Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 20 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Voilà comment soulager un bon nombre de douleurs physiques simplement en changeant de position lorsque vous dormez

Mal de dos, au cou, aux hanches... Il existe des moyens simples d'atténuer la douleur pendant la nuit à condition de suivre certaines recommandations.

Sommeil, mode d’emploi

Publié le
Voilà comment soulager un bon nombre de douleurs physiques simplement en changeant de position lorsque vous dormez

Atlantico : Quels types de pathologies peuvent apparaître ou empirer en cas d'une mauvaise literie ou d'une mauvaise position dans son lit ?

François Rannou : Une des pathologies les plus fréquentes est le mal de dos. Il y a une quinzaine d'années, un essai thérapeutique diffusé dans "The Lancet" avait consisté à faire dormir des sujets sur différents types de literies : dure, intermédiaire ou plutôt souple. Cette étude a montré qu'il faudrait avoir une literie intermédiaire, ni trop dure ni trop molle. Le problème de cette étude est qu'elle était financée par une fondation liée à un vendeur de matelas ; d'où un possible conflit d'intérêt. Elle reste tout de même l'étude la plus sérieuse dont nous disposons aujourd'hui.

La literie peut être source de lombalgies, mais d'autres pathologies de l'appareil locomoteur peuvent être exacerbées. La névralgie cervico-brachiale, qui est une sorte de sciatique du cou, est plutôt liée au fait d'avoir un oreiller ou un traversin. Ces derniers ferment les foramens, ce qui comprime les nerfs.

Concernant les maladies préexistantes qui peuvent être plus ou moins liées à la literie ou à la position, on peut parler du problème de hanches douloureuses, ce qui arrive aux gens qui courent beaucoup. Les arthroses de la hanche peuvent avoir des poussées la nuit et une mauvaise position accentuera la douleur. Mais par réflexe, en cas de douleur, vous allez vous mettre dans la position qui vous soulagera, c'est généralement le chien de fusil. L'appareil locomoteur a un réflexe de protection vis-à-vis de la douleur : vous ne pouvez pas dormir dans une position douloureuse, c'est impossible. On peut aussi parler des pathologies de l'épaule. Ceux qui ont une tendinite de l'épaule ne peuvent pas se coucher du côté de l'épaule douloureuse.  Ils se coucheront de l'autre côté et cela n'est pas sans conséquences non plus.

Quelles conséquences ?  Que préconiser pour diminuer les douleurs ou éviter d'aggraver des problèmes préexistants ?

Le problème de la mise en position antalgique est qu'en se mettant tout le temps dans ces positions, on va habituer les muscles et les tendons à cette position et cela va entraîner des rétractions, notamment tendineuses, qui vont être source ensuite d'une diminution des amplitudes articulaires. Si vous avez mal à la hanche en extension il est évident que vous allez vous mettre en flexion, mais vos muscles et tendons vont être positionnés en course interne, c’est-à-dire dans la position la moins tendue, ce qui fait qu'ils vont se rétracter, avec pour conséquence la perte de l'extension. C'est surtout vrai pour la hanche et le genou dans les cas d'arthrose.

Ensuite, il faut surtout conseiller le fait d'avoir des oreillers ou des traversins qui soient le moins épais possible. Il ne faut pas avoir la tête fléchie à 60 degrés.  

La tendance pour tout ce qui est musculo-squelettique, que ce soit lié aux hanches, aux genoux ou à la colonne, c'est la position en chien de fusil. Dans certains cas, notamment les sciatiques, les gens ne peuvent de toute façon pas étendre la jambe et donc peu de choix s'offrent à eux.

Concernant le matelas en lui-même, il faut plutôt des matelas intermédiaires, donc ni trop durs ni trop mous. Aujourd'hui la mode est aux matelas à mémoire de forme mais à ma connaissance il n'y a pas d'essai clinique suffisamment bien fait pour porter un jugement précis sur ces matelas.

A quel point la qualité du sommeil est-elle importante pour le traitement des douleurs chroniques ?

Tout douloureux chronique, quel que soit l'endroit où il a mal, a des problèmes de sommeil, difficultés d'endormissement, de réveils précoces ou de multiples réveils... Lorsqu'on les prend en charge, on va s'attaquer évidemment à la cause de la douleur et essayer de la traiter mais on va également essayer d'un point de vue symptomatique d'améliorer leur qualité de sommeil.

Si l'on arrive à rétablir le sommeil, l'appareil musculo-squelettique arrivera à se reposer la nuit. Un patient qui dort mieux est généralement un "meilleur client". Il est plus simple de le prendre en charge et la compliance sera meilleure

 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

François Rannou

François Rannou est professeur de médecine à l'université Paris-Descartes et chef de service du service de rééducation et de réhabilitation de l'appareil locomoteur et des pathologies du rachis à l'hôpital Cochin.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€