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Version sous-titrée : pourquoi les clips de campagne officiels en disent beaucoup plus long sur les candidats que les messages qu’ils assument

Les clips de campagne viennent de sortir. Ils sont la vitrine la plus classique des candidats à la télévision. Mais que disent-ils vraiment de ceux qu'ils défendent, au delà de la com' ?

L’œil et l'esprit

Publié le - Mis à jour le 14 Avril 2017
Version sous-titrée : pourquoi les clips de campagne officiels en disent beaucoup plus long  sur les candidats que les messages qu’ils assument

Benoît Hamon

La tonalité de clip, formellement plaisant et esthétique, est celle de l'optimisme, de la confiance dans l'avenir. Il y a bien une référence à l'indignation nécessaire, mais les peurs sont bannies, si ce n'est celle de voir les colères se transformer en haine. L'identité multiculturelle de la France y apparaît heureuse et moderne (il fallait oser le plan sur la jeune femme voilée manipulant son smartphone).

Le film met en scène le candidat, lequel souffre depuis le début de sa campagne d'un déficit de culte de la personnalité.

On a donc fort opportunément oublié pour quelques minutes le 49/3 citoyen et la volonté de rendre le pouvoir aux Français, de manière à mettre en valeur la volonté d'un homme, bienveillant et compréhensif, inscrit dans la tradition de la gauche, de Jaurès à Badinter, et qui saura conduire le pays vers un futur désirable.

Le clip souligne cependant involontairement l'un des handicaps de la candidature Hamon. Entre le catastrophisme du diagnostic écologique (rien moins qu'une crise du modèle de croissance et qu'une planète en danger) et l'optimisme de la vision d'un futur désirable, on ne discerne pas la radicalité de l'action révolutionnaire susceptible de renverser la situation. Si le diagnostic est juste, l'avenir sera dur, et ne ressemblera assurément pas à cette ballade des gens heureux, optimistes et confiants. La valorisation du vote "pour" contre le vote "contre" présente le mérite de ne pas prendre appui sur les passions tristes mais elle ne peut mobiliser que les catégories de Français à l'abri des difficulté de l'époque.

Jean-Luc Mélenchon

Il est intéressant de comparer le clip de Mélenchon avec celui de Hamon, puisqu'ils visent le même électorat. Trois différences sautent aux yeux. La première tient au fait que la candidature Mélenchon s'adosse explicitement à la "colère du peuple". Le clip commence par des images de manifestation. Le peuple de gauche auquel s'adresse Mélenchon est clairement le peuple des indignés, celui qui manifeste, qui revendique et qui proteste, ou qui comprend qu'on le fasse. La deuxière différence tient au parti-pris "archaïque" qui consiste à mobiliser toute la symbolique héritée de l'histoire des gauches : Marianne, la République une et indivisible, la laïcité, la devise républicaine, mais aussi les drapeaux rouges et les poings levés, la lutte pour la démocratie et la paix, contre les injustices sociales et le règne de l'argent. Il greffe sur cette rhétorique classiquement républicaine et révolutionnaire la thématique écologique devenue aujourd'hui  le lieu commun de la gauche anticapitaliste. Troisième différence : Mélenchon décline un programme d'action, apparaissant ainsi plus réaliste et opérationnel que le candidat socialiste (quoique l'on puisse penser de la crédibilité du projet). La radicatité de l'ambition révolutionnaire, sur le mode démocratique et pacifique, se traduit par le projet d'une sixième république introduisant une dimension de démocratie directe.

 
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Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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