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©JACQUES DEMARTHON / AFP

Visite en banlieue

"Et ta nationalité c'est quoi?". "Musulman!"

Je n'ai pas attendu Macron pour me rendre dans une cité. Et depuis, j'ai une idée précise sur la question.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Mon ami Jean-Paul, prof de philo et très à gauche, avait été sollicité par la municipalité de Nîmes pour parler aux "jeunes"de la citoyenneté.  "Tu veux venir avec moi?" m'a-t-il demandé.  J'ai dit oui.
Sur place, deux responsables d'association locale nous attendaient.  Avec eux, nous sommes entrés dans une salle où une vingtaine de personnes patientaient.  Tous jeunes.  Rien que des garçons.  Les filles étaient restées à la maison, sans doute pour faire de la couture...
Les jeunes étaient pour la plupart d'origine arabe, quelques noirs seulement: la photographie inverse de ce que Macron a vu à Evry.  Jean-Paul, dans un langage simple, leur parla des droits de l'Homme, du droit de vote, de la liberté, etc.  
Les jeunes s'ennuyaient ferme.  À la fin de son intervention, Jean-Paul leur demanda s'ils avaient des questions à poser.  Un silence buté lui fit échos.  Il insista: même silence buté.
Je lui demandai l'autorisation de prendre la parole.  Je m'adressai alors à un grand gaillard qui était assis au premier rang.  "Tu votes?".  "Non.". "Mais tu es français?". "  Il murmura: "J'sais pas."...
Un peu en colère, je lui lançai: "Mais tu as une carte d'identité française?".  Il consentit à me répondre: "Ouais.".  "Donc tu es français!".  "J'sais pas.".  J'étais bien décidé à continuer de le harceler.
"Tes parents sont d'où?".  Sa voix se fit plus claire: "De Constantine.".  "Alors, lui dis-je, tu es un français d'origine algérienne, comme il y a des français d'origine espagnole, portugaise, polonaise, juive.".  J'eus droit à un nouveau "J'sais pas.".
N'y tenant plus, je me fis plus pressant: "Alors est-ce que tu sais ce que tu es?".  La réponse vint sans hésitation: "Musulman.".  Je rendis les armes et Jean-Paul, dégoûté, renonça à jamais à se rendre en banlieue.  

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