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"Undertale" : le hit surprise de l'année

Quand un petit jeu indépendant s'avère digne de se mesurer aux titans d'une année riche en excellents jeux, c'est qu'il y a de bonnes raisons à cela...

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"Undertale" : le hit surprise de l'année

Undertale est un excellent jeu, probablement l'un des meilleurs RPG de ces dernières années, et aussi l'un des plus drôles.

Undertale est un jeu qui s'apprécie pleinement à froid, et si vous vous intéressez à l'actualité du jeu vidéo, vous avez probablement déjà entendu le choeur dithyrambique de la presse anglo-saxonne qui chante ses louanges. Et tout ce ramdam médiatique est parfaitement justifié car Undertale est un excellent jeu, probablement l'un des meilleurs RPG de ces dernières années, et aussi l'un des plus drôles.

Si le jeu vous intéresse, soyez cependant avertis : moins vous en saurez sur le jeu, meilleure sera l'expérience. Car Undertale est bien plus qu'il n'y paraît de prime abord – et pour éviter tout spoilers, je ne pourrai donc pas aller trop dans le détail pour des raisons qui deviendront rapidement évidentes si jamais vous vous laissez tenter par l'aventure.

Mais si votre niveau dans la langue de Shakespeare vous le permet (Undertale n'est malheureusement pas encore disponible en Français), et que vous appréciez de près ou de loin les jeux de rôles, alors n'hésitez pas un seul instant !

Le titre s'inspire fortement de la série des Earthbound / Mother dont il singe le côté loufoque, ce qui est déjà un sacré point positif. Mais Undertale ne se contente pas d'être un "simple" jeu de rôle parodique, en dépit des apparences. Les jolis graphismes 8bits du titre sont en effet désarmants de charme et particulièrement expressifs, mais il se cache quelque chose de vraiment étonnant sous la surface de ce jeu, et la fin de l'aventure est aussi inattendue que riche en émotions.

L'histoire s'ouvre sur une fresque qui relate l'histoire de la guerre entre les humains et les monstres. Des centaines d'années plus tard, une gamine tombe dans le monde souterrain où les monstres ont été exilés à la suite de leur défaite, et le jeu commence.

Un pitch plutôt maigrichon, voir même, de prime abord, franchement banal. L’intro se paie même le luxe d'être un peu poussive. Certaines blagounettes qui parodient les aspects les plus absurdes du RPG sont répétées plus de fois que nécessaire, et les premier "puzzles" ne sont pas spécialement durs ni intéressants. Heureusement, le jeu s'ouvre rapidement sur un univers bourré de charme, peuplé de personnages tous plus attachants – et drôles – les uns que les autres.

Citons par exemple Papyrus, le squelette qui cherche à tout prix à se faire des amis, et qui est prêt à tout pour obtenir la reconnaissance du joueur, ou bien le fantôme dépressif qui tient un élevage d'escargots. Attaquez ce dernier d'ailleurs, et il ne fera descendre ses points de vie que par politesse. RPG oblige, il y a bien entendu des combats (aléatoires ou non) dans Undertale, qui sont autant d'occasions de se familiariser avec les étranges habitants du monde souterrain, et de se faire des nouveaux amis...

Le grand gimmick d'Undertale est qu'il est possible de terminer le jeu sans verser la moindre goutte de sang. Il y a toujours un moyen plus ou moins évident d'épargner son adversaire. En règle générale, les combats se déroulent sous la forme d'une succession de mini-jeux qui dépendent du monstre qui vous attaque – il y est le plus souvent question d'éviter des boulettes avec un coeur en pixels qui représente la vie de votre personnage, ou de sélectionner la bonne action en fonction du caractère de votre adversaire.

Il peut aussi être simplement question de faire "rire" un monstre qui a le blues par exemple – discutez un peu avec lui, choisissez l'option "raconter une blague" dans le menu "act", et le combat s'achèvera sans heurts. Un autre exemple : il est possible que vous croisiez une carotte maléfique qui souhaite que vous mangiez plus de légumes. Exécutez-vous en attrapant la courgette que le monstre vous lance, et il vous laissera en paix. Il est donc souvent nécessaire d'observer son adversaire avant d'agir, la faiblesse du monstre pouvant être plus ou moins évidente, et plus ou moins loufoque.

Une partie de l’intelligence du système de combat provient du fait que les attaques d'un monstre reflètent souvent son état émotionnel : par exemple, un monstre qui n'a pas vraiment envie de se battre vous manquera volontairement avec ses attaques, et vous fera savoir qu'il n'a pas vraiment envie d'être là au détour d'un brin de causette.

Faites preuve de pitié et épargnez des vies, et vous ne gagnerez aucun point d'expérience pour vos victoires, ce qui rendra le jeu plus difficile. A l'inverse, montrez vous violent et vous serez en mesure de vaincre n'importe quel ennemi avec peu de difficulté.

La manière dont vous vous comportez avec vos adversaires influe donc de manière drastique sur le déroulement du jeu et du scénario en général. Une approche pacifiste donne lieu à une délicieuse aventure à la Lewis Carroll, pleine de charme et de douce folie, alors que si à l'inverse, vous tuez tout ce qui bouge, le jeu deviendra d'une noirceur insoupçonnée.

Il est heureux donc qu'Undertale soit si court (comptez environ 6 heures pour en voir le bout la première fois) car tout voir requiert logiquement plusieurs parties complètes avec des décisions différentes à chaque fois. Mais sachez toutefois que les monstres se souviendront de vos choix passés...

Ne tentez d'ailleurs pas de tricher, comme par exemple en tuant un personnage pour voir le résultat, avant de recharger votre partie au précédent point de sauvegarde : le jeu s'en souviendra, et la "victime" vous en voudra. Le quatrième mur explose avec fracas à chaque tournant, avec encore plus de force qu'un Psycho Mantis dans Metal Gear Solid.

Derrière les graphismes old-school se cache tout simplement l'un des titre les plus ambitieux du moment : l’oeuvre de Toby Fox, l'unique développeur derrière la quasi-intégralité du projet, s'impose comme une petite perle de subversion, en déconstruisant le genre du JRPG avec talent et finesse.

Et si certaines blagues sont répétées à outrance, et que la plupart des puzzles ne présentent que peu d'intérêt, passer à côté d'Undertale serait une erreur pour tout amateur de jeu vidéo au sens large du terme. En prenant une formule éprouvée pour en faire quelque chose de neuf et d'excitant, Toby Fox prouve qu'en dépit d'un marché vidéoludique toujours plus frileux et réticent à s'éloigner du statu quo, il est toujours possible d'innover et de trouver son public.

Chaudement recommandé.
 

 
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Greg Jacomet

Greg Jacomet, 24 ans, est éditeur du magazine Parisian Gentleman, éditorialiste pour le magazine "The Rake" et un expert aujourd’hui très réputé en matière de parfumerie, notamment masculine. 
 
Il est également un grand spécialiste du monde des jeux vidéo et l’animateur de la rubrique "Atlantico Games" consacrée à l’actualité internationale du secteur.

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