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Zone franche

Publié le 20 octobre 2011

Urgent : cède « triple A » d’occasion, km élevé, valeur réelle à débattre…

Si les agences de notation doivent vraiment s’immiscer dans le débat, autant que ce soit avant la présidentielle histoire d'y gagner quelque chose...

 
Le siège de Standard & Poor's à New York. "Nous, on met des amendes aux pays qui grillent les feux et on en encaisse le montant : on se fait du bien en faisant le bien, quoi..."

Le siège de Standard & Poor's à New York. "Nous, on met des amendes aux pays qui grillent les feux et on en encaisse le montant : on se fait du bien en faisant le bien, quoi..." Crédit Reuters

J’ai du mal à me forger un point de vue vraiment univoque sur les agences de notation et leur rôle dans le psychodrame dont nous sommes les personnages ― personnages secondaires pour le moment encore, d’accord, mais notre grande scène ne devrait plus se faire attendre trop longtemps.

Parce ce que je suis à la fois sanguin (c’est mon côté marseillais) et borné (c’est mon côté breton), ma réaction initiale serait de suggérer à la poignée de trentenaires en costumes Brooks Brothers qui mène le monde à la catastrophe avec un tableur Excel de se fourrer leur satané « triple A » quelque part…

Charbonnier est maître chez soi et si les Français ont envie de continuer à dépenser l’argent qu’ils n’ont pas et de s’enfermer derrière les palissades du village d’Astérix pour empêcher les T-shirts chinois d’habiller leurs fils et leurs compagnes à bas-prix, ça les regarde.

Oui, nous sommes endettés jusqu’au cou, ne fabriquons, n’inventons et n’exportons plus rien et prétendons que c’est un « modèle économique » plutôt qu’une impasse,  mais ce n’est pas une raison pour se soumettre à la « logique comptable » des distributeurs de lettres de l’alphabet !

Nom d'un petit bonhomme !

Bon, ça, c’est ma réaction initiale. Parce qu’en seconde analyse, je les trouve plutôt utiles, ces crapules arrogantes. C’est que tous les Français ne rêvent pas de devenir grecs par chauvinisme paradoxal et que, à l’instar d’un dernier carré d’amateurs d’Europe dynamique dans un monde ouvert, je ne suis pas totalement hostile à l’intrusion d’un petit coup de réel dans le débat (là, c’est mon côté éditocrate parisien car j’ai autant de côtés qu’un rhombicosidodécaèdre).

Au pied du mur ? Non, la tête carrément dedans...

Ainsi, si nous devons être dégradés, autant que ce soit le plus rapidement possible et surtout avant la présidentielle… Car enfin, une remontée massive des taux d’intérêts et les douze plaies divines qui nous tomberaient subséquemment sur le paletot forceraient fatalement les candidats à sortir du baratin théorique convenu qu’ils déroulent depuis des mois pour entrer dans du concret !

Mélenchon, Le Pen et les autres protecto-souverainistes pourraient alors nous expliquer, sur fond de files de chômeurs à la Steinbeck , de surendettés incapables de payer leurs traites à taux variables et de PME privées de capitaux, ce qu’ils feraient vraiment s’ils prenaient le volant.

Hollande et Joly devraient nous dire comment ils entendent financer le recrutement de dizaines de milliers d’enseignants ou d’emplois jeunes et taxer davantage les entreprises pour relancer la machine. Sarkozy et Fillon, enfin, nous expliqueraient en quoi leurs allers-retours sur la TVA du Futuroscope et la taxe sur le Coca sont les clés du « changement de paradigme », comme on dit.

Bref, les uns et les autres ne seraient plus seulement le dos au mur mais la tête carrément dedans et les électeurs pourraient se mettre à juger des joueurs plutôt que des commentateurs. Si tant est que les électeurs aient vraiment envie de sortir leur tête du sable, évidemment…

N'empêche, les types en costumes chics des agences de notation, quelles canailles !

 
Commentaires

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  • Par bobocleaner - 21/10/2011 - 02:05 - Signaler un abus les solutions sont connues

    mais n'ont rien de réjouissant et vont à l'encontre du dogme europeiste. Oui . Les deux parceque le dogme europeiste c'est la deflation et la crise de 29 ( on le voit déja ) suivi d'encore pire et en sortir de ce dogme ca ne suffit pas . Il faut en plus payer la note de bar des 30 années d'incurie.
    Y a t il un DE Gaulle dans la salle ?
    ( pas un escroc utilisant l'adjectif gaulliste pour se gaver)

  • Par sheldon - 20/10/2011 - 21:12 - Signaler un abus Le niveau de notre dette plombe le couple franco-allemand

    Nous ne pouvons plus avoir un accord avec l'Allemagne : notre niveau d'endettement bloque tout. Soit l'Allemagne accepte de payer pour toutes les cigales, soit on va direct "en Grèce" avec une hausse très importante des taux d'emprunt.
    Nous sommes tous responsables, comme les Grecs, de n'avoir soutenu que ceux qui promettaient + + +
    Délocalisations, qui acceptera de payer + cher pour made in Fran

  • Par Apicius - 20/10/2011 - 16:34 - Signaler un abus Déjà en Grèce ...

    dans la Grèce Antique l'on mettait à mort le messager qui apportait une mauvaise nouvelle ... Rien de nouveau à ce que je lis en Europe au XXI eme siècle, tuons les agences de notation puisqu'elles énoncent des choses fâcheuses.
    On pourrait exprimer aussi nos températures en degré Fahrenheit, ainsi nous n'aurions que rarement des températures négatives.

  • Par rue102361 - 20/10/2011 - 15:02 - Signaler un abus marseillais et breton

    A ok c'est pour ça.
    Pilulae sunt glutiendae, non manducandae.

  • Par alankin - 20/10/2011 - 14:18 - Signaler un abus quand on écoute quelques politologues..

    ils disent que la défiance des marchés envers la France va de concert avec la défiance des électeurs pour le politique. Pour eux, il y a deux blocs : celui du politique incapable d'un côté , et de l'autre le couple peuple et marché financier.
    Pour ce qui est de 2012, le futur président devra se "papandréouiser". Rien de ce qu'ils promettent en avantage ne sera tenu.

  • Par Stef - 20/10/2011 - 12:54 - Signaler un abus la dette

    est acceptable tant qu' une dynamique créative ( de grands projets, une vision à long terme pour le pays) anime les classes politiques. Grand malheur, on peut tous les énumérer, aucun de nos dirigeants ( français et internationaux) ont l' inspiration, le désintéressement nécessaire et le courage pour nous faire partager un idéal et un amour du pays.

  • Par Nico Pedia - 20/10/2011 - 11:24 - Signaler un abus J'aime bien les titrailles d'Atlantico

    Celle sur Hessel est particulièrement fine.
    Et le "début de la fin du PS" c'est pas mal aussi mais "le début de la fin de la France" serait elle pas plus exacte?

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).

 

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