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 Et crac (crac) : de nouvelles études montrent que les relations ouvertes ne sont pas plus satisfaisantes sexuellement que la monogamie
©Reuters

Plaisir à deux

Et crac (crac) : de nouvelles études montrent que les relations ouvertes ne sont pas plus satisfaisantes sexuellement que la monogamie

Une étude menée à travers toute l'Europe montre que les plus satisfaits de leur vie sexuelle sont les gens engagés dans une relation monogame. Toujours selon cette étude, vivre une relation ouverte ne serait pas la meilleure façon d'être épanoui.

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Dalia, une équipe de recherche basée à Berlin a lancé une grande consultation en mars dernier pour connaitre quelle était leur niveau de satisfaction de leur vie sexuelle. Les résultats publiés montrent que sur plus de 1000 personnes interrogées et ayant des relations monogames, 82% des personnes sont les plus satisfaites. Parmi les personnes mariées ou étant dans toutes autres formes légales de relations, 80% d'entres elles sont satisfaites. Quels sont les enseignements que nous apprennent cette étude ? 

Michelle Boiron Le vieux débat entre liberté ou répression est toujours présent quand il s’agit de satisfaction sexuelle. La libération sexuelle de 68 nous a permis de fantasmer et nous a conduit à penser que la satisfaction sexuelle était un droit. On ne nous a pas dit que c’était un leurre !

La répression permet de contenir les instincts de l’homme et lui donner un cadre qui correspond à sa culture inscrite dans la société du moment. Le cadre posé, le jeu consiste souvent à dépasser la limite. C’est un exercice de transgression qui maintient le désir de l’homme. La donne qui a la vie dure  où il est interdit d’interdire et la jouissance quand je veux nous a conduit à trouver en permanence des nouvelles sources de satisfactions et d’épanouissements qui sont difficiles à maintenir dans un couple. En revanche le couple s’épanouit dans la connaissance de l’autre, l’approfondissement qui peut conduire à une relation sexuelle réelle et non dans la projection de nos désirs. L’idéalisation du début des rencontres ne conduit pas forcément à une désillusion. C’est un vrai challenge.

En revanche, ce qui était " anormal " hier sera " normal " demain. Vous  posez la question de la monogamie : Est-ce un choix ? Est-ce l’injonction d’un partenaire dans le cadre d’une union libre ? D’un mariage avec un contrat de fidélité ?  La relation libre cela sous entend que le sujet décide. La satisfaction sexuelle dans le cadre de la monogamie inclut un partenaire. Quid de la satisfaction du couple ? Le " ON " est heureux dans notre couple ne dit rien sur la satisfaction de chacun.

La tendance à considérer que la liberté sexuelle serait une source de satisfaction a ses limites que votre étude tend à mettre en exergue. Elle nous montre une course effrénée pour trouver enfin l’objet de son désir. Celui qui remplira le vide abyssale que la société de consommation a généré en nous qui sommes baignés dans la société de consommation.

Ce qui s’applique au concept de produit " nouvelle génération " a accentué le côté " Has been " éphémère de l’objet encore en état de marche qui est condamné avant même d’être hors d’usage. Les relations humaines ne sont pas épargnées par ce phénomène et plus particulièrement les deux protagonistes que forment le couple. La tentation de " quitter le navire " taraude à la moindre goutte d’eau qui déborde et est prétexte pour aller naviguer ailleurs vers d’autres cieux que l’on pense plus cléments.

La monogamie successive devient le must car elle est assortie aujourd’hui d’une liberté d’énoncer : " je reste tant que je suis  satisfait " ! La fidélité dans le couple devient alors un temps une forme d’idéal, de refuge d’une valeur sûre parce qu’elle s’est libérée des chaînes d’une obligation morale à vie.

En revanche peu de couples résistent à l’ennui, à l’absence de stimulation d’excitation, à la routine.  C’est à ce moment là  qu’intervient le tiers dans la relation. Que le tiers soit virtuel (film pornographique) ou une personne réelle qui va venir troubler le cocon dans lequel le couple s’est installé.

Par voie de conséquence, 71% des personnes se trouvant dans des relations ouvertes ou poly-amoureuses sont satisfaites de leurs vie sexuelle ? Comment l'expliquer ? 

Etre heureux en relation libre part du concept de choisir de décider individuellement comme un être autonome de ce qui est bon pour soi et pour son épanouissement personnel. Il n’est donc pas étonnant que ce choix conduise à en être satisfait. Précisément parce que cela procède d’une décision libre. L’homéostasie conduit l’humain à valider ce qu’il vit pour ne pas être en déséquilibre interne mais en parfaite harmonie avec ses choix.

L’homme étant un être de relation, la liberté individuelle qu’il prône l’enferme parfois dans des comportements qui excluent l’autre. Pour la " relation sexuelle " la consommation sans limite masque parfois la recherche du partenaire " idéal " quand elle n’est pas pathologique. Elle est souvent une fuite en avant, un leurre. Elle conduit à la déception, et vient valider la croyance que ” il ” ou " elle " n’existe pas. Le Nirvana n’est pas encore de ce monde.  Si l’on considère que la satisfaction sexuelle bat son plein dans la nouveauté et la conquête c’est un mode satisfaisant. La société nous rattrape et la tendance à la monogamie vient nous rappeler que la culture entrave l’expression somme toute naturelle de notre sexualité. Alors peut-on imaginer à l’avenir que des stades successifs vont traverser notre vie : du libertinage à la monogamie une question de rencontre ?

Nous sommes des êtres en perpétuelles évolutions et nous pouvons passer d’un mode à un autre en y trouvant chaque fois un équilibre que l’on revendique et ne plus être dans une position immuable.

Toujours selon cette étude, 41% des Espagnols sont satisfaits de leurs relations sexuelles, quand les Français ne sont que 29% a se dire satisfaits. Comment interpréter ces chiffres qui paraissent faibles ? 

Je ne vois pas de raisons à cette différence. Dans les deux cas, ce sont peuples plutôt latin, de religion catholique avec des modes de vie de plus en plus comparables. En revanche les Espagnols ont quand même dépénalisé le canabis.

Sil faut vraiment trouver des raisons, je dirai d’une part que le sang " réputé chaud " des Espagnols serait un premier biais de l’étude. Le deuxième biais serait que les français ne sont jamais satisfaits!  Votre question nous montre à quel point les croyances ont la vie dure et ont comme conséquences que les Espagnols nous devancent dans les statistiques de satisfaction dans leurs relations sexuelles ! 

 

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