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©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Papier Betbeze

1050 milliards pour la BCE, 700 milliards de dollars pour le budget américain, 50 milliards d’euros pour le Français… d’où vient tout cet argent ?

Pour lutter contre le virus, les Etats du monde entier comptent débloquer des milliards d'euros. Mais d’où vient tout cet argent ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Du crédit ! Pas d’un trésor trouvé devant la BCE, dans le parc de la Maison Blanche ou du Palais de l’Élysée. La Banque centrale européenne a décidé de bousculer toutes ses limites. Elle va acheter 750 milliards d’euros de bons du trésor des États de la zone euro jusqu’à décembre, plus les 120 qu’elle avait déjà prévus, plus les 20 qu’elle achetait avant, chaque mois. Égale : 1050 milliards jusqu’à la fin de l’année ! Et il lui sera possible d’acheter des bons du trésor grec, pour éviter la faillite de l’État, et plus encore du trésor italien, au-delà de ses limites antérieures. Et comme cela peut ne pas suffire, la BCE va acheter plus d’obligations d’entreprises privées et leurs billets de trésorerie. Et comme ce peut ne pas suffire, elle va financer au taux de -0,75% les banques pour couvrir jusqu’à la moitié de leurs crédits, ce qui est essentiel pour les Grandes Entreprises et vital pour les PME. Et comme les déficits budgétaires explosent partout, en liaison avec la chute de l’activité et les mesures de soutien, l’Union européenne annonce la suspension des règles de « discipline budgétaire » qui tentaient, tant bien que mal, de freiner la dérive italienne ou (aussi) française. Et ce n’est rien par rapport à ce qu’annoncent les États-Unis : des taux à 0%, un nouveau programme de soutien budgétaire de 750 milliards de dollars qui s’ajoute aux 1 100 milliards de dollars du déficit prévu !

Qui va financer tout cela ? L’épargne ? Non, elle ne suffira pas. Les États-Unis aspirent déjà l’épargne du monde : elle se rue sur le dollar qui monte, à tel point que les banques centrales européennes, japonaise, suisse, britannique doivent recycler plus et plus vite les dollars qu’elles reçoivent, contrepartie des euros, yens, Francs suisses, Livres qui ont été vendus pour acheter ces fameux dollars ! C’est bien le dollar qui gagne dans cette crise ! Jusqu’à maintenant diront certains, mais non : c’est « la meilleure monnaie » !

En zone euro, en se disant que la récession sera massive, 5% au total de PIB perdu sur toute la durée de la crise (?), personne n’ose faire de calculs précis. On se demande qui financera ces milliards promis partout. D’abord ce seront les États qui le peuvent, étant en excédent budgétaire et peu endettés : Allemagne, Pays-Bas et Autriche. Ils vont solliciter les marchés, qui répondront sans problème et il y aura alors moins d’épargne européenne disponibles pour financer les États-Unis : à la guerre comme à la guerre ! Pour l’Allemagne par exemple, les rendements continuent d’être négatifs, montrant à quel point ce pays reste, en zone euro, « le lieu sûr ». Mais il y a des limites à tout, même en Allemagne, compte tenu de la montée récente des cas de COVID-19 dans ce pays : 21 000 avec peu de décès (900), l’essentiel des personnes touchées étant hospitalisées : 20 100. La France vient de réussir une série d’emprunts publics pour plus de 7 milliards d’euros à taux encore (légèrement) négatifs, mais il n’est pas bien sûr que ceci dure encore dans le futur, compte tenu de l’annonce d’un paquet de soutien fiscal de 45 milliards.

L’essentiel sera monétaire. La BCE a ainsi décidé, outre les milliards d’euros consacrés aux achats d’obligations, de financer les banques sur un an, sans limite, à -0,75%. En même temps, les normes prudentielles sont assouplies et les stress tests repoussés. En France, soutien budgétaire supplémentaire, 300 milliards d’euros de crédit sont garantis pour les entreprises, grandes, petites et moyennes et les banques vont accepter des moratoires sans pénalités. En Allemagne : garantie de 90% des crédits en cas de contrainte de liquidité, soutien aux TPE et PME (commerçants, hôtels, restaurants…), sans oublier des moratoires sur les prêts immobiliers en Espagne et en Italie : les soutiens budgétaires aux crédits sont partout.  La liste est longue des mesures qui sont prises, liées aux problèmes de chaque pays, donc difficiles aussi pour dessiner une politique homogène au niveau de la zone. Et, dans le monde entier, des politiques monétaires, prudentielles, budgétaires sont prises, avec des intensités différentes, en fonction des moyens de chacun. Tous les pays ne peuvent s’offrir un bazooka de la taille américaine ou européenne.

L’essentiel viendra donc du crédit… qu’on accorde aux pays ou aux zones, donc à la monnaie de chacun. Aux États-Unis, contre le COVID-19, il y a le dollar, l’euro ici, le Yuan en Chine, le Yen au Japon. Mais la Livre sterling est moins résistante, et que dire des monnaies du Mexique, du Brésil, de l’Afrique du Sud ? Pour lutter contre le virus, l’argent mobilisé vient de celui qu’on a, de son épargne et de celui qu’on attire, et bien plus de la monnaie qu’on est capable de créer sans inquiéter sur la qualité même de cette « monnaie». Contre la crise humaine sociale et économique viennent les comportements de chacun, d’abord et surtout, puis les soutiens budgétaires et monétaires, pour autant que tiennent les « petites » monnaies par rapport aux grandes. C’est là qu’il faut agir maintenant, pour éviter les dévaluations en cascade qui se préparent.

D’où vient cet argent ? Du fait d’avoir, avec l’euro, « l’autre monnaie mondiale ».

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