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Mardi 23 Septembre 2014 | Créer un compte | Connexion
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Web-documentaires : ce que spectateur veut… (tu ne lui donneras pas)

Pierre Guyot prônait dans sa récente tribune sur Atlantico l’émergence de « web-documentaires populaires », qui se focaliseraient sur ce qu'attendent les Internautes. Mais il se trompe de combat : les œuvres qui deviennent populaires sont celles que l’on apprend à faire aimer.

Contre attaque

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La tribune de Pierre Guyot sur le meme sujet : “C’est mon tour” (de France) : quand le web-documentaire devient populaire 

Il fallait se pincer pour ne pas imaginer dans la profession de foi de Pierre Guyot sur Atlantico une note de duplicité humoristique.

Le journaliste, également producteur de documentaires, y défendait, en même temps que le lancement d'une application web sur le Tour de France ("C'est mon Tour !"), un point de vue iconoclaste sur le documentaire. Son visionnage serait conditionné, "comme pour le documentaire télévisuel, par un déterminisme culturel, fort souvent lié au déterminisme social". Mais surtout, l’homme de plaider pour "une création numérique populaire, capable de dire au public, à tous les publics, que les web documentaires peuvent s’adresser à tous".

Si la première partie de sa tribune révèle quelques vérités, sa façon d’y répondre est pour le moins simplificatrice. Car ici, la formulation, les mots employés sont bien souvent des révélateurs de la pensée qui sous-tend aux écrits. Ici même comme ailleurs (en politique par exemple), les raccourcis sémantiques dressent une carte mentale de l'idée de culture, et de l'objectif qu'on lui assigne. Chez Pierre Guyot, la cible est claire : les webdocumentaires trop compliqués, aux sujets pas assez fédérateurs. Et au lieu d'entrer dans le détail de ce qui, parfois, pèche dans ces œuvres, il s'en tient à un crédo qui doit, pour lui, guider la création sur le web : s'adresser à tous les publics.

Pour Pierre Guyot, le web devrait faire comme la télé, s’adresser aux "masses" alors même que le web permet enfin de s’en affranchir et d’exister par niches, qu'il convient d'essayer d’agrandir. Au nom de quoi le documentaire (et son avatar web, tout autant), né d'une longue tradition qui doit au regard d'auteur et à la défense du point de vue contre toute forme de vox populi, devrait désormais, au prétexte que la "révolution technologique" nous le permet plus aisément, à tout prix être attirant et parler à tous ? D'où vient cette obsession commune aux directeurs de chaîne et aux journalistes polémistes, de ne voir produits que des "objets" que tout le monde puisse comprendre (comprenez : sans effort, naturellement, comme un bon programme familial "concernant" comme le Tour de France) ?

La réponse est peut-être à trouver du côté de cet axiome de l'offre et de la demande qui, de la sphère économique, a gangréné depuis belle lurette le monde des médias. Pierre Guyot n'exprime pas autre chose que l'antienne religieuse de l'audimat. Cesser de se poser la question de l'œuf ou de la poule, c'est accepter de facto que c'est la demande qui conditionne l'offre de programmes. Et encore, une demande biaisée, transformée par la paresse de celui qui "offre" : si le spectateur veut du simple, du convivial, du pas chiant, pourquoi ne pas lui donner (surtout si cela évite de se poser des questions de fond et de forme) ? "Ce que spectateur veut, doit être accompli", c'est un peu ce qu'on pourrait lire au frontispice des créateurs de contenus, plus que bienvenus sur le Net, en lieu et place des artistes indélicats. Car au final, tout documentaire qui explore, sur le web, une nouvelle méthode narrative, un sujet difficile, constituera certes un "webdocumentaire passionnant et bien fait", mais risquera d'enfermer le "webdocumentaire et le crossmedia" dans un "carcan". Heureusement, il ne s'agit pas "de dénoncer un quelconque sectarisme". Ouf, nous voilà rassurés !

 
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Nicolas Bole

Nicolas Bole est réalisateur de documentaires et de fictions.

Il est aussi rédacteur en chef webdocumentaires / nouveaux médias pour Le Blog Documentaire.

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