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Quand DSK inventait les 35 heures...
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« Les hommes de l’ombre »

Quand DSK inventait les 35 heures...

L'enquête des journalistes Elisabeth Chavelet et Mariana Grépinet explore la toile d'araignée que les candidats à la présidentielle de 2012 ont tissée dans la plus grande discrétion depuis des années. Extraits en exclusivité de leur livre « Les hommes de l’ombre » (1/2).

 Elisabeth Chavelet et Mariana Grépinet

Elisabeth Chavelet et Mariana Grépinet

Elisabeth Chavelet est rédactrice en chef adjointe à Paris-Match. Mariana Grepinet est journaliste à Paris-Match.

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Sarkozy et Le Monde

Directeur général délégué de la banque Lazard et co-acquéreur du Monde avec Pierre Bergé et Xavier Niel, Matthieu Pigasse raconte : « Lors d’une des cérémonies des vœux en janvier 2010, le chef de l’État a pris à part Louis Schweitzer, qui était à l’époque Président du conseil de surveillance du Monde, en lui enjoignant : “Je ne veux pas de ces gens-là".  En mai suivant, il convoque au Château le directeur du journal, Éric Fottorino, pour revenir à la charge, en plus cru : “Vous n’allez quand même pas vous jeter dans les bras de ce Xavier Niel, ce pornographe qui a fait sa fortune dans le Minitel et les peep-shows, dans ceux de Matthieu Pigasse et de Pierre Bergé, qui vont servir à la présidentielle de tremplin pour DSK.” » La dissuasion ne s’arrête pas là. Matthieu Pigasse poursuit : « Il a lâché ses chiens de garde pour nous barrer la route. Alain Minc, qui était autrefois un ami, qui avait appuyé mon entrée chez Lazard, appelait ici les dirigeants pour faire pression. Heureusement, Lazard est une grande maison. Ils m’ont dit : “Vas-y, on est derrière toi. À une seule condition : que tu gagnes.” Pour essayer de me faire perdre, Alain Minc est même allé chercher l’Espagnol Prisa qu’il conseillait, puis Claude Perdriel, et, pour compléter, Orange. » Le trio BNP a finalement gagné, mais le banquier, qui a aussi racheté Les Inrockuptibles, a des mots très durs : « Pour un chef d’État, ce sont des méthodes indignes. J’ai survécu aux blessures. Mais je n’oublie pas. » (D’autant que) l’exécutif ne manque pas, s’il le veut, de moyens de rétorsion. C’est ainsi qu’en l’espace d’un an, l’imprimerie du Monde a vu la quitter successivement Direct Matin, dont Bolloré est propriétaire, Le Journal du dimanche, qui appartient à Arnaud Lagardère, et Les Échos, de Bernard Arnault. Coïncidence ? En tout cas ce sont tous des proches de Nicolas Sarkozy. »

 

François Hollande, Premier ministre de DSK

« J’ai rencontré DSK le 29 avril dernier, raconte Jean-Pierre Elkabbach. Il m’a dit : “François a tort parce que le mandat présidentiel dure cinq ans. J’aurai besoin de deux Premiers ministres. Il peut même être un ministre d’État de grande qualité à Bercy.” Surprise : à la fin de notre conversation, j’ai senti que c’était François Hollande qui tenait la corde pour Matignon. DSK pensait qu’il était le plus prêt, le mieux préparé au rôle de chef du gouvernement. »

 

DSK, inventeur des 35 heures

« Sa « petite Martine », le financier Marc Ladreit de Lacharrière la connaît depuis plus de vingt ans : « En 1993, raconte-t-il, j’étais à l’origine, avec elle, de la FACE, la Fondation Agir contre l’exclusion. » Il a suivi son parcours de ministre des Affaires sociales de Lionel Jospin et il le dit solennellement : « Je peux témoigner devant Dieu que les 35 heures étaient une idée de DSK, mais une fois aux Affaires sociales, en bon petit soldat, c’est elle qui les a mises en musique. »

 

Sarkozy vu par un grand patron

« A 87 ans, Antoine Bernheim est le « héros » d’un livre flatteur intitulé « Le parrain du capitalisme français » (Grasset). Lui aussi était au Fouquet’s le fameux soir. (…) « Nicolas Sarkozy était chaleureux, humble, se souvient-il. J’ai apporté à son cabinet, qui n’était pas considérable à l’époque, la clientèle de Generali… Quand Cécilia était là, on se voyait beaucoup. On organisait des dîners. Le lendemain de son élection en 2007, alors qu’il était sur le bateau de Bolloré, il m’appelle “pour te dire que je te dédie ma victoire”. Depuis, Cécilia est partie, et il ne m’a pas invité une seule fois à l’Élysée. » Pire, il l’a insulté. Bernheim, depuis des mois, défendait Anne Lauvergeon, qu’il jugeait « courageuse et professionnelle ». Lors de la finale de la Coupe du monde de football, en mai 2010, Antoine Bernheim rappelle au président que les résultats d’Areva sont très corrects. Réponse cinglante de ce dernier : « Oui, mais c’est moi l’actionnaire… Et puis, tu as été foutu à la porte de Generali. » Ce jour-là il avait envie d’être publiquement désagréable. Bernheim, lui, est tristement lucide : « Il y a vingt ans, j’étais un seigneur de Lazard et lui n’était rien du tout. Aujourd’hui, je suis un simple manant et il est chef d’État. » Le manant lui a seulement répliqué : « Nicolas, tu as la mémoire courte… Mais je sais que la reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme. » Rideau. Voilà un grand mondain, pilier du dîner du siècle, qui ne militera pas pour sa réélection ! »

 

A suivre, demain : « Hollande et l’organisation « en toile d’araignée » de Mitterrand », « Le "Premier cercle" de Sarkozy », « Martine, Jacques et Clémentine » et « Les prédictions du numérologue ».

 

A lire : Interview de Mariana Grépinet et Elisabeth Chavelet sur Atlantico

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Élysée 2012, Les hommes de l’ombre, de Mariana Grépinet et Elisabeth Chavelet, Robert Laffont (22 septembre 2011).

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