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Voyager est-il devenu plus dangereux dans un monde de bactéries résistantes aux traitements ?

Selon une étude menée par des chercheurs français et publiée dans Clinical Infectious Diseases, près de la moitié des voyageurs partis sous les tropiques ont à leur retour une ou plusieurs entérobactéries multirésistantes. Celles-ci se situent dans le tube digestif.

L’amour du risque

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Voyager est-il devenu plus dangereux dans un monde de bactéries résistantes aux traitements ?

Atlantico : Comment expliquer ce phénomène ? Où ces bactéries trouvent-elles leurs origines ?

Stéphane Gayet : Les bactéries ne sont pas nos ennemis, mais nous avons des ennemis parmi les bactéries. Les bactéries sont des êtres vivants microscopiques constitués d'une seule cellule. C'est la forme de vie la plus abondante sur terre (sol, eau, tégument et tube digestif des animaux). La très grande majorité des bactéries est non pathogène (non dangereuse pour l'homme) et même de surcroît utile (elles sont les agents infatigables de la transformation des éléments organiques devenus inertes : transformation des végétaux morts en humus, des aliments en nutriments dans le tube digestif de la plupart des êtres vivants, du lait en fromage, du jus de fruit en alcool - mais dans ce cas il s'agit le plus souvent de levures, c'est-à-dire de champignons microscopiques - etc.)

Les rapports de l'homme avec les bactéries sont complexes : elles sont présentes sur notre peau et nos muqueuses (bouche, gorge, tube digestif, cavité vaginale) et nous sont bénéfiques pour bien plus de 99,9 % d'entre elles : ces bactéries dites commensales (du latin : mensa, table à manger ; elles transforment nos aliments ou mangent nos détritus naturels sans nous nuire) et non pathogènes (non agressives) font partie de notre corps, de notre vie et constituent un écosystème microbien en équilibre.

À côté d'elles, d'autres sont commensales potentiellement pathogènes et peuvent donc nous infecter quand les circonstances s'y prêtent (brèche cutanée ou muqueuse, immunodépression locale ou générale, infection virale, modification de l'équilibre microbien en raison d'une maladie, d'un antiseptique ou d'un antibiotique…). D'autres encore sont des bactéries pathogènes spécifiques, ce qui signifie qu'elles donnent presque toujours le même type de maladie (peste, choléra, dysenterie bacillaire, fièvre typhoïde, tuberculose, typhus exanthématique, scarlatine, coqueluche, méningite cérébrospinale, leptospirose, maladie de Lyme, syphilis…) ; elles sont encore moins nombreuses.

Alors, parmi les bactéries, que sont les "entérobactéries" ? : C'est une grande famille de bactéries qui sont, soit le plus souvent commensales potentiellement pathogènes, soit pour seulement un très petit nombre d'espèces, pathogènes spécifiques, et qui ont généralement une affinité pour la muqueuse digestive, d'où leur nom (ce sont, sur le plan technique, des bacilles aéroanaérobies à Gram négative). L'espèce de loin la plus connue est Escherichia coli, plus connue sous le nom courant de colibacille. Les colibacilles sont présents constamment et en très grand nombre dans notre colon (gros intestin), d'où leur nom. La diarrhée du voyageur (turista), l'infection urinaire de la femme (colibacillose), sont des exemples courants d'infection à cette espèce bactérienne. Il faut bien comprendre que notre gros intestin est de façon permanente colonisé par diverses espèces d'entérobactéries, qui appartiennent donc à ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui notre microbiote intestinal (qu'on a longtemps appelé notre flore digestive) : il s'agit notamment d'espèces appartenant aux genres Escherichia, Proteus, Enterobacter et Klebsiella. Attention : ces entérobactéries sont en très importante minorité au profit de l'immense majorité de notre microbiote intestinal constitué à 99,9 % de bactéries anaérobies (qui vivent sans oxygène).

 
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  • Par adroitetoutemaintenant - 02/08/2017 - 14:19 - Signaler un abus En plus des mesures d'hygiène indispensables

    On peut augmenter son immunité, diminuer les inflammations et prendre soin de son microbiote intestinal. Trois mesures faciles qui ne coutent que quelques centimes par jours !

  • Par Stéphane Gayet - 02/08/2017 - 17:12 - Signaler un abus Mesures préventives simples à mettre en oeuvre

    Vous avez raison, le microbiote intestinal joue un rôle déterminant dans l'évolution des bactéries potentiellement pathogènes que l'on ingère. On sait aujourd'hui que, plus le microbiote digestif est abondant et diversifié, et plus il est efficace pour préserver notre santé. Il faut pour cela avoir une alimentation la plus variée possible et surtout comportant des denrées fraîches ou congelées (la congélation ne tue pas les bactéries, alors qu'elles sont neutralisées dans les boites de conserve). La vitamine C présente dans tous les fruits et légumes peut activer l'immunité, mais consommée l'après-midi ou le soir, elle peut perturber le sommeil. Il existe d'autres activateurs naturels de l'immunité (phytothérapie…). Vous avez également raison de préciser qu'il faut éviter les inflammations, c'est essentiel : les fruits et jus de fruit acides pris en grande quantité, les tomates, le sel et les épices… favorisent les inflammations intestinales. Il est donc capital d'appliquer des mesures simples permettant de protéger son tube digestif, de façon à éviter que des bactéries potentiellement pathogènes ne s'y développent.

  • Par Anouman - 02/08/2017 - 22:54 - Signaler un abus Bactéries résistantes

    Si j'ai bien compris il vaut mieux aller visiter la Norvège ou le Groenland. Il faut surtout éviter ce qui vient des pays à risque. Le tout est de savoir comment.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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