Au XIXe siècle, si la police commence à remporter quelques succès dans la lutte contre les complots ou le crime, c'est parce qu'elle sait s'entourer d'un puissant réseau d'informateurs et a recours à d'anciens malfaiteurs repentis. [...] Eugène-François Vidocq est sûrement le personnage le plus emblématique de cette période où souvent policiers et anciens criminels ne font qu'un. Né le 23 juillet 1775 dans une famille de commerçants, il s'illustre très vite par sa propension à la bagarre et ses frasques. Après quelques vols - au sein de sa famille - qui lui valent déjà quelques jours d'emprisonnement, il s'engage dans l'armée en 1791. Il n'en poursuit pas moins ses actes frondeurs et ses nuits de débauche, lorsqu'il ne déserte pas, ce qui n'en fait pas un soldat très exemplaire. C'est en 1795, en participant aux activités de "l'armée roulante", groupe de plus de 2 000 vraix-faux soldats se livrant à toutes sortes d'exactions, qu'il débute sa carrière criminelle. Tout en exerçant de multiples petits métiers, il se forme à l'école du crime. A partir de là, il enchaîne les délits, les passages en prison, les évasions, les condamnations, les retours en prison, etc. Il acquiert très vite la réputation de "roi de l'évasion".
C'est à Lyon, alors qu'il est incarcéré et qu'il souhaite rompre la spirale du crime, qu'il propose ses services au chef de la police lyonnaise en tant qu'indicateur. Celui-ci accepte et se satisfait très vite de l'efficacité de son nouvel agent qui contribue au démantèlement de plusieurs bandes. Puis Vidocq, ayant rempli sa mission, est libéré de ses obligations mais continue d'être proscrit. Durant dix ans, il tente de refaire sa vie mais replonge.
C'est en 1809 qu'il décide de vraiment mettre un terme à cette vie dissolue. Il a alors le culot d'offrir ses services à Henry, le chef redouté de la 2e division chargée de lutter contre les criminels, au sein de la toute nouvelle préfecture de police créée quelques années auparavant par Bonaparte. Il devient alors indicateur en prison, puis, en 1811, Henry le libère et lui permet de mettre sur pied une petite organisation visant à surveiller les truands et à transmettre toutes les informations utiles à leur arrestation.
Sa parfaite connaissance des réseaux criminels et les informations précieuses qu'il fournit vont lui permettre d'être nommé chef de la brigade de sûreté (mais elle n'a pas encore d'existence officielle). Jusqu'en 1827, Vidocq et son équipe, composée en majorité d'anciens bagnards et surnommée "la Rousse", contribuent à l'arrestation de centaines de criminels, dont Pierre Coignard, ancien forçat, et faux comte de Sainte-Hélène. Ses hommes se fondent dans la pègre, écoutent, surveillent, copinent, etc. [...] Leur efficacité est incontestable même si leur méthode est peu orthodoxe et très contestée par les "vrais" policiers.
Enquêteur de talent, Vidocq participe également à la résolution d'affaires politico-criminelles, ce qui fera dire à Louis Canler que, à la suite du retour des Bourbons, en mars 1814, "Vidocq ne regarde plus la police de sûreté que comme accessoire et se livre presque exclusivement à la politique".
Ayant tout autant d'admirateurs que de détracteurs il est conduit à démissionner plusieurs fois. Le 21 juin 1827, victime d'un complot, il quitte les rangs de la police et est remplacé par son ancien adjoint, ex-bagnard lui aussi, Coco-Lacour. Il crée une petite usine de papier et tente de produire du papier infalsifiable. En 1828, il publie ses Mémoires, qui rencontrent un vif succès populaire. il inspire notamment à Honoré de Balzac son personnage de Vaudrin, ou le roman Les Mystère de Paris, d'Eugène Sue. En mars 1832, appelé par Casimir Périer, nouveau ministre de l'Intérieur, il revient - officiellement - à la tête de la brigade de sûreté. Il s'attache notamment à protéger le régime des opposants. Mais ses adversaires ne lui laissent aucun répit et ne manquent pas une occasion de rappeler son passé sulfureux. Il devient de plus en plus encombrant dans une société qui se moralise. Le 15 novembre 1832, il démissionne à nouveau.
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Extrait de "La criminologie pour les nuls", First Editions (octobre 2012), 22,95 euros.

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...une seule adresse, la sienne : http://www.vidocq.fr/
C'est VauTrin, et non pas VauDrin !
(c) 1971 Jacques Loussier
http://www.youtube.com/watch?v=VSettySlAek