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63% des Français se déclarent favorables à l'intervention militaire au Mali.
63% des Français se déclarent favorables à l'intervention militaire au Mali.
©Reuters

Sondage

- 13 points : forte baisse du soutien des Français à l'intervention au Mali

Sondage Atlantico/Ifop. Le niveau d'adhésion des Français à l'intervention militaire au Mali a progressé en fonction des succès rapides des forces sur le terrain. Alors que nous entrons dans une nouvelle phase du conflit, l'opinion se tasse.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Le niveau d'adhésion à une intervention militaire de la France au Mali

Question : Vous savez que des troupes françaises ont été engagées militairement au Mali pour lutter au côté du gouvernement malien contre des mouvements islamistes armés. Vous personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à cette intervention militaire française ?

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Jérôme Fourquet : En analysant l’évolution de l’opinion depuis le début de l’intervention, on s’aperçoit qu’on a un niveau de soutien et d’adhésion qui est tout de suite élevé (63%). Alors que le mouvement naturel est plutôt à l’érosion sur les précédents conflits, on s’aperçoit ensuite qu’il existe une progression qui va correspondre au succès rapide des forces françaises sur le terrain (prise de Gao et de Tombouctou) et à la visite de François Hollande dans le pays (73%).

Nous sommes aujourd’hui dans une nouvelle phase, où l’on peut voir un tassement assez brutal de l’ordre de 13 points (60%). Il y a donc eu un pic d’adhésion au moment des succès les plus éclatants. Maintenant que "le plus facile a été fait", et que la situation parait moins évidente, l’opinion publique reste majoritairement acquise à l’intervention mais il existe tout de même un mouvement de repli assez net.

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Jérôme Fourquet : Tout le monde baisse d’environ 10 points alors que l’électorat PS reste à 80%. Les sympathisants UMP demeurent quant à eux favorables à l’intervention à 60%. Pour la Libye, c’était l’exact contraire. C’était les sympathisants de droite qui soutenaient l’intervention à 80%. Il existe donc une logique un peu partisane qui renforce le soutien existant.

A gauche, la dimension pacifique historiquement revendiquée, est battue en brèche par le réflexe partisan. Au Front de gauche, où il existe aussi une dimension pacifiste et non interventionniste revendiquée, l’adhésion s’élève à 62%.

Au Front national, nous sommes uniquement à 50% d’adhésion. On aurait pu penser que cet électorat, qui est très remonté contre l’islamisme et qui partage des valeurs patriotiques et cocardières, se serait mobilisé davantage. Je crois que c’est une illustration parfaite de la tentation isolationniste, de repli, de l’électorat FN. Ils voient dans cette opération de l’argent et du sang français gaspillés loin de la mère patrie.

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Jérôme Fourquet : Nous avons toujours la même structure de soutien. Les hommes soutiennent plus l’intervention que les femmes, et cela se retrouve dans tous les conflits (70% contre 51%). Les personnes plus âgées soutiennent davantage le conflit que les jeunes (62% contre 54%) et enfin les CSP+ (cadres, professions libérales, etc) sont davantage favorables à cette intervention que les ouvriers et les employés (67% contre 53%). Pour les plus jeunes, pour les milieux populaires et pour les femmes, dans une situation plus précaire et plus inquiets sur le quotidien de ce qui se passe en France, l’opportunité d’une telle intervention apparaît moins visible.

Il est intéressant de remarquer que cette structure se renforce dans la mesure où si la baisse de 13 points se constate dans toutes les catégories de la population, elle est plus appuyée là où le soutien était déjà plus faible. Par exemple, nous avons une baisse de 10 points chez les hommes, 15 points chez les femmes, 12 points chez les plus âgés et 15 points chez les jeunes.

Nous pouvons également noter que l’agglomération parisienne soutient bien plus l’intervention que la France rurale. En résumé, les catégories les plus fragilisées et les moins diplômées, sont les moins en soutien et baissent le plus.

Comparatif : le niveau d'adhésion à différentes interventions militaires à l'étranger

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Jérôme Fourquet : On constate que, un mois et demi après l’intervention, nous sommes à 60% pour le Mali alors que nous étions à 54% pour la Libye. Sur le Mali, par rapport au début de l’intervention, nous constatons une perte de trois points. Nous étions sur une perte de 12 points pour l’intervention en Libye.

Le schéma libyen montrait une érosion assez continue et régulière. Au bout de quatre mois après le début de l’intervention, nous étions passés sous la barre des 50% alors même qu’il n’y avait pas de victimes françaises. Cette érosion s’expliquait par un phénomène lassitude, le sentiment que le conflit s’éternisait, qu’il allait coûter cher, et que le régime de Kadhafi ne vacillait pas encore.

Sur le Mali, le schéma est différent. On est parti d’un niveau élevé, puis on est monté crescendo pour redescendre brutalement par la suite. Or, sur le mois et demi de conflit, on est sur une perte assez limitée.

Alors que l’on parle de risque d’enlisement, pour l’instant, en termes d’opinion, le pouvoir en a encore sous le pied. La ligne rouge se place à 50%. Ensuite, cela sera compliqué à gérer pour le président de la République.

L’exemple libyen montre que pour franchir la barre des 50% d’opinions défavorables, cela avait pris environ 4 mois. Un bilan plus précis de l’opinion française sur cette intervention au Mali pourra donc être établi à l’été prochain.

Méthodologie 

Ce document présente les résultats d’une étude réalisée par l’Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l’enquête par sondage. Les enseignements qu’elle indique reflètent un état de l’opinion à l’instant de sa réalisation et non pas une prédiction.
Aucune publication totale ou partielle ne peut être faite sans l’accord exprès de l’Ifop.

Précision relative aux marges d'erreur

La théorie statistique permet de mesurer l’incertitude à attacher à chaque résultat d’une enquête. Cette incertitude s’exprime par un intervalle de confiance situé de part et d’autre de la valeur observée et dans lequel la vraie valeur a une probabilité déterminée de se trouver. Cette incertitude, communément appelée "marge d’erreur", varie en fonction de la taille de l’échantillon et du pourcentage observé comme le montre le tableau ci-dessous :

Exemple de lecture du tableau : dans le cas d’un échantillon de 1000 personnes, si le pourcentage mesuré est de 10%, la marge d’erreur est égale à 1,8. Le vrai pourcentage est donc compris entre 8,2% et 11,8%

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[1] Sondage Ifop pour La Lettre de l’Opinion réalisé par questionnaire auto-administré en ligne du 12 au 13 janvier 2013 auprès d’un échantillon de 1021 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

[2] Sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche réalisé par téléphone du 17 au 18 janvier 2013 auprès d’un échantillon de 1005 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

[3] Sondage Ifop pour Midi Libre réalisé par questionnaire auto-administré en ligne du 4 au 6 février 2013 auprès d’un échantillon de 959 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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