Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 18 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Vents contraires : ce paradoxe de la sortie l'euro entre le Front national et la droite de la droite italienne

Alors qu'en France le FN semble tenter de se reconstruire au-delà de son aversion contre l'Europe, c'est précisément sur ces bases que la Ligue du Nord et Forza Italia ont construit leur alliance en vue des prochaines élections en Italie.

Chemins différents

Publié le
Vents contraires : ce paradoxe de la sortie l'euro entre le Front national et la droite de la droite italienne

L'annonce de Berlusconi de son projet de monnaie parallèle ouvre les portes à une alliance entre Forza Italia et la Ligue du Nord sur des fondements anti-Bruxelles, quand le FN semble se détacher de sa tradition anti-européenne et rejeter la "ligne Philippot" après l'échec de l'élection présidentielle de 2017. Qu'est-ce qui explique ces trajectoires radicalement opposées ?

 
Tout d'abord il ne faut pas oublier les racines différentes de ces partis et leur image.
En France le FN a toujours été marginalisé et considéré comme gênant et, surtout, n'a jamais exercé le pouvoir. En Italie, en revanche, la Ligue du Nord et la droite nationaliste (Fratelli d'Italia) gouvernent actuellement dans plusieurs villes et régions et à plusieurs reprises on fait partie des gouvernements de Silvio Berlusconi à niveau national. 
 
Ainsi, la trajectoire de la droite nationaliste française et celle italienne (je trouve que la définition d'extrême droite ne sied plus à aucun de ces partis) divergent. En France l'hypothèse de sortie de l'euro a été abandonnée pour permettre au FN de gagner du terrain parmi les électeurs de droite qu'une telle perspective inquiétait. Dans le cas italien, l'enjeu de la Ligue est différent : d'abord dépasser le stricte cadre régional, en quittant le "du Nord" pour bénéficier d'une connotation nationale. Ensuite, ne pas laisser au mouvement de Beppe Grillo le monopole de l'opposition à la monnaie unique,même si l'instauration d'une monnaie nationale pour les échanges intérieurs me semble hasardeuse. Cette possibilité, proposée par Silvio Berlusconi, serait plutôt l'embryon de l'entente électorale avec Matteo Salvini et Giorgia Meloni, leaders de la Ligue et de Fratelli d'Italia, pour cimenter le "cartel de la droite" en vue des élections législatives de 2018.
 
 

Le FN est persuadé de ne pas pouvoir gagner en faisant de l'Europe l'ennemi numéro 1. L'euroscepticisme est-il plus fort en Italie qu'en France ? Si oui, pourquoi ?

 
La situation de la politique économique et le difficile redressement des finances publiques ont rendu plus sensible l'économie italienne par rapport à la stricte observance des paramètres bruxellois.  De plus, la communication calamiteuse du gouvernement Monti entre 2011 et 2013 a renforcé le sentiment eurosceptique : les italiens ont eu l'impression que les sacrifices imposée et l'augmentation de la pression fiscale ne servaient que les intérêts des institutions européennes.
Ensuite, en oubliant la parenthèse d'Enrico Letta, trop policé pour l'arène de la politique italienne, le gouvernement de Matteo Renzi ne perdit jamais l'occasion de pointer du doigt l'Union Européenne et de claironner qu'il allait se faire entendre, avec les piètres résultats que l'on connaît (notamment en termes de gestion de l'immigration).
Le résultat est que l'Italie s'aperçoit comme abandonné par l´Europe et les anciennes inimitiés avec le monde germanique, caractérisant l'histoire italienne du XIXe et XXe siècle,refont surface, savamment exploitées par les politiques de tout bord ainsi que par la presse.
 

En France comme en Italie, on a l'impression de retrouver des courants nationalistes proches des "régionalistes" avec une opposition entre un Nord plus anti-Europe et un Sud plus anti-immigrés. Cette analyse vous semble-t-elle juste ? Qu'est-ce qui explique cette éclatement de l'électorat de droite et d'extrême-droite sur ces thèmes ?

Je ne vois pas de différence entre Nord et Sud de l'Italie sur ces thèmes. Le problème soulevé par l'immigration incontrôlée est ressentie partout de la même façon. 
Pour revenir au thème de la droite et de l'extrême droite, je ne pense pas qu'on puisse définir la Ligue et Fratelli d'Italia comme des extrémistes, cette catégorie politique se limite à des entités mettant l'accent plutôt sur les thèmes identitaires, tels Casa Pound ou autres.
 
Les questions territoriales (Nord industriel opposé au Sud en récession) ne sont plus de mise après avoir été le cheval de bataille des premières années de la Ligue. Cela a par ailleurs froissé son fondateur, Umberto Bossi, qui ne s'est pas privé de critiquer Matteo Salvini. Toutefois sa position est désormais minoritaire et ne devrait pas entraver l'évolution du parti à niveau national.
 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 25/08/2017 - 11:04 - Signaler un abus Il sera difficile de réformer l'Euro!

    À l'inverse, une majorité européenne se dessine pour abandonner les erreurs gauchistes, fatales à l'Europe: traité de Schengen, Mare Nostrum, associations mafieuses immigrationnistes caritativo-gauchistes, islamisation rampante, immigration et chômage de masse (9,1% en UE, soit deux à trois fois plus que les pays mitoyens hors UE), CDJE, CEDH, directives travailleurs détachés, normes ecolo-débiles...et pour abandonner ces erreurs fatales, l'union des patriotes avec les partis de droite forte est parfaitement envisageable! Ne nous faisons pas d'illusions, car la gauche moribonde et le centre-girouette hurleront comme des harpies au "dérapage extrémiste"...mais cette diabolisation sera une chance, car elle permettra d'identifier les courageux, ceux qui n'auront pas peur de réformer l'UE dans le bon sens et le respect du dialogue, de ceux qui n'auront pas le courage: ces faux-culs seront happés par le magma gaucho-centriste, gloubi-boulga de fausse droite et de fausse gauche dont les gourous type Macron-Rothschild se délectent....

  • Par gerint - 25/08/2017 - 13:22 - Signaler un abus L'Europe est aux mains de lobbies puissants

    Contre Les Nations et l'Euro est aussi une arme contre Les peuples. Il faut en sortir à mes yeux même au prix d'une confrontation coûteuse. On ne réformera pas l'UE car ses gondments-même sont toxiques

  • Par toupoilu - 25/08/2017 - 19:12 - Signaler un abus Si la ligne du FN est désormais celle que décrit vangog,

    Alors je suis curieux de voir la politique économique qu'ils vont préconiser (s'ils sont cohérent), parce que garder l'euro, ça implique de faire avec, et dont de faire un virage à 180 degré sur la quasi totalité de la ligne économique pour se caler sur les positions allemandes.

  • Par vangog - 25/08/2017 - 21:31 - Signaler un abus @Toupoilu j'ai écrit: "réformer l'UE dans le bon sens"

    mais l'abandon de l'Euro n'est plus la priorité du Front National. Nous prendrons le temps qu'il faut pour réformer l'UE, Mais, déjà, la résistance s'organise, en Italie, en Bulgarie, Autriche...Vous avez raison, car il sera difficile de retrouver notre compétitivité, sans les trois souverainetés que Marine Le Pen avait évoquées dans son programme...Mais excepté les deux souverainetés budgétaires et monétaires qui tombent à l'eau, tout le reste du programme de Marine Le Pen est réalisable, sur la justice, sur l'éducation, sur le grand plan mer, sur la diminution du mille-feuille territorial, sur la lutte contre le communautarisme, sur la construction d'un 2d porte-avions, sur la disparition du Sénat inutile...ca fait pas mal, à ajouter aux propositions de la droite forte, sur les économies budgétaires intéressantes de Fillon etc...soyons plus modestes, mais plus unis!

  • Par Anouman - 25/08/2017 - 22:12 - Signaler un abus FN

    Si le FN se branche sur le mythe de la réforme de l'UE il perdra sans doute en crédibilité. La réforme de l'UE c'est comme l'homéopathie pour soigner un cancer, c'est peut-être efficace mais en général le patient meurt avant d'en tirer les bénéfices.

  • Par toupoilu - 26/08/2017 - 06:22 - Signaler un abus Je fais un pronostic et j'espère me tromper:

    Personne ne vous ouvrira la porte pour autant. Et les électeurs retourneront chez l'original, Melanchon pour les uns, Wauquiez pour les autres. Et ce sera bien sur aux tenants de cette ligne de la défendre, exit Philippot et son incroyable talent pour la com, on va enfin voir s'il y a quelqu'un d'autre qui tient la route derriere (si c'est toujours lui qui est devant aors qu'on lui demande de manger son chapeau, ça voudra dire qu'il n'y a vraiment personne). De la défendre et d’être responsables des futurs scores électoraux du nouveau FN. Autre pronostic, temps gris à l'horizon.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Giorgio Pedronetto

Giorgio Pedronetto, diplômé en Sciences Politiques (Université de Turin), a d’abord travaillé pour différents organismes parapublics italiens et français avant de rejoindre le secteur financier où il s’occupe de marketing. Historien passionné et très attentif aux évolutions politiques, il rédige depuis environ trois ans un blog d’opinion : « Un regard un peu conservateur ».

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€