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Voilà qui risque quoi dans la guerre entre Theresa May et Bruxelles

À peine débutées, les négociations entre le Royaume-Uni et Bruxelles pour son retrait de l'Union Européenne font déjà des étincelles.

Couac!

Publié le - Mis à jour le 12 Mai 2017
Voilà qui risque quoi dans la guerre entre Theresa May et Bruxelles

Atlantico : alors que les négociations du Brexit viennent à peine d'être entamées, celles-ci ont déjà commencé à se ternir suite au désastreux dîner entre Theresa May et Jean-Claude Juncker. Sommes-nous au bord d'une crise diplomatique entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni? 

Gérard Bossuat : “Je quitte Downing Street dix fois plus sceptique qu’avant”, a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 26 avril après avoir rencontré Theresa May le Première ministre britannique. Il s’agissait évidemment de la négociation sur le Brexit. Le « désastreux » dîner au quel vous faites allusion est la suite du feuilleton des négociations euro-britanniques pour définir les conditions de la sortie de l’Union de la Grande-Bretagne. Il faut reconnaître que la situation est totalement inédite.

L’entretien d’après la Frankfurter Allgemeine Zeitung,  qui a publié le 30 avril un compte-rendu de la visite, s’est mal passé et augure mal de la suite. Il faut donc s’attendre à des tensions, à des anathèmes proférés par des parties indignées du non-respect des règles du jeu. Il faut reconnaître qu’elles ne sont pas très précises, sauf que l’UE  ne voudra jamais qu’un Etat tiers reste dans le marché unique sans accepter les quatre libertés de circulation et que la Grande-Bretagne ne peut espérer bénéficier des mêmes droits qu'un Etat membre. Theresa May dénonce le prix à payer pour la sortie de l’UE, autour de €60 milliards, somme dont personne à la Commission ne se soucie d’expliquer l’origine aux citoyens européens ; elle est liée aux engagements budgétaires pluriannuels des Etats membres jusqu’en 2020. Du côté de l’UE les orientations sur le retrait ont été établies lors du Conseil européen du 29 avril ; la Commission doit préparer le détail des positions de l’UE d’ici au 22 mai, à charge pour le négociateur de l’UE, Michel Barnier, de les utiliser concrètement dans la négociation qui devrait durer deux ans environ. Les 27 semblent avoir adopté une ferme position : fixer les modalités du divorce d’abord, régler les obligations financières de la Grande-Bretagne, enfin définir l’avenir des relations euro-britannique. Angela Merkel et Jean-Claude Juncker avaient préalablement déclaré vouloir défendre les droits des ressortissants communautaires au Royaume-Uni, éviter tout dommage pour l’Union européenne et renforcer la cohésion des Vingt-Sept. En résumé la Grande-Bretagne ne saurait bénéficier des avantages du Marché commun et des facilités qu’offrent Schengen ou l’euro tout en étant hors de l’UE, comme s’il lui avait été accordé une clause permanente d’opting out.

Il est utile à ce moment de ma réponse de rappeler le difficile parcours des continentaux et de la Grande-Bretagne dans la construction européenne qui éclaire le Brexit. Winston Churchill avait prononcé à Zurich devant les mouvements européens, en septembre 1946, un discours encourageant les gouvernements européens à construire un Conseil de l’Europe, sur une entente franco-allemande, mais sans la Grande-Bretagne. En avril 1948 une organisation économique européenne fut mise en place, l’OECE. Les Britanniques refusèrent à cette occasion d’organiser entre les pays du plan Marshall une reconstruction-modernisation planifiée et donc de construire une Europe unie. On en resta à une reconstruction nationale, comme en témoigne le plan français de modernisation et d’équipement ou le Welfare State en Grande-Bretagne. Quant fut établi le Conseil de l’Europe, en mai 1949, la Grande-Bretagne qui en devint  membre, refusa que les décisions puissent être prises à la majorité. Ce fut un échec de l’unité européenne. Un autre refus britannique est enregistré au moment du plan Schuman du 9 mai 1950. Les travaillistes refusèrent leur coopération. Il y eut donc une petite Europe continentale à Six. On sait que les Britanniques repoussèrent aussi le projet de Communauté économique européenne (le marché commun) en mars 1957 et qu’ils firent tout pour le saboter en créant l’association européenne de libre-échange. Pourtant en raison du succès du marché commun ils obtinrent leur adhésion en 1972 mais deux ans après, le gouvernement britannique remettait en cause son adhésion par un référendum qui maintint les Britanniques dans la Communauté européenne. Les pressions successives de Margaret Thatcher pour récupérer exactement le montant de sa contribution budgétaire à l’Europe interdit toute avancée de l’unité entre 1979 et 1985 et toute solidarité intereuropéenne. Si elle accepta le marché unique avec le traité de Maastricht c’est parce que, de par sa nature libérale, il répondait au néo-libéralisme ambiant thatchérien. La Grande-Bretagne n’a eu qu’un souci, payer le moins possible pour le budget européen, refuser la libre circulation établie par Schengen, empêcher toute avancée fédérale de l’Union européenne en ne participant pas à l’euro. Il n’était donc pas interdit de penser qu’elle allait demander de nouvelles clauses d’opting out, ou de participation « à la carte » à l’UE tout en protégeant au maximum la liberté d’entreprendre des financiers de la City de Londres.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 07/05/2017 - 13:31 - Signaler un abus Le Brexit est le retour de l'Histoire, pas son oubli

    Le règne de la pensée unique européenne: il n'y a qu'une construction possible et nécessaire, et elle est obligatoirement fédéraliste. Hé bien non! Une confédération d’États souverains est le seul avenir envisageable pour l'Europe: on ne peut pas balayer d'un revers de main plus de 2000 ans d'histoire, en imaginant que la fin des nations est LA solution pour la paix et la prospérité. Ça ne marchera pas; la preuve: ça ne marche déjà pas! La PAC, l'euro et Schengen sont des échecs cinglants que les fédéralistes refusent d'admettre; ils veulent redonner une vision européenne aux peuples, alors que celle-ci n'a jamais existé ailleurs que dans leurs fantasmes. Les peuples sont nationalistes, voire régionalistes, avec des tendances communautaristes, et certainement pas fédéralistes. On ne refondera pas l'Europe en changeant les peuples, mais en les respectant.

  • Par C3H5.NO3.3 - 07/05/2017 - 14:07 - Signaler un abus ce que je retiens

    Du discours de ce monsieur, europeiste concaincu, c'est que les nouveaux entrants monayeront trres cher leur appui à la commission. Ceci dit, il ne nous parle que de la commission de Bruxelles, pas de ce que veulent Merkel et l'Allemagne. Et c'est bien ces derniers qui décideront, puisqu'ils détiennent les cordons de la bourse.

  • Par horus35 - 07/05/2017 - 18:48 - Signaler un abus Stop !

    Arrêtez de vouloir nous vendre à tout prix une Europe qui ne marche pas ! Les Anglais ont décidés que leur intérêt est de ne plus faire partie de ce rassemblement hétéroclite de nations sacrifiées pour et par des fonctionnaires qui ont pris le pouvoir ! Totalement pris! Leur méfiance séculaire envers le continent les a toujours empêché des impliquer dans ce qui aurait pu être une bonne idée, et qui s'est révélée bancale faute d'harmonisation de politiques fiscales, sociales, législatives.... etc ! .Les britanniques vont devoir assumer leur choix et c'est normal: plus de contraintes,plus de respect des engagements et pas représailles? Il n'est pas question que cela se passe ainsi ! Et faites confiance a la harpie Allemande pour veiller au grain et son servile toutou junker se chargera de mordre le bas du pantalon british ! Tout doit être revu si l'Europe veut arriver à exister sans passer pour un " bordel" où personne ne s'y retrouve, ou d'obscurs grouillots s arrogent des pouvoirs exorbitants , ou un ex premier ministre et ses sbires issus d'un paradis fiscal décident des lois,des décrets insensés nocifs aux citoyens !Français ! Go home les anglais et bon vent !

  • Par Deneziere - 07/05/2017 - 21:46 - Signaler un abus @ j'accuse

    Ok. Regardons maintenant la définition d'une confédération dans le dictionnaire, et dites-nous SVP la différence avec l'UE actuelle.

  • Par Michel Trimaille - 08/05/2017 - 00:41 - Signaler un abus @Deneziere

    Ce n'est pas dans le dictionnaire qu'il faut regarder mais en direction de la Confédération Helvétique ! 23 cantons 4 langues etc ... et ça marche !

  • Par montabo - 08/05/2017 - 01:58 - Signaler un abus Mystère ?

    Quand on parle du mystère du comportement du corps électoral britannique , on prouve uniquement que l'on n'est pas qualifié pour parler d'un phénomène en tout cas pas plus que Mme Irma et sa boule de cristal.

  • Par StephaneBosman - 08/05/2017 - 07:46 - Signaler un abus Un professeur d'université qui défend une dictature !

    Pas un mot sur la monstruosité qu'est la supra-nationalité. Un pouvoir hors-etat, donc sans contre-pouvoir, non-élu, nommé à vie pour les juges de CJE. Une CJE qui s'est arrogé un pouvoir législatif qui ne peut être contesté, dont les arrêts sont définitifs car il n'existe pas de mécanisme pour les abroger. C'est cela que les Britanniques rejettent, comme toute personne un peu informée sur ce qu'est réellement l'UE. Ce monsieur ment au minimum par omission.

  • Par brennec - 08/05/2017 - 12:02 - Signaler un abus Ah la fée des rations.

    Je doute que l'élection de Macron soit un signe que le fédéralisme ait soudain gagné le coeur des français.

  • Par lémire - 08/05/2017 - 14:41 - Signaler un abus Les Anglais n'ont "rien compris"...

    Le peuple anglais n'a donc rien compris. Il devrait avoir peur d'une crise diplomatique avec "Bruxelles". D'ailleurs la commission n'a rien à se reprocher... Oublions donc la désignation de Juncker par le duopole qui monopolise les institutions européennes (et qui vient d'être écrasé aux élections italiennes, françaises et bientôt britannique). Oublions le refus pour "populisme" de revoir le statut et les effectifs du personnel de la Commission et son fonctionnement. Et la politique migratoire à la règle de la majorité est intangible, et n'a rien d'une erreur politique majeure. La GB doit payer jusqu'en 2020 l'appartenance à l'UE qu'elle quittera en 2019, mais ce n'est pas un abus de droit et ce n'est pas négociable. Et le refus ou l'impossibilité pour l'Union de se réformer (un argument majeur des "Brexiters") plaide en faveur de l'idéal européen. Et la volonté de punir les Britanniques pour faire un exemple ne peut en rien rappeler le Pacte de Varsovie. Et tenter de défendre un projet d'Europe unie par la coercition ne peut être rapprochée de Napoléon que par des menteurs professionnels... Les "européistes" devront bien se réveiller un jour !

  • Par adroitetoutemaintenant - 18/05/2017 - 14:41 - Signaler un abus Vous me faites marrer !

    L’Europe n’est en rien responsable de la paix. Ce sont les américains et les britanniques qui en sont responsables. D’ailleurs, avec leurs amis américains, les britanniques sont les seuls en Europe à pouvoir porter un T-shirt avec marqué dessus « 2 fois vainqueurs d’une guerre mondiale ». Qui dit mieux chez les ploucs européens ?

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Gérard Bossuat

Gérard Bossuat est professeur à l'Université de Cergy-Pontoise, titulaire de la chaire Jean Monnet ad personam.

Il est l'auteur de Histoire de l'Union européenne : Fondations, élargissements, avenir (Belin, 2009) et co-auteur du Dictionnaire historique de l'Europe unie (André Versaille, 2009).

 

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