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Extrait de "La Capacité de s'aimer", de Elsa Cayat et François-Xavier Petit, publié aux éditions Payot.
Extrait de "La Capacité de s'aimer", de Elsa Cayat et François-Xavier Petit, publié aux éditions Payot.
©Reuters

Bonnes feuilles

"La Capacité de s'aimer", de Elsa Cayat : peut-on être parent et enfant sans lien biologique ?

L'ultime livre de la "psy de Charlie Hebdo", assassinée lors de la tuerie du 7 janvier. Pour pouvoir aimer l’autre et être aimé, il faut d’abord être capable de s’aimer soi-même. Un bréviaire anti-haine, pour ne plus vivre dans un monde "déshabité". Extrait de "La Capacité de s'aimer", de Elsa Cayat et François-Xavier Petit, publié aux éditions Payot (2/2).

Elsa  Cayat

Elsa Cayat

Elsa Cayat, psychanalyste, est l'auteur de "Le désir et la putain" (avec Antonio Fischetti) et de "Un homme + une femme = quoi ?"

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Savoir d’où l’on vient est une question légitime. Le noeud du sujet est ici : s’intéresser à l’arrière-fond de la famille, une fois que l’on a pris conscience que le droit est un trésor de présupposés. Et si le lien n’est pas (seulement) un lien de droit (mon parent déclaré à l’état civil), s’il n’est pas non plus (seulement) un lien de sang (de qui suis-je l’enfant biologique ?) ; si le lien est encore moins l’alliance du droit et de la nature, c’est-à- dire un lien inscrivant le sang dans la loi (héritage monarchique), ni un lien faisant du droit en vigueur un élément « naturel » de notre société, alors qu’est véritablement le lien de filiation ?

Volontairement, je reprends le cas de l’adoption comme révélateur du problème qui entoure la filiation. L’adoption, parce qu’elle exhibe au grand jour le fantasme biologique qui parcourt la société et fait coaguler la question de l’identité à celle de l’origine. La pression est si forte que la question de l’identité de bien des enfants adoptés leur est dérobée pour être faussement et sauvagement reportée sur celle des origines biologiques. Où est le problème ? Il est simple : la suppression de « l’origine » biologique ne fait qu’alimenter imaginairement chez l’enfant l’importance de ses parents biologiques en fondant en creux un refuge imaginaire à la fois horrible (il a été abandonné) et merveilleux (ses parents auraient pu être mieux que ses parents actuels) pour se prémunir de ses vrais parents, à savoir ses parents adoptifs qu’il doit affronter dans leur réalité.

Mais pourquoi ce mirage du parent biologique comme seul vrai parent dont le droit ne s’est sou-terrainement pas détaché ? Car c’est précisément autour du lien de chair comme lieu fantasmatique de la fusion et de l’identique – substitut de la notion de l’identité – que se cristallisent les problèmes des parents adoptifs à l’endroit de leurs enfants et des enfants adoptés à l’endroit de leurs parents. ses parents adoptifs qu’il doit affronter dans leur réalité.

Extrait de "La Capacité de s'aimer", de Elsa Cayat et François-Xavier Petit, publié aux éditions ©Editions Payot & Rivages, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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