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Histoire de

Publié le 28 mars 2011 - Mis à jour le 29 mars 2011

De Vercingétorix à Napoléon :
dans les poubelles de l’Histoire…

Un « Comité de vigilance » d’enseignants veut en finir avec l’Histoire nationale. Il convient, selon ces historiens, d’enseigner les grandes heures des empires africains de Songhaï et Monopata…

 
La bataille de la Marne (1914) vue par le dessinateur alsacien Hansi.

La bataille de la Marne (1914) vue par le dessinateur alsacien Hansi. Crédit DR

Je consulte régulièrement les textes parus sur le site d’une association nommée « Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire » (CVUH). On ne s’y ennuie jamais, le comique atteignant ici les plus grands sommets du cinéma burlesque américain (le talent des Marx Brothers en moins). Mais, honnêtement, ce n’est pas pour cela que j’y vais.

Place à l'histoire plurielle ?

Le CVUH, constitué d’historiens dont la plupart sont enseignants, a deux mamelles (non, non, pas « le labourage et le pâturage », chers à Henri IV et Sully, car ce serait trop ringard...). L’une d’elles s’attache à purifier la France de la souillure sarkozyenne, souillure car, pour la première fois dans l’histoire de notre vieux pays, on a vu s’installer à l’Élysée un président nécrophage. Sarkozy, en effet, rôde nuitamment dans les cimetières de gauche et déterre, pour s’en emparer, leurs plus précieux cadavres (Guy Môquet, Jaurès, Léon Blum).

L’autre mamelle, la plus abondante, la plus nourricière, porte le nom d’« Histoire plurielle » et proclame que la France ne peut pas être la France si elle ne s’adapte pas aux populations qui y résident. Mais – trêve de mamelles – ni mon fils, collégien, ni moi ne buvons de ce lait-là...

Etudier les empires africains Songhaï et Monopata

Je parle de lui car il convient de noter que les contributions de ce site sont souvent signées par des profs du secondaire qui n’hésitent pas à donner leur nom et ceux de leurs établissements. C’est la seule raison pour laquelle je parcours les textes du CVUH : il m’importe de savoir dans quel collège ou lycée je ne dois absolument pas inscrire mon fils ! Aller sur ce site est donc une tâche d’utilité publique, fastidieuse certes. Mais parfois on est récompensé de ce dur labeur : en ouvrant l’huître du CVUH, on peut y trouver des perles...

Ainsi, dans un article récent, une historienne se gaussait des nostalgiques de Vercingétorix, Charlemagne et Napoléon qui avaient osé critiquer l’introduction dans les programmes de cinquième de l’étude des empires médiévaux africains Songhaï et Monopata [1]. Et c’est ainsi qu’elle écrasait ces franchouillards, adversaires de l’« Histoire plurielle » : « Le petit Mohamed ou le petit Mamadou ont quand même le droit de rêver : le petit Corse Napoléon ne fut-il pas un modèle d’“intégration réussie” ? Ils peuvent aussi rêver de se faire baptiser à Reims comme Clovis avant de repousser Charles Martel à Poitiers. » Je ne suis pas convaincu que le but de l’enseignement de l’histoire soit de faire rêver « Mohamed et Mamadou ». En revanche, je suis certain que la finalité de l’école est qu’on y apprenne quelque chose. Et selon moi, voilà ce que pourraient apprendre sur la France Mohamed, Mamadou, Pierre, Paul, Jacques (il y en a quand même quelques-uns), Eytan, Sarah, Artem, Julio, Igor, Mercedes et Natacha.

La France c'est...

La France, c’est une comptine : « Vendôme / Mes amis, que reste-t-il à ce Dauphin / Si gentil / Orléans, Beaugency / Notre-Dame de Cléry / Vendôme, Vendôme. » Je n’ai pas voulu essayer de remplacer ces noms par ceux de quelques localités de Songhaï et Monopata... La France, c’est une barricade : celle où tombe Gavroche. La France, c’est Léopold Sédar Senghor, Sénégalais, grand poète français et élu à l’Académie française. La France, c’est l’écrivain Georges Bernanos, homme de droite, fervent catholique et antisémite qui, dans Les Grands Cimetières sous la lune, décrivit, accablé, les horreurs dont étaient capables les siens, c’est-à-dire les franquistes. La France, c’est aussi, j’ose, Jeanne d’Arc, Du Guesclin, Clovis, Louis XIV, Rabelais, Boileau, Montesquieu, Voltaire, Joseph de Maistre, Zola, Léon Bloy, Alfred Jarry, Jules Vallès, Péguy, Alain-Fournier, Aragon, Gide, Sartre, Camus.

La France, c’est Camille Desmoulins, guillotiné par Robespierre. La France, c’est Robespierre, guillotiné par les Thermidoriens. La France, c’est le commandant Galopin, un officier très catholique, torturé de façon ignoble par les rebelles toubous au Tchad. La France, c’est Vidal-Naquet, qui s’insurge contre la torture en Algérie. La France, c’est Dien Bien Phu avec ses héros, soldats courageux d’une cause coloniale inutile et condamnée à la défaite. La France, c’est Georges Charpak, Juif polonais et prix Nobel français de physique. La France, c’est un Algérien, Mouloud Ferraoun, écrivain français assassiné par l’OAS en 1962. La France, c’est celle que chantaient un Kabyle du nom de Mouloudji et un Juif russe nommé Jean Ferrat. La France, ce sont les moines de Tibhirine, décapités par des islamistes. Et cette France-là, si l’on en juge par l’étonnant succès populaire du film Des hommes et des dieux, se souvient encore qu’elle a été catholique. La France, c’est un grand poète français, le Guadeloupéen Aimé Césaire. La France, c’est un Arabe algérien et chrétien, Jean Amrouche, poète et ami de Camus. La France, c’est « Le Chant des canuts », qu’on m’a appris à aimer, et « Prends ton fusil, Grégoire », chanson royaliste, qu’on m’a appris à ne pas aimer.

Adapter ou s'adapter

La France est un fabuleux pays d’une diversité [2] historique, culturelle et idéologique exceptionnelle. Il y a chez elle suffisamment d’universalité pour attirer Mohamed et Mamadou. Et comme ils ne sont ni plus ni moins intelligents que d’autres, je ne vois pas à quel titre on prétendrait les « faire rêver » avec les empires africains de Songhaï et Monopata...

Je sais bien que la France dont je parle est aux yeux des historiens du CVUH une vieillerie bonne pour le musée. À supposer qu’ils aient raison, je n’ai rien contre les musées. On y trouve de merveilleux tableaux et de superbes sculptures. Des millions de gens viennent pour les regarder, et aucun ne s’aviserait de cracher sur les objets qui y sont exposés. Mais s’agissant des historiens du CVUH, je ne suis pas sûr...

Et puisque nous en sommes aux vieilleries, je trouve bon de rappeler qu’il fut un temps où, dans les villes et sur les routes, on trouvait des restaurants et des auberges avec des écriteaux alléchants : « Ici, on peut apporter son manger. » Les gens de peu, les ouvriers, les employés pouvaient y venir déjeuner qui avec sa gamelle, qui avec son panier de pique-nique, qui avec son sandwich. C’était sympathique. C’était...

Mais aujourd’hui, le monde étant ce qu’il est, et la libre circulation des personnes étant devenue ce qu’elle est, je ne tiens pas à ce que cet écriteau figure au fronton de nos établissements scolaires.

 



[1] Nous attendons avec impatience que les historiens en question nous indiquent les noms des poètes, des écrivains, des penseurs, des musiciens et des peintres qui ont contribué au rayonnement de ces deux empires exemplaires. Nous attendons également (mais sans y croire) qu’ils nous confirment que Songhaï et Monopata étaient avant tout connus pour pratiquer à grande échelle un esclavagisme monstrueux.

[2] Ne pas confondre avec « la diversité », un mot affreux, très à la mode aujourd’hui.

 
Commentaires

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  • Par Ludwig van B - 30/03/2011 - 02:17 - Signaler un abus déconfiture

    Monsieur Rayski, cela fait 40 ans que les gens dont vous parlez torpillent jour après jour l'Histoire et la culture occidentale. Le découvrir aujourd'hui est tardif, mais salutaire.
    Mais l'état dans l'état que représente l'Educ Nat est aujourd'hui fermé de l'intérieur. Et il n'est pas né celui qui aura le dernier mot. Ferry, Allègre et quelques autres s'y sont cassés les dents.

  • Par NOVY12 (non vérifié) - 29/03/2011 - 18:15 - Signaler un abus @Alfred juste une précision

    C'est justement parce qu'il est né dans la France coloniale que Mouloud Ferraoun a pu aller à l'école, s'exprimer en Français , rencontrer Camus être reconnu en tant qu'écrivain Francophone et c'est pour remercier cette France qui l'a promu tout au long de sa carrière en Algérie qu'il est devenu porteur de valise pour le FLN
    ( L'ennemi de la France de l'époque ).

  • Par Lutécien - 29/03/2011 - 14:05 - Signaler un abus Notion de Patrie

    Très bonne anthologie poétique thématique acheté à la Procure et intitulée "Poèmes et Patrie de la chanson de Roland à Charles Péguy".
    Je crois qu'on peut aussi l'acheter sur leur site http://www.poemesetpatrie.com/
    ... et avoir la liste des libraires sur demande.
    Pourquoi effectivement nier notre propre identité ? Nos références historiques et culturelles ? Les autres le font-ils, eux ?

  • Par ElmoDiScipio - 29/03/2011 - 13:59 - Signaler un abus Merci M'sieur.

    Mais avec vos bêtises on ne pourra jamais savoir qui faisait quoi au bon grand temps des trafics d'ébène. Ni la responsabilité propre des africains ni celles des musulmans et asiatiques.
    Pas plus qu'on ne pourra comprendre pourquoi ce sordide trafic continue de nos jours dans la plus part de ses pays.

  • Par shmates - 29/03/2011 - 11:30 - Signaler un abus Pour en finir

    Alfred.Quand on n'a pas de culture on va sur Wikipédia(bravo pour les numéros des fauteuils!!)..Donc vous voulez que j'écrive que Julien Green est un écrivain américain,que Marguerite Yourcenar est un auteur belge,que Blaise Cendrars est un poète suisse? Je croyais que ce type de pulsions identitaires étaiit résevé au F.N..

  • Par Alfred - 29/03/2011 - 06:31 - Signaler un abus @ Shmates

    Oui, Senghor était de l'Académie, et oui, celle-ci accueille des étrangers. Actuellement, par exemple Assia Djebar, au fauteuil 5, depuis 2005, de nationalité algérienne.. Ou Green en 71 au fauteuil 22. L'Académie élit qui défend la langue française. Pas des Français. Et relisez-vous : vous écrivez bien que Ferraoun est un "écrivain français". Ce n'es pas pour me plaire. Cela est, c'est tout.

  • Par DeSuisse - 28/03/2011 - 15:39 - Signaler un abus Un exemple?

    Dans un article sur l'esclavagisme du CVUH, il est noté:
    ''De plus, il masque les conséquences de ce système sur les sociétés africaines dont le rôle ne se limita pas à la fourniture de la « marchandise » humaine.''
    Ce sera la seule référence (pour l'absoudre partiellement) aux esclavagistes locaux fournissant la 'marchandise'.... sur un texte de 3 pages....

  • Par DeSuisse - 28/03/2011 - 15:33 - Signaler un abus Affligeant et dangereux

    Je suis allé sur le site des 'intellectuels' hitoriens dont vous parlez. Leur prose est effectivement affligeante et dangereuse. Affligeante car elle pue l'ostracisation de l'Homme occidental et de Sarkozy pour la période récente et dangereuse car sous petexte d'éclairer nos chères têtes blondes, elle est l'expression de la tribune de décérébration qu'est devenue l'enseignement de l'Histoire...

  • Par shmates - 28/03/2011 - 14:04 - Signaler un abus Frénésie,frénésie....

    Pour Alfred.
    Il faut essayer de vous calmer! Senghor était-il,oui ou non,de l'Académie Française?Celle-ci accueille-t-elle des étrangers?J'ai écris que Mouloud Ferraoun"était la France",que j'aime,pas qu'il était français..Devrais-je pour vous plaire écrire que Picasso était un "grand peintre espagnol"??S'agissant de Césaire j'ai confondu deux iles.Il faut être perturbé pour y voir dumépris...

  • Par Khemas - 28/03/2011 - 13:53 - Signaler un abus Sinon effectivement, je

    Sinon effectivement, je pensais que le titre d'historien était strictement réservé aux seuls détenteurs d'un Master (ou d'une Maîtrise) d'histoire.
    Je ne pense pas que l'auteur le soit réellement.
    Je constate malheureusement que de plus en plus d'auteurs, qu'ils soient philosophes, écrivains, journalistes, se prétendent historien, alors que ce titre n'est normalement accordé que par ses pairs.

  • Par Alfred - 28/03/2011 - 13:01 - Signaler un abus Correction 2

    De même, Senghor ou Ferraoun sont d'expression française, francophones, respectivement Sénagalais et Algérien, et non Français, même s'ils sont nés dans ce qui était alors la France coloniale.

  • Par Alfred - 28/03/2011 - 13:00 - Signaler un abus Correction

    L'apprentissage de ce qui n'est pas seulement la France franco-hexagonale ne vous ferait quand même pas de mal. Aimé Césaire n'est pas Guadeloupéen mais Martiniquais. Ce n'est pas parce qu'il n'est pas "Blanc" que vous devez ainsi le mépriser en faisant semblant de le reconnaître.

  • Par Khemas - 28/03/2011 - 12:57 - Signaler un abus Le drame, c'est de faire de

    Le drame, c'est de faire de l'histoire et de l'instrumentaliser pour des motifs personnels et politiques. Le problème n'est pas le contenu historique : le problème c'est les profs incompétents, qui n'arrivent pas à intéresser leurs élèves (nombreux !) Honnêtement je ne vois pas pourquoi Mamadou, s'il n'est pas intéressé à la matière, s'intéresserait davantage parce qu'on lui parle empire songhaï

  • Par alam1 - 28/03/2011 - 12:29 - Signaler un abus Une éducation si peu nationale

    Une poignée de pseudo intellectuels dévoyés, qui ont pour leur patrie une haine insensée et qui s'emploient, méticuleusement, systématiquement, à en saper les fondements, sont embusqués dans l'éducation nationale qui les couvre du statut protecteur de la fonction publique. Il pervertisent sans risque les jeunes esprits que la nation leur confie, et leur hiérarchie complaisante laisse faire.!

  • Par Varois - 28/03/2011 - 11:57 - Signaler un abus Merci !

    Merci pour votre article, édifiant quand aux risques concernant l'avenir de l'école et du savoir de nos enfants !! Et merci de votre vigilance, face aux ennemis de la France, de son histoire et de sa culture !

  • Par Groscanoumou - 28/03/2011 - 11:05 - Signaler un abus Corrections

    J'aime beaucoup votre papier, pour le fond. Seulement, puisque vous êtes historien, veuillez noter qu'on dit Joseph de Maistre et non "de Mestre" et qu'Amrouche est plutôt kabyle qu'arabe...

  • Par ZOEDUBATO - 28/03/2011 - 10:09 - Signaler un abus Ah l'histoire !!!!

    Le factuelle historique est tellement dure, fournie, touffue et ardue à comprendre que tout le monde peut en extraire son rêve d'une réalité purifiée correspondant à son idéologie . Aussi je crois que je vais enseigner le'histoire de "L''homme qui voulu être roi" et celle du "Royaume de Patagonie" qui m'ont tant fait réver dans ma jeunesse

  • Par NOVY12 (non vérifié) - 28/03/2011 - 09:46 - Signaler un abus Une honte ces Maoistes du comité de vigilance !!!

    Ce sont des ennemis de l'intérieur !!
    Benoît Raysky j'ai beaucoup apprécié votre article et notamment le petit paragraphe ci-dessous
    "Nous attendons également (mais sans y croire) qu’ils nous confirment que Songhaï et Monopata étaient avant tout connus pour pratiquer à grande échelle un esclavagisme monstrueux"

  • Par Albert Lavud - 28/03/2011 - 08:47 - Signaler un abus Bravo!

    Votre texte vient du coeur, c'est beau et c'est juste.
    Merci.

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. 

Il a écrit notamment L'homme que vous aimez haïr qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

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