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Les vraies raisons de la présence russe en Syrie

Le conflit en Syrie est aussi, pour la Russie, un théâtre d'opération qui sert à la promotion de ses moyens militaires.

Le théâtre d'opération

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Les vraies raisons de la présence russe en Syrie

Atlantico : Dans quelle mesure le théâtre d'opération syrien a-t-il pu être un camp d'entraînement, de test, et de "promotion" des capacités militaires russes, aussi bien du point de vue du matériel que des hommes ? 

Alain Rodier : Même si l’objectif géostratégique de Moscou en Syrie est autre (c/f ma réponse à votre troisième question), il est parfaitement exact que le théâtre de guerre syrien est un gigantesque camp d’entraînement, d’expérimentation des matériels et des tactiques et d’acquisition d’expérience pour les personnels.

C’est terrible à dire, mais il n’y a rien de pire pour l’efficacité technique d’une armée que le temps de paix. Bien sûr, à l’autre extrémité de la chaîne, une guerre totale est aussi très handicapante car elle mobilise tous les moyens et toutes les énergies. Cela dit, la Seconde Guerre mondiale a permis de faire des progrès technologiques faramineux avec des retombées dans de multiples domaines dont ceux de l'aviation et du nucléaire civils...

Au risque de paraître cynique, pour les militaires, rien ne vaut un « bon petit théâtre extérieur » pour s’entraîner en grandeur nature.

Sur le plan des personnels russes, le tour de présence est de trois mois. A l’évidence, cela n’est pas destiné à obtenir une efficacité opérationnelle optimum sur le terrain, les officiers commençant à vraiment être au point qu’au bout de cette période. Mais cela permet à un maximum de cadres d’acquérir une expérience du combat exceptionnelle et aussi, à la hiérarchie de faire une évaluation des compétences. Un officier brillant "à l'exercice" peut avoir de piètres résultats sur le terrain de la guerre réelle qui révèle les vraies personnalités.  Mais cela a un prix. Au début 2018, les Russes reconnaissaient 43 militaires tués dont deux officiers généraux - auxquels il faut ajouter plus d’une centaine de contractors -. En aparté sur ce sujet, les sociétés militaires privées (SMP) en Syrie sont là pour faire ce que l’armée régulière russe ne fait pas : les gardes statiques, particulièrement des installations pétrolières, les escortes, la formation de fantassins de base, etc.

Sur le plan matériel, lorsque la marine russe engage des missiles de croisières tirés de Méditerranée ou de la Caspienne pour détruire quelques véhicules 4X4 au fin fond du désert syrien, ce n’est pas l’efficacité tactique qui est visée (cela fait cher la cible détruite) mais cela permet de tester ces armements modernes. Des tirs ont même eu lieu à partir de sous-marins, parfois en plongée ! Idem pour les missiles lancés depuis des bombardiers stratégiques qui font le périple depuis la Russie, larguent leurs munitions au dessus de l’Iran, ces dernières traversant l’Irak du Nord pour aller détruire des bâtiments peut-être vides … En plus des tests, cela permet aussi à Moscou de montrer aux autres pays, surtout à ceux qui sont membres de l’OTAN, que la Russie est dotée de capacités militaires redoutables. Les alliés occidentaux ont d’ailleurs été étonnés des techniques sophistiquées de guerre électroniques mises en œuvre depuis la base de Hmeimim. Or cette guerre n’était dirigée contre les rebelles djihadistes mais contre l’aviation alliée.

 
Commentaires

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  • Par zelectron - 11/01/2018 - 19:30 - Signaler un abus au début de cette guerre bien

    au début de cette guerre bien plus prosaïquement les russes ont cherché à protéger leurs intérêts financiers. La dette d'Assad se montait à 19 milliards de $, à comparer aux 8 milliards que leur devait Kadhafi sur lesquels ils ont mis une croix malgré les "assurances" des occidentaux du genre "on ne vous laissera pas tomber". Instruits par ce lâchage les russes ont décidé de faire cavalier seul en Syrie et de se payer en pétrole. L'article décrit la suite me semble-t-il tout à fait exacte.

  • Par Mamounette - 12/01/2018 - 18:40 - Signaler un abus Le rêve ders Tsars

    Le rêve des Tsars était d'arriver à la Méditerranée, l'URSS aussi et c'est Poutine qui veut restaurer la grandeur de la "Sainte Russie" qui ve la rea

  • Par Mamounette - 12/01/2018 - 18:46 - Signaler un abus La fin

    C'est Poutine qui veut restaurer la grandeur de la "Sainte Russie" qui va le réaliser. Marc Bloch disait : "Le présent se lit à la lueur du passé", voila une belle démonstration de cette phrase. Jupiter devrait méditer la phrase de Marcel Bloch, il ferait moins de "C.....". A l'ENA on ne leur apprend pas grand chose sur le passé historique des nations et c'est un tort.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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