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Crédits Photo: Reuters
Le corps enseignant soutient de moins en moins François Hollande.

Espoirs déçus

-18 points par rapport à 2012 : Hollande en chute dans les intentions de vote chez les professeurs du secondaire pour 2017

Fidèle électorat de gauche, le corps enseignant semble tenir rigueur à François Hollande de la réforme du collège et plus généralement de ces 3 ans de mandat en tant que président de la République, selon un sondage exclusif Ifop pour Atlantico. Les voix se reporteraient en 2017 sur plusieurs autres candidats, mais Nicolas Sarkozy pourrait ne pas en profiter.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Avec en fond de toile la réforme du collège, que peut-on déduire de ce sondage aujourd'hui sur les intentions de vote des enseignants ?

 

Jérôme Fourquet : 3 ans après l'élection de François Hollande, il s'agit de se pencher sur les enseignants du secondaire à l'aune de la réforme du collège. Là on semble retrouver un schéma connu peut-être en 2002 et 2007 qui serait la résultante d'un double phénomène. D'abord on remarque une tendance générale, la désaffection dont souffre François Hollande y compris dans son propre électorat. Sa côte de popularité est en berne au niveau national, il n'y a pas de raison que cette baisse ne se retrouve pas dans l'électorat des professeurs. A cela s'ajoute, comme du temps d'Allègre et de Royal sans doute, l'impact de la question de la réforme du collège qui a amené les syndicats dans la rue, qui a distendue les liens et qui s'est soldée par la signature du décret le soir-même de la grande manifestation nationale. On peut penser que cela va laisser des traces durables et profondes. C'est dans ce contexte-là que nous avons sondés les enseignants du secondaire. On a un dévissage conséquent de François Hollande qui passe de 44% des votes en 2012 à 26% en termes d'intention de vote aujourd'hui. Une fois de plus cet électorat se détourne du candidat socialiste en partie pour des raisons catégorielles et professionnelles faciles à cerner : la réforme du collège.

Pour autant, le candidat de droite n'en bénéficie pas : Sarkozy est très bas. Les principaux bénéficiaires sont principalement les autres candidats de gauche, le total de l'extrême gauche est à 4 contre 1% à la présidentielles, c'est 3 points de plus, Mélenchon ferait 4 points de plus, Cécile Duflot (Eva Joly était candidate à l'époque) ferait 3 points de plus aussi, et Bayrou progresserait aussi. Bayrou serait au coude à coude aujourd'hui avec Hollande comme avec Royal en 2007.

Si Nicolas Sarkozy ne semble pas profiter du tout de ce désamour pour François Hollande, peut-on imaginer un report des voix sur Alain Juppé ?



On peut penser que l'aspect repoussoir qu'exerce Nicolas Sarkozy dans cet électorat-là ne serait pas aussi important en cas de candidature Juppé qui, au-delà de son image plus consensuelle, pourrait se targuer du soutien de Bayrou. De là à penser que l'ensemble des voix enseignantes aujourd'hui tentées par un vote Bayrou puisse être transférées sur Jupé, c'est aller un peu vite en besogne. Une part importante se perdrait en route. Mais effectivement Juppé dans une cible électorale comme celle-ci ferait bien mieux, à fortiori si Bayrou n'était pas le candidat, et que Nicolas Sarkozy était en concurrence avec Bayrou.

En regardant en bas du tableau, sur le vote à la présidentielles, si l'on regarde la ligne horizontale relative à François Hollande,  parmi les professeurs ayant voté pour lui en 2012, 57% seulement, parmi ceux allant voter, revoteraient pour lui en 2017. 10% iraient vers Mélenchon, 10% vers Duflot, et 20% vers Bayrou. La dispersion est très claire. Il s'agit donc des mêmes mécanismes qu'en 2002 et 2007, la situation est très sérieuse pour le PS.

Que sait-on du vote en général du corps enseignant à travers les dernières élections présidentielles ? Est-il fidèle au PS ?

Ce groupe social est historiquement très marqué à gauche, cela s'est constaté tout au long des scrutins mais dont l'orientation à gauche ne se traduit pas toujours par un vote majeur en faveur du PS. Il y a eu plusieurs cas de figure lors des élections présidentielles récentes, où d'autres candidats de gauche ou du centre ont manifestement tiré leur épingle du jeu dans le corps enseignant au détriment des candidats socialistes. C'est très clair en 2002, on se souvient de la disqualification de Lionel Jospin à cause de la dispersion des voix de gauche, amplifiée dans l'électorat enseignant. Certes Lionel Jospin recueillait un score supérieur à la moyenne chez les enseignants et parmi l'ensemble des Français (19 contre 16), mais les candidats comme Christiane Taubira (6 points de plus), Noël Mamère (8 points de plus), et Jean-Pierre Chevènement (8 points de plus). Et une petite prime pour la gauche de la gauche. Il y avait donc une dispersion maximale de l'électorat enseignant sur les autres qui avait contribué, quand on connait le poids important des enseignants dans la sociologie de l'électorat socialiste, à la disqualification de Lionel Jospin. Ce dernier avait pâti en tant que Premier ministre et candidat de 10 ans très controversés et contrastés du passif creusé par son ministre de l'Education, Claude Allègre, avec le corps enseignant. Ce corps enseignant avait choisi délibérément choisi de voter pour d'autres candidats de gauche par rancune et mécontentement.

En 2007, de nouveau, une candidate socialiste Ségolène Royale qui fait certes mieux chez les enseignants que chez l'ensemble des français (31 contre 25). En niveau et en moyenne, il s'agit d'une configuration bien plus favorable que celle de Jospin 5 ans avant. Mais une tentation de la dispersion se manifeste encore. Et François Bayrou fait quasiment jeu égal avec le PS soit 30% et 11 points de plus que dans l'ensemble de la population. L'électorat enseignant n'est pas devenu centriste pour autant. Cet électorat n'est pas de droite donc quand il ne vote pas à gauche, son choix se porte sur le centre. Un tropisme centriste est plus important chez les enseignants que dans l'ensemble des français. Ensuite Bayrou lui-même enseignant avait envoyé une série de signaux à ce corps professionnel en campagne en 2007. Un certain nombre de sorties de Ségolène Royal pendant la campagne sur la question de l'éducation et notamment du temps de travail des professeurs a été très mal perçu.

En 2012, on a une espèce de retour à la normal puisque François Hollande bénéficie d'un soutien massif des professeurs (44% au premier tour soit 16 points de plus que la moyenne nationale). Il avait fait un sans-faute et des annonces avaient été faites comme la mesure phare de la création de 60.000 postes d'enseignants. Bayrou est au-dessus de sa moyenne mais pas autant qu'en 2007. Et les autres candidats ne bénéficient que d'un très léger survote du corps enseignant. L'électorat est très majoritairement à gauche : près de 2/3 des enseignants votent à gauche. Les leçons de 2002 et 2007 ont été pleinement tirées, aucune faute n'est commise pendant la campagne.

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