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Et le vrai sujet qui aurait dû être posé au bac philo 2018 est...: comment contrôler les flux migratoires sans perdre notre âme ?

C'est certainement le vrai dilemme que vont devoir affronter les Européens les prochaines années : comment gérer la question migratoire ? Sur quelles valeurs se fonder ? Mercredi 20 juin, c'est la Journée mondiale des Réfugiés.

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Et le vrai sujet qui aurait dû être posé au bac philo 2018 est...: comment contrôler les flux migratoires sans perdre notre âme ?

Atlantico : Selon un sondage IFOP Pour Atlantico 58% des Français ne sont pas favorables au fait d’accueillir  une partie des migrants répartis sur les côtes grecques et italiennes. Dans de nombreux pays européens, notamment en Allemagne et en Italie, la question des migrants est une source de fortes dissensions. De telles dissensions ont lieu également aux Etats-Unis où, sous prétexte de s’attaquer à la question migratoire l’administration Trump sépare les enfants de leurs parents en balayant les valeurs d’humanité défendues par l’Occident.

Cette question des migrants ne pose-t-elle pas un problème philosophique ?  Et ce problème ne vient-il pas de ce que deux logiques sont en présence à savoir 1 la logiques des valeurs de l’Occident symbolisées par les droits de l’homme, le respect de la dignité humaine, l’accueil et l’hospitalité, 2. Le désir des populations occidentales de préserver leur identité et de sauvegarder les équilibres économiques, sociaux et politiques face à l’afflux des migrants, au trafic lié à la vague migratoire, à l’effet d’appel que provoquent l’accueil et l’hospitalité, aux troubles politiques que cet effet engendre ? Est-il possible de concilier le respect du droit d’asile avec le souci de conserver son identité et le souci de conserver son identité avec le respect du droit d’asile ?

 

Bertrand Vergely : La vague migratoire à laquelle nous assistons depuis plusieurs années pose la question de savoir jusqu’où il est possible d’aller. Jusqu’où peut-on fermer ses frontières et repousser ceux et celles qui viennent chercher un asile en Europe ? Jusqu’où est-il possible d’ouvrir ses frontières en accueillant tous ceux et toutes celles qui désirent trouver un asile en Europe ?

L’idée est qu’en encadrant l’immigration on parviendra à concilier le préservation de son identité et le devoir d’hospitalité. Au Canada c’est ce qui se passe à travers le concept d’immigration choisie. 

Ce qui est possible pour le Canada ne l’est pas pour l’Europe. Le Canada est loin de l’Afrique, du moyen Orient ainsi que de l’Asie centrale. Pour ces contrées Il n’est accessible que par air. Ce qui limite m’immigration de masse. L’Europe est proche de ces contrées et est accessible par terre ou assez facilement par mer.  

Plus généralement, deux choses empêchent de concilier ces deux exigences. D’abord le nombre. On peut accueillir quelques milliers de demandeurs d’asile par an. Quand on a affaire à des centaines de milliers d’entre eux qui déferlent par an, la question de l’accueil devient un casse tête. Submergé par cette vague on ne sait pas quoi faire, comment faire ni avec quels moyens. 

 En outre, il y a le choc des cultures. On peut accueillir des populations qui s’intègrent. Mais, comment faire quand elles ne s’intègrent pas voire même quand elles ont décidé de ne pas s’intégrer ? 

D’où la question philosophique qui est posée à savoir celle des limites de l’hospitalité, cette question plongeant au cœur des racines chrétiennes de l’Europe ainsi que de l’héritage des Lumières. 

Le christianisme a comme vocation de s’adresser à tous en dépassant les clivages communautaires. Dans l’Évangile c’est l’image du bon Samaritain qui incarne cet idéal (Luc 10, 29-37).Avec ce qui se passe actuellement, constatons le, cette image est quelque peu bousculée. Quand on a affaire à un appel de détresse il est juste de porter secours et d’accueillir. Mais quand on a affaire à des gens qui ont décidé de s’installer chez vous, que faire ? Est-on encore dans l’appel à l’aide ? Une invasion est-elle un appel à l’aide ? N’est-elle pas autre chose  qu’il convient de nommer autrement ? La preuve. Il est question aujourd’hui de trier les migrants et de procéder à des retours à la frontière. Et ce parce que les autorités font la distinction entre demande d’asile pour raisons politiques et immigration économique.  La vague migratoire n’est pas simplement liée à la détresse politique. Elle est liée aussi au désir de profiter de l’attractivité de l’Europe. Des associations chrétiennes, des ONG, des mouvements politiques ne font pas la différence. Au nom de l’Évangile ils proposent d’abolir les frontières. Sont-ils fidèles à l’esprit de l’Evangile ? Où est-il dit que, quand quelqu’un a décidé de venir vivre chez vous on est sommé de lui obéir ? Si un monastère accueille les voyageurs au nom de l’hospitalité en ouvrant ses portes il ferme aussi ces dernières, l’étranger qui est accueilli étant prié de respecter les règles du monastère en ne faisant pas sa loi. La question qui se pose aux chrétiens est celle de savoir ce que signifie l’accueil de l’autre. Accueillir l’autre est-ce accepter d’être envahi par lui ? L’Evangile ne dit pas ça. Certains chrétiens ont du mal à le comprendre. 

Par ailleurs, il n’y a pas que le christianisme qui est bousculé par ce qui se passe. L’héritage des Lumières est bousculé lui aussi. Quand le droit d’asile a été pensé il a été pensé dans le cadre de la répression politique. Pas pour une immigration de masse pour des raisons économiques. Aujourd’hui, constatons le, la question du droit d’asile et du demandeur d’asile est celle de savoir s’il ne va pas falloir penser à un devoir du demandeur d’asile et pas simplement à un droit. Déjà en Allemagne c’est ce qui est en train de se produire, aucun migrant accueilli ne faisant ce qu’il veut. En France, nous avons du mal à envisager cette perspective, le migrant étant pensé comme n’ayant aucun devoir, simplement des droits. En Allemagne les migrants sont pris en main, placés dans des villes et des villages et obligés de suivre des cours de langue. Cet encadrement heurte notre sens du droit et de la liberté. Nous sommes les héritiers d’une culture qui est encore très marquée par le climat utopique de la pensée 68. Pendant cinquante ans nous avons confondu utopie et philosophie en décrétant qu’était philosophique le fait d’être utopique, être utopique étant faire preuve de philosophie. Aujourd’hui, la question qui se pose à nous est la suivante : cette confusion entre utopie et philosophie est-elle encore pertinente ? Être philosophe, faire preuve de philosophie, cela ne va-t-il pas passer par le fait d’arrêter d’être utopique ? 

 

Laurent Chalard : Dans le monde, il existe deux postures face à la question de l'immigration. Il y a une posture dominante, qui considère que l'intérêt de l'Etat, qu'il soit mono ou pluriethnique, passe avant tous les autres intérêts. Cela sous-entend que l'intérêt premier d’un Etat est d'assurer la cohésion interne de ses populations et sa sécurité. Les personnes originaires de l'extérieur de cet Etat n'ont pas vocation à être considérées comme ayant priorité sur les gens qui sont à l'intérieur de l'Etat. Les règles ne sont donc pas les mêmes pour les personnes qui sont à l'intérieur que pour celles qui sont à l'extérieur. Il s’ensuit que  la structuration et la cohésion interne de la société est plus importante que des conditions humanistes au niveau de la gestion des flux de migrants à l'international. Cette posture domine, bien évidemment, dans les Etats autocratiques, tels que la Chine ou la Russie, mais aussi dans des Etats démocratiques d’Asie, comme le Japon ou la Corée du Sud, ou d’Europe orientale, comme la Pologne, ainsi que dans de nombreux autres pays de la planète, mais ce n'est pas une vision partagée en Occident.

La vision occidentale, très minoritaire à l’échelle du globe, est différente puisque celle-ci considère que les droits des individus sont plus importants que l'intérêt d'un Etat et que la cohésion de la société interne de cet Etat. S'il y a des flux de réfugiés qui fuient des pays pour diverses raisons, en particulier pour des questions de guerre, les pays en question se doivent de les accueillir au nom des droits de l'homme, quelles que soient les conséquences sur la cohésion de leur société. 

On voit bien ici que ce sont deux visions politiques et philosophiques totalement différentes. La vision dominante est celle où la cohésion interne de la société prime alors qu'en Occident, c'est l'intérêt de l'individu qui prime. Cette différence est très intéressante parce qu’elle nous dit beaucoup de choses sur la société occidentale actuelle, nous montrant que l'individualisme a pris le dessus sur le collectif. L'idée de nation, de partage de valeurs communes, a pris le dessous sur l'individu. Un individu, quel qu'il soit et d'où qu'il vienne, a des droits et l'Etat d'une société développée se doit de remplir ses devoirs vis à vis de lui. C'est une vision universaliste et post-étatique, dont l’Union Européenne constitue l’exemple-type. Cette opposition est relativement récente puisqu’elle n’a pas toujours existé, pouvant s’expliquer par le traumatisme des dérives sanguinaires de l’Etat-Nation en Europe avant 1945 et le triomphe de l’individualisme produit de la société de consommation.

>>> A lire aussi sur Atlantico : Sondage exclusif : 67% des Français pensent que l’Aquarius ne devait pas être accueilli par la France. Et sur l’immigration au sens large, l’humeur générale est rude...<<<

 

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 20/06/2018 - 12:54 - Signaler un abus Question

    Le droit d'asile n'est pas le problème. Si depuis quarante ans seuls les demandeurs d'asile avérés étaient entrés et restés cela ne poserait aucun problème. Ce sont tous les autres qui posent problème. Si on est précis et qu'on ne mélange pas tout les choses sont plus claires et trouvent plus facilement des solutions.

  • Par vangog - 20/06/2018 - 22:28 - Signaler un abus Les vrais demandeurs d’asile constituent 5% des clandestins...

    les autres sont des islamistes ou opposants expulsés par des gouvernements qui profitent de la naïveté de l’occident, des opportunistes attirés par la manne sociale des enfers sociaux comme la France, de pauvres bougres exilés de leur pays et dépouillés par les mafias de passeurs, en collusion avec les caritativo-gauchistes subventionnés par l’ONU...d’ailleurs, les vrais réfugiés reviennent dans leur pays lorsque la guerre est finie...mais la très grande majorité des vrais réfugiés de Syrie a préféré se réfugier en Jordanie, au Liban...et ils sont déjà retournés en Syrie! (Ah! L’AFP gauchiste ne vous l’a pas dit?...)peut-être a-t-elle intérêt à prolonger l’amalgame entre les 5% de vrais réfugiés et les 95% de vrais clandestins, mais faux-réfugiés...cet article semble participer de cet amalgame...

  • Par J'accuse - 21/06/2018 - 09:11 - Signaler un abus Réponse

    C'est en contrôlant les flux migratoires qu'on préserve notre âme, certainement pas par l'impuissance de l'UE, la disparition des frontières, la soumission aux trafiquants, l'incapacité à accueillir des migrants dignement en étant submergés par le flot.

  • Par cloette - 21/06/2018 - 12:21 - Signaler un abus la mafia des passeurs

    s'ébroue dans le marigot européen .

  • Par Mario - 21/06/2018 - 13:41 - Signaler un abus j'ai entendu sur BfM ou

    j'ai entendu sur BfM ou cnews, des gens qui nous expliquaient gentiment, qu'il fallait faire preuve de pédagogie pour que les peuples comprennent qu'à long terme, l'immigration est une chance pour nos nations , ne serait ce que pour payer nos retraites. En fait , ils nous sauveraient de la paupérisation. J'ai envie de dire à ces bons docteurs que je préfère être pauvre dans ma culture que riche dans une culture qui ne sera pas la mienne et surtout que je n'ai pas choisi. De plus qui me dit que leurs prédictions seront les bonnes. On nous dit aussi que ces mêmes migrants ne veulent pas venir chez nous à cause du manque de boulot et du mauvaise accueil qu'on leur réserverait. hors suite à l'affaire de l'aquarius, on apprend que la moitié des passagers , donc 300 sur 600, veulent venir chez nous . Alors une hirondelle ne fait pas le printemps,ok. mais ce que je vois autour de moi n'est pas le fait d'une forte augmentation du soleil et de son pouvoir à activer la mélanine. On nous prend pour des imbéciles et cela finira mal.....

  • Par cloette - 21/06/2018 - 15:57 - Signaler un abus Ces migrants sont utiles à une très petite minorité

    Les "1%" . Pas à nous qui sommes "riches" ou "pauvres" . Sinon comment expliquer que leur passage à chaque misérable ( 3000€)dans le rafiot puisse être payé . D'autre part les églises surtout chrétiennes se sentent obligées de plaider pour leur cause, c'est normal, mais je me demande si elle sont dupes .Pourquoi ne pas oeuvrer collectivement en effet pour un développement des continents concernés, cette affaire n'est pas claire . Mais ce n'est pas nouveau , voir les hauts faits de la "Françafrique" ...

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Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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