions !, ayant généralement leur activité dans le secteur tertiaire.

D’autre part, en matière d’emplois, les grandes entreprises, les ETI et les PME emploient, à elles 3, un peu plus de 80% de la population active et que les PME, hors microentreprises, comptent, en moyenne, un peu moins de 30 salariés, la majorité ayant moins de 20 salariés.

Devant un tel schéma de l’appareil productif français, nous pouvons comprendre qu’il a été difficile, pour Emmanuel Macron, d’énoncer des mesures ciblées pour l’ensemble des entreprises quels que soient la taille et le secteur. Il n’en demeure pas moins que, dans les faits, les pouvoirs publics devront être au plus près du terrain pour accompagner chaque situation.

Atlantico : Quelles mesures pourraient-être prises pour les aider à survivre à l’épidémie ?

 

Michel Ruimy : Aujourd’hui, face à la crise sanitaire, les réponses nationales sont similaires mais asynchrones. L’ensemble des entreprises voient leur chiffre d’affaires inévitablement chuter avec l’apparition du virus. Certains secteurs et / ou certaines entreprises sont davantage touchés que d’autres.

Face à cette situation tendue, le maître-mot pour les entreprises est « résister », résister financièrement le plus longtemps possible à la « pétrification » de l’économie. Les initiatives des pouvoirs publics doivent donc viser, à très court terme, le soulagement de la trésorerie des entreprises en urgence économique.

Pour l’instant, l’État s’est mobilisé en permettant l’étalement du paiement des charges sociales ou en facilitant l’accès à des prêts de trésorerie. Or, n’oublions pas que tout ceci devra bien être payé à un moment, plus ou moins lointain, en fonction de l’évolution de la reprise de l’activité. De même, pour l’utilisation du chômage partiel. Si cette initiative paraît appropriée à la situation présente pour ne pas perdre les compétences de l’entreprise, il faut bien comprendre qu’elle risque de dégrader encore plus la situation financière d’entreprises déjà dégradée si l’Etat ne met pas en place une procédure accélérée - les entreprises doivent avancer les fonds avant de se faire rembourser par l’Etat -.

Pour que les initiatives soient vraiment efficaces, il y a au moins deux conditions de succès : cet effort exige d’une part, une coordination proche et intense entre les pouvoirs publics et les banques commerciales et d’autre part, une mesure européenne autorisant les établissements financiers à accorder des moratoires de paiement sans que cela se fasse au détriment de leur évaluation prudentielle.

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