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Visite du président Essebsi : le lent retour à une relation franco-tunisienne à la papa

Le président de Tunisie Béji Caïd Essebsi a quitté Tunis pour Paris dans le cadre d’une visite qui durera jusqu’au 13 décembre. Il participera notamment au Sommet International sur le Climat "One Planet Summit".

Tunisie

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Visite du président Essebsi : le lent retour à une relation franco-tunisienne à la papa

Atlantico : En juin dernier, Emmanuel Macron avait exclu la Tunisie de sa tournée au Maghreb, suscitant de nombreux commentaires, notamment sur le désintérêt de la France pour la situation tunisienne. Alors que le Président Béji Caïd Essebsi est la nature de la relation avec la Tunisie, longtemps modèle pour la France de pays musulman démocratique, sous ce nouveau quinquennat ?

Vincent Geisser : Il ne faut pas toujours voir des éléments négatifs, il y a des explications.

La première, sans rentrer dans la polémique lancée par Marianne qui avait parlé d'invasion marocaine, c'est qu'il y a un très fort axe franco-marocain qui s'est constitué ces dernières années. Macron reste dans cette ligne traditionnelle qui fait du dossier marocain le dossier prioritaire. Le retour en force de la relation franco-marocaine avait déjà été observé sous Hollande.

Il y avait à l'époque aussi l'urgence du dossier algérien, du fait de l'instabilité politique de ce pays, notamment lié à la condition de santé de son président.

La Tunisie vit une sorte de désenchantement. A l'époque de la dictature de Ben Ali, la France et la Tunisie avaient une relation assez forte, et ce tous partis confondus (pas uniquement Jacques Chirac comme on l'a entendu). Le seul qui s'était un peu éloigné avait été Lionel Jospin, qui avait une aversion pour Ben Ali. Après la révolution de 2011, la France a connu une opération de rattrapage, reconnaissant qu'elle avait fermé les yeux sur les exactions sous la dictature de Ben Ali, reconnaissant son soutien, et ce dès Nicolas Sarkozy, puis par François Hollande.

En même temps, cette opération de rattrapage fait que la France a tenu un discours de soutien à la révolution, a appuyé et c'est très important, le gouvernement islamo-parti de gauche (équivalent PS) dirigée par Moncef Marzouki. Avec Alain Juppé notamment, la France a bien voulu soutenir la démocratisation, quelle que soit sa couleur et sa tendance politique. C'est la ligne d'un réalisme français en réaction aux erreurs passées (tortures, répressions etc.) qui n'est plus fondé sur des préceptes idéologiques mais soutient l'éclosion des institutions démocratique de l'après Ben Ali. Les relations à l'époque ont donc été plutôt bonnes.

Ensuite, il y a eu les élections de 2014 où l'actuel Président Béji Caïd Essebsi a accusé François Hollande d'être un trop fort soutien au sortant Moncef Marzouki ce qui a mon avis n'était pas très vrai. Je connaissais à l'époque le Président ainsi que d'autres membres du gouvernement tunisien qui avaient une idée claire de ce qu'étaient les positions de François Hollande : la France était en fait plus proche de l'actuel président idéologiquement et qui faisait le lien entre les deux régimes, l'actuel et l'ancien. Le seul problème dans le casting était son âge avancé. Mais tout cela a créé un premier froid, notamment à l'issue de la première visite officielle en France de Béji Caïd Essebsi après son élection. Il avait alors clairement déploré l'absence de soutien de la France.

 
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  • Par Djib - 12/12/2017 - 07:59 - Signaler un abus Les trois malédictions des pays du Magheb:

    une démographie galopante qui asphyxie toute croissance économique, une corruption endémique et l'islam, couvercle de la marmite dans laquelle bouillonnent les frustrations et les rancoeurs. Quand tout cela explosera, étant dans le perimètre immédiat de ces peuples dont nous exacerbons nous-mêmes la haine avec notre repentance et notre lâcheté, nous serons envahis et submergés.

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Vincent Geisser

Vincent Geissert est un sociologue et politologue français. Il occupe le poste de chercheur au CNRS, pour l’Institut du français du Proche-Orient de Damas.

Il a longtemps vécu en Tunisie, où il travaillait à l'Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, de 1995 à 1999.

Il est l'auteur de Dictateurs en sursis. La revanche des peuples arabes, entretien avecMoncef Marzouki. (Editions de l'Atelier, 2011)

Et de Renaissances arabes. (Editions de l'Atelier, octobre 2011)

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